Week-end club BikeXplore 2026 sur la Cyclo Montagnarde des Volcans

Lors de la création de BikeXplore, nous avions inscrit dans le projet de relancer les week-end club à la demande de nos adhérents. L’idée était de profiter d’un moment en groupe tout en participant à une épreuve qui permette à tous les niveaux de prendre du plaisir.

Après quelques itérations, nous retenons la Cyclo Montagnarde des Volcans à Mozac près de Clermont-Ferrand. Il y a des petits parcours mais aussi un 240 km avec presque 5000m de dénivelé qui permet aux finishers d’obtenir le Brevet Montagnard . Il y a même un parcours 300km mais il faut aussi penser au retour à la maison le dimanche soir. Il s’agit d’une épreuve historique qui n’a pas eu lieu depuis 30 ans mais redémarre cette année.

Au final, nous sommes 7 inscrits dont Franck notre nouvel adhérent qui fera le parcours en 2 jours avec Catherine son épouse . Les parcours sont très bien conçus et tout en faisant le parcours découverte moins exigeant, Catherine arrive à la Bourboule le premier jour, comme Franck. Bravo aux organisateurs pour avoir vraiment bien pensé leur épreuve !

Nous avons réservé au camping Ranch des Volcans à Châtel-Guyon, un peu par défaut car les hébergements de plus de cinq places à proximité du départ étaient très peu nombreux. Le camping se révélera un très bon choix : petit parc aquatique, bonne bière, bon resto et mobile home bien aménagé.

Départ le vendredi en début d’après-midi pour Pascal, Olivier et moi , pendant que Ludo et notre trésorier OliVttiste partent vers 17h30 tout comme Franck et Catherine.

Juste avant de mettre le vélo dans la voiture, je découvre que le derailleur electronique avant ne repond plus après 2 ans de loyaux service. Pourtant il est bien chargé. Je tapote dessus, ça remarche. Hum … bizarre mais mon optimisme légendaire prend le dessus et je classe l’incident.

Voiture bien chargée au départ avec 3 vélos et les bagages
Une petite mousse à l’arrivée

Samedi , Franck et Catherine partent pour leur parcours en 2 jours avec l’option montée du Puy de Dôme pour Franck, insatiable !

Pendant ce temps , nous sortons tous ensemble récupérer les dossards pour le lendemain et faire une petite sortie groupe pour découvrir l’environnement. C’est une première en montagne sur route pour Pascal notre vététiste mais il s’en sort brillamment et découvre le pouvoir du coté sombre de la Force ! De mon coté, le dérailleur semble fonctionner normalement, ouf !

On profite de la récupération des plaques pour faire une photo sous l’arche. de départ en plein jour

Notre balade se révèle très agréable, malgré les 700 mètres de dénivelé pour 40km , les montées ne sont pas raides et ça passe en douceur. Et la descente en forêt sur une petite route déserte est un vrai bonheur.

Alors qu’on approche du camping, mon GPS se retrouve pendouillant à la dragonne mais plus de peur que de mal, l’adaptateur quart de tour s’est juste dévissé , ce qui explique les vibrations que je ressentais depuis quelques sorties. Déjeuner au camping où le restaurant se révèle excellent avec un très bon hamburger au Saint-Nectaire accompagné de frites maison.

Pendant que les copains vont faire la sieste, je revisse le support bien comme il faut et teste une dernière fois le dérailleur avant. Gasp : rien ne bouge. Je secoue comme au départ de Brétigny ( il y a un capteur d’accélération pour le sortir de veille) : rien . Je tapote : rien . Je tappe : rien . Je frappe avec l’energie du désespoir : toujours rien . Me voilà donc désespéré. Comble de malheur, il est bloqué dans une position intermédiaire qui ne permet ni d’utiliser le petit ni le grand plateau. Au secours !

Je me raisonne : « JP , tu sais qu’il t’arrive toujours des trucs improbables mais que ça se finit bien, donc ça va bien finir! »

Les copains se reveillent et partent à la piscine pendant que je saute dans la voiture direction un magasin de bricolage pour acheter les outils permettant de démonter la batterie et d’accéder à l’intérieur du dérailleur. La batterie étant chargée à 100% , je soupconne un faux contact documenté sur internet au niveau des pinoches de connexion de la batterie.

Par chance je trouve le bon tournevis ( vis torx de 1.5 ) , je démonte et je vois un contact oxydé. Je nettoie et remonte en priant très fortmonange gardien. Prière entendue, ça fonctionne. Mais en tentant dans l’après-midi de bricoler le dérailleur dans tous les sens pour rendre au moins le grand plateau utilisable en serrant les vis de butée , j’ai tout déréglé . Soit le petit plateau fonctionne sans frotter soit le grand mais pas les deux … . A force de bricoler, j’arrive à un réglage bancal, ça devrait suffire. Trop compliqué et hasardeux de reprendre le réglage à zéro à cette heure.

Nous partons dîner au Bistrot Régent dans le Casino de Châtel-Guyon. Nous décidons de ne pas jouer la trésorerie du club

Très bonne adresse et excellent repas avec salade et frites maison à volonté. Un petit coup d’oeil sur PSG-Arsenal sur un écran géant dans le hall du casino, puis on fait un petit tour dans le parc des sources de Châtel Guyon, l’endroit est charmant. Retour au camping. Il fait vraiment très chaud et les températures ne devraient pas redescendre en-dessous de 25° la nuit !

Après une courte nuit rendue délicate par la chaleur et les chants de victoire des supporters du PSG , lever à 3h pour filer au départ. Nous emmenons les voitures pour gagner du temps au moment de repartir.

4h30 , nous voici sous l’arche de départ une nouvelle fois mais pour de bon cette fois-ci avec les tenues officielles BikeXplore.

Pascal partira de jour pour le parcours découverte.

Nous voilà donc en route pour 233 km et 4700m de D+ , sous une chaleur jamais vue en pleine nuit à cette époque de l’année. Atmosphère tropicale. Je me dis que nous allons souffrir avec une telle météo. Les sites météo prévoient tous chaleur et soleil pour cette journée.

Curieusement, je sens ma chaîne sauter par moment. Ce n’était pas du tout le cas hier. Très agaçant, ça va me pourrir la journée me dis-je. Pensant que j’ai déréglé le dérailleur arrière en réglant l’avant ( ça va vite de taper au mauvais endroit avec le tactile … ) , je tente un réglage en roulant . Très mauvaise idée. Je dérégle tout et je vais passer 30 minutes à refaire le réglage je ne sais combien de fois. Jusqu’au moment où dans une petite bosse raide, je me mets en danseuse et entend un gros « crac » avant que les pédales ne se mettent à tourner dans le vide et que je voie la chaîne par terre.

Non ! C’est un cauchemar !! Et je réalise qu’énervé par le problème du dérailleur hier, j’ai oublié de mettre le petit sac avec quelques pièces de rechanges dont un maillon rapide, dans ma sacoche. Comment réparer sans maillon rapide ? Et les copains n’en ont pas non plus. Mais quel crétin , je le prends toujours, comment ai-je pu oublier. J’engeule mon ange gardien, il a loupé son coup cette fois. Ca s’annonce très mal. Retour au départ pour aller la chercher dans la voiture ? Ca descend, possible mais grosse perte de temps. Mon moral descend encore plus bas que la pente. Un mot inderdit dans mon cerveau de finisher commence à faire son chemin : ABANDON. Non JP , il faut y croire !

Heureusement, Ludo a une frontale . Un maillon s’est ouvert mais par miracle le rivet n’est pas parti. C’est ce maillon qui causait les sauts de chaîne, pas le dérailleur. Comment est-ce arrivé alors qu’il n’y avait aucun souci la veille, c’est le mystère … mais c’est arrivé !

Avec précaution, on pousse le rivet vers l’extérieur pour avoir la place de refaire passer le maillon suivant, puis on repousse à nouveau le rivet en place grâce à mon derive chaine, tout en en profitant pour bien détordre le maillon. Peu de chance que ça tienne … mais la chaîne est à nouveau en place. Le maillon a même une bonne tête. Je prie pour trouver un maillon rapide 12V sur un des prochains CP. Pour l’instant, c’est un petit miracle . Merci l’Ange t’es trop fort 🙂

N’arrivant pas à régler correctement le dérailleur avant et très énervé et frustré par ces soucis mécaniques qui m’empêchent de me mettre dans l’épreuve, je décide de faire simple : je régle le dérailleur au max vers l’extérieur , condamnant le petit plateau et décidé à faire tout le parcours sur le plateau de 48. De la folie ? Pas tant que ça : j’ai une cassette 10-36, ça fait quand même un ratio correct et je table sur des pentes modérées comme la veille.

Nous repartons, il faut toujours aussi chaud. Nous savons que les 25 premiers km sont en montée, heureusement que j’ai pris deux gourdes car la consommation d’eau est déjà significative.

Grosse suprise: dès que nous changeons de versant, on se retrouve … dans la brume et la température chute de 10 degrés ! Il y a même une petite bruine pas du tout prévue au programme. La météo en montagne est rarerment une science exacte.

Premier CP au km 55 à Rochefort la Montagne . Je sors le coupe vent que j’avais beaucoup hésité à prendre, comme quoi , il faut toujours l’emmener sur ce type d’épreuve ( et un maillon rapide aussi hein ! ) Les copains ont des manchettes, je les envie et regrette de les avoir laissées dans la voiture. Rien de dramatique, il fait quand même 15 degrés.

Super ravito : sandwichs, fromage, saucisson, fruits secs , bananes, eau plate ou pétillante,coca , un nouveau bravo aux organisateurs !

Les aléas mécaniques du début sont oubliés. Le vélo fonctionne bien, et je n’ai pas souffert de l’absence du petit plateau pour l’instant. Je me sens enfin à 100% concentré sur le parcours et les magnifiques paysages que nous traversons. Evidemment, je dois croiser un peu trop la chaîne par moment mais c’est un moindre mal même si Olivier s’en inquiète.

Parcours magnifique, sur de jolies routes désertes et bien vertes. On se régale, que notre pays est beau !

Direction la Bourboule pour le CP2. Cette fois , on a quelques cols serieux : le col de Guery , la Croix Saint Morand et surtout la Croix Saint Robert, plus pentu. La pente reste toutefois gérable, et je prends du plaisir dans ces ascensions ! Très belles vues, jolies routes que demander de plus !

Les descentes sont fluides et rapides, il faut s’employer pour suivre notre Olivvtiste qui dévale à toute vitesse après avoir géré dans la montée. Heureusement que j’ai choisi de bloquer la transmission sur le grand plateau plutôt que le petit ! 🙂

Dans la descente de la Croix Saint Robert qui nous emmène à la Bourboule , il y a des centaines de concurrents … qui montent . Cela interpelle Ludo qui s’arrête pour savoir si nous sommes dans le bon sens. Mais il s’agit d’une autre épreuve. Je ralentis par moment car ils roulent à plusieurs de front et j’ai un peu peur de me retrouver nez à nez avec un concurrent du mauvais coté de la route dans un virage.

Entre l’arrivée en ville et le CP2 , il y a une montée de quelques centaines de mètre avec un gros pourcentage. C’est limite sur le grand plateau, je suis en danseuse à 30 tours/min mais ça passe , heureusement, ce sera une des seules pentes raides sur parcours. Petit entraînement de force.

Nouveau ravito au top, avec des bénévoles aux petit soins. On tamponne notre carnet de brevet. Doublé d’un test de l’appli Chronokey qui fait le pointage automatique. Il est 10h30, nous avons bien avancé mais pas assez vite pour que Franck qui repartait de la Bourboule pour son 2ème jour vers 9h puisse rouler avec nous. Aurait-il saboté ma chaîne dans l’espoir de ralentir l’équipe des super grimpeurs BikeXplore ? Nul ne le saura jamais !

Ca monte pendant 7km pour repartir, avec une bonne pente. Surement une des montées les plus pentues mais ça passe encore une fois avec le grand plateau.

La suite est légérement plus roulante, nous emmenant vers Super Besse. Il reste quelques traces de neige sur les sommets.

Super Besse

Le temps a changé une nouvelle fois et il fait à nouveau très beau . Youpi !

La descente depuis Super Besse est ultra rapide : une grande ligne droite bien bitûmée où chacun va battre des records de vitesse.

On fait une petite pause regroupement en bas de la descente et le temps de remonter sur le vélo , Ludo et Olivvtiste sont passés comme des missiles dans un petit groupe. Une première sur ce parcours car nous n’avons vu personne jusqu’à maintenant.

Pas facile de revenir sur le groupe, impossible sur le plat mais à la faveur d’une petite montée , j’envoie tous les watts disponible pendant 300m et me rapproche à quelques encablures avant de me rappeler que ma chaîne est réputée fragile ! Je calme le jeu , il y a un CP « point d’eau » à quelques centaines de mètres, inutile de forcer.

Très bonne idée ce point d’eau , il commence à faire bien chaud.

25 km plus tard,nous atteignons le CP3 où nous avons droits à des tables et une assiette de charcuterie. On en profite pour bavarder avec un concurrent de l’aerospatiale à Toulouse qui faisait partie du petit groupe et avec qui on va rouler souvent sur la fin de parcours au gré des montées et descentes.

Les montées sont moins longues sur cette seconde partie. Nous passons par Saint-Nectaire , joli village réputé pour son fromage mais aussi de pentes particulièrement raides. Heureusement les jambes tournent toujours parfaitement car le premier km d’ascension se fait en danseuse pour moi, le petit plateau aurait été bien utile ici !

Nous voilà dans les 50 derniers km. Enchainement de petites bosses entre 850 et 950m d’altitude. Jamais trop long ni trop dur même si la répétition use.

Et la récompense finale arrive avec les 15 derniers kms en descente, on gagne quasiment 1km/h de moyenne sur cette partie. Le parcours est vraiment bien conçu car on a très peu de parties urbaines jusqu’à l’arrivée.

Après 11h de roulage , 4700m de D+ et 13h au total, la Team BikeXplore franchit la ligne groupée !

A l’unamimité , nous avons adoré ce week-end et cette belle région d’Auvergne qui permet de très beaux parcours sans jamais être extrème. Ca ajoute au plaisir car nous avons tous pu profiter au maximum ! A refaire !

Evidemment, je ne pouvais terminer ce compte-rendu sans un remerciement sincère à mon Ange Gardien. La chaîne a tenu !

Vendredi 08/05/2026 : BRM 600 Tour de la Manche

L’année dernière, Sam attire notre attention sur une épreuve qui lui semble très intéressante, le Tour de la Manche. Un rapide coup d’oeil sur le site de l’organisation confirme tout de suite que Sam a raison. Le parcours fait le tour du Cotentin et s’annonce magnifique mais aussi relativement difficile avec le reliet local. Départ le 8 Mai, ce qui est idéal et aussi bien positionné sur le calendrier 2026 pour préparer la RAF qui part le 24 Juin. Cerise sur le gâteau, la distance nous rendra prioritaire aux inscriptions du Paris-Brest-Paris 2027. En résumé : adjugé , on y va !

Les inscriptions ouvrent quelques semaines plus tard. Il parait qu’il ne faut pas tarder et que les places partent vite. Nous voilà donc un dimanche à 18h devant les claviers. Je discute 2 minutes avec ma femme, il est 18h04 quand je me connecte. Et là, la catastrophe : en 4 minutes, tout est parti !! Nicolas a le même souci. Je suis dégoûté !

Avec 2h à retenter au cas où quelqu’un se désisterait, miracle, ça passe, tout comme pour Nicolas, c’était in extremis car nos petits camarades qui n’avaient pas encore cliqué resteront en rade.

Je me mets à la recherche d’un gîte pas trop loin du départ, et je trouve à 3km. Il y a cinq places, je réserve et on verra bien qui en aura besoin en temps utile.

Entre temps, nous avons d’autres belles aventures prévues , le Tour de la Manche passe un peu en arrière plan dans mon esprit.

Et finalement le printemps arrive, le sujet redevient d’actualité et commence a faire parler au sein de la Team BikeXplore . Quelle stratégie, quel vélo, quel pneu , quelle alimentation etc … Comme dans toutes les aventures ultra-distance, la préparation est un sujet à part entière et une partie de l’aventure à elle toute seule.

Pour ma part, l’objectif de l’année reste la RAF 2026 et je vois cette épreuve comme une excellente préparation. Une analyse de la RAF2025 montre qu’il y a un grosse marge d’amélioration dans les temps d’arrêts et par voie de conséquence également sur la stratégie d’alimentation et la gestion de l’effort.

Pour ce Tour de la Manche, outre le plaisir à rouler sur un parcours magnifique ( mais j’étais loin de m’imaginer à quel point ), je viserai donc de boucler le parcours en 30h environ , avec 3h d’arrêt au maximum, tout en mettant en place la fameuse stratégie d’alimentation à base de glucides qui fait parler le milieu du cylisme ces derniers temps. Pour la faire fonctionner, il faut la tester à l’entraînement pour entrainer l’organisme et ne pas risquer la nausée. Ce que je fais donc dès le début d’année. Je me lance même dans la fabrication de mes propres gels energétiques, c’est rigolo et ça me permet de leur donner le goût que j’aime.

Si cette approche me tente, c’est que j’ai du mal avec l’alimentation solide sur ce type d’épreuves. J’ignore pourquoi mais impossible de manger des barres par exemple, aucune envie et impossible de les avaler sans m’étrangler à moitié. Je finis par arriver à fabriquer une recette de petites galettes de gel à la fraise, une sorte de bonbon géant délicieux et que je peux manger avec envie et digérer facilement.

Bref, après toutes ces réflexions et une étude attentive du rythme a adopter avec l’aide du capteur de puissance, l’échéance approche.

Karine ayant prévu des vacances en Mai, c’est finalement l’occasion d’aller une semaine au vert en Normandie près du départ, j’ai la chance de pouvoir travailler de partout. Ne voulant pas la laisser toute seule pendant 2 jours je me fixe comme objectif d’être rentré à 14h à la maison le samedi. Un objectif c’est important pour garder la motivation à avancer lors des coups de moins bien.

Etude attentive de la météo qiu n’arrête pas de changer. La chance semble de notre coté avec du beau temps annoncé sur tous les sites jusqu’au samedi après-midi.

Sam et Ludo viennent en camping car, Benjamin et Nicolas en famille et nous nous retrouvons à deux avec Yann dans le gîte la veille du départ prévu à 6h le vendredi.

Le gîte n’est pas aussi top que Booking le laissait penser, on fera avec. Vendredi 5h20, après le petit dej , Yann met le nez dehors et me dit « il pleut! » . Hein ? Mais la météo annonçait du soleil tout le vendredi. Je sors aussi, ça pluviote à peine, mais assez pour que je revise ma tenue. Je range le coupe vent sans manche et le troque contre la veste Shakedry à l’épreuve de toute pluie.

Nous voilà à 10 min du départ. Cette fois, il pleut vraiment. J’ai mis les couvre-chaussures tout au fond de la sacoche, je n’avais pas du tout envie de tout sortir mais je le fais quand même pris d’un mauvais pressentiment. La pluie sème une confusion totale au départ, tout le monde est en train de se changer ça coure partout. On ne sait plus trop où est qui et on ne part pas tous ensembles, neurones pas complétement réveillés. La prochaine fois, il faut qu’on se donne une consigne de regroupement plus claire, leçon apprise.

C’est parti sous une pluie maintenant assez forte, la route est trempée. Je suis bien content d’avoir l’équipement adapté qui m’évitera d’être trempé pendant les presque 3h de pluie.

On ne sait pas trop où sont Sam et Ludo, mais je me dis qu’on va au pire se regrouper au premier CP.

En observant les concurrents autour de moi , je devine des stratégies très différentes. On voit pas mal de vélo très peu chargés ce qui signifie forcément une stratégie avec des arrêts.

Dans notre groupe, Ludo et Sam les locaux de l’étape ont prévu de s’arrêter diner et dormir un peu chez leurs parents à Donville, Nicolas a aussi de la famille sur place mais hésite entre dormir ou pas. Yann fait comme moi une répétition de la RAF donc en roulant toute la nuit et Benjamin avisera en fonction de ses sensations.

Nous passons par le beau village de Barlfeur pour rejoindre le CP1 au Phare de Gatteville au km 34, le jour se lève avec de belles couleurs

Comme on fait un aller-retour pour atteindre le phare, on croise Ludo et Sam, on se regroupera au CP2 finalement.

A l’approche de Cherbourg il fait maintenant un temps magnifique

Dans ma stratégie d’alimentation, la boisson joue un rôle important, avec une bonne dose de poudre de glucose/fructose qui assure la moitié des 60g de glucides par heure. Petit souci : par ce temps froid et pluvieux, je dois m’arrêter souvent pour faire pipi 🤪. Je perds Benjamin, Yann et Nicolas. Heureusement un groupe qui roule fort me double. Je saute dans les roues. Sur le plat, ça reste compatible de mes objectifs de puissance mais ils montent les bosses comme pour une sortie normale et là je suis complétement en dehors des clous. Tant pis, c’est juste de le temps de rattraper les copains et il y a plein de filles dans le groupe c’est plutot sympa 😉.

Je rattrape Yann et Nicolas. Mais où est Benjamin ? « Il a accéléré, il est devant » . Bon, Benjamin n’a donc pas résisté à écraser les pédales mais ce n’est pas idéal pour la suite de l’épreuve. Encore un peu de coaching à faire !

On arrive dans une zone magnifique. On se croirait en Irlande, j’adore . Je me dis qu’on va devoir planifier un séjour dans ce coin.

Si le parcours était sans grande difficulté jusque là , ça se corse nettement et on enchaîne les bosses. La moyenne qui était à 27 km/h chute de plus en plus. Et nous savons que la bosse la plus raide du parcours avec 18% nous attend à la Hague.

On arrive au CP2, le Nez de Jobourg km 107 . Regroupement général de toute la Team BikeXplore.

On enlève les équipements de pluie et la tenue chaude pour passer en mode été. Le temps est maintenant magnifique et contribue au plaisir de rouler malgré les bosses de plus en plus difficiles.

Point d’arrêt boulangerie prévu à Flamanville. En passant devant la fameuse centrale on s’amuse d’un restaurant appelé « L’ Atôme Gourmand » . Yann et Benjamin s’arrêtent avant nous, pour ma part , je ne les reverrai plus.

On se retrouve avec un petit groupe sympa et cela aide à remonter la moyenne en prenant des relais. Le vent est moins défavorable que prévu mais bien présent.

CP3 aux cabanes de Gouville km 226

Tout va bien, les jambes sont bonnes, nous sommes en milieu d’après-midi , Sam et Ludo seront à l’heure pour l’apero chez leurs parents. On traverse Coutances sur la route de Donville, en pleine fiesta ,il y a de l’ambiance. Nous sommes sur de belles routes avec un bon rendement bien que ça monte de temps temps. Ca permet d’avancer vite et c’est agréable.

Nous voilà à l’appoche de la maison des parents, j’ai la chance de les connaître par d’anciennes aventures et nous faisons un petit stop pour dire bonjour.

Malheureusement, impossible de rester, pour ma part , il faut arriver au supermarché de Granville avant la fermeture ( on est un 8 Mai ) pour acheter à manger pour le dîner et la nuit. Et accessoirement, changer la pile de ma cocotte gauche qui est HS. Sans conséquence, car étant en mono plateau ( 44/10×44 12V) , je peux tout commander avec la droite, heureusement. Je m’en veux, je savais qu’elle était à changer mais j’ai oublié.

Nicolas décide de stopper pour le dîner et un petit somme chez son cousin.

Me voilà donc seul pour la nuit. Du moins sans les copains. La Pointe du Roc à Granville était le CP4 au km 280, direction maintenant le Mont Saint-Michel, CP5 km 347.

Après quelques bosses en sortant de Granville, le parcours devient plus roulant mais avec un vent plutôt defavorable. Je rattrape un concurrent , nous discutons. Il a mal au dos, conséquence d’un accident avec une voiture l’année précédente pas dont il garde des séquelles. Il craint de ne pas pouvoir atteindre le gîte qu’il a reservé. Il me demande s’il peut rester dans ma roue, ce que j’accepte volontiers en adaptant le rythme pour ne pas l’obliger à de gros efforts. Je me dis que c’est win-win. La nuit se fera sur le retour dans la Suisse Normande, pas le moment de gaspiller de l’énergie.

Arrêt photo pour prendre un cliché du Mont Saint-Michel. Il semble tout près mais il reste pourtant 35 km pour y arriver !

Un autre concurrent nous rattrape, me double, puis repasse derrière … puis disparait à jamais. Etonnant !

On approche du Mont Saint-Michel par de longues pistes gravel , je me souviens de notre aventure bikepacking sur la Véloscénie. Je rattrape le groupe rapide que j’avais suivi tout au début après ma pause pipi. Ils sont arrétés pour régler un problème mécanique.

Arrivée au Mont Saint-Michel avec une nuit archi noire : je ne reconnais rien du tout, à se demander où je suis vraiment ! Pas de stop pour l’omelette de la Mère Poulard mais un petit arrêt pour enfiler les couches noctures avant d’attaquer la Suisse Normande et le vent de face. J’installe ma frontale sur la casque, en plus de la lampe avant. Je suis un peu inquiet de la trouver allumée dans la sacoche. Depuis combien de temps ? Il. y a un risque qu’elle s’éteigne. Pas inquiétant, j’ai la lampe avant et la possibilité de mettre ma frontale en charge si besoin. Bon, je n’ai pas pris la batterie de secours de la frontale et à cet instant je le regrette un peu.

Direction Mortain, ça va être la partie la plus dure du parcours, je fais attention de garder le rythme prévu.

Le fameux groupe me double , puis je reviens sur eux sans avoir rien changé dans mon rythme avant qu’ils repartent comme des balles. Pas très « ultra » leur rythme très inconstant.

Me voilà maintenant de nuit, sur des routes désertes, traversant quelques villes et villages endormis. J’adore cette sensation, j’ai le sentiment que le monde m’appartient. J’écoute les animaux qui font du bruit, je regarde passer les innombrables chats. Un seul lapin. Un blaireau. Pas de loup, pas d’ours.

Je mange mes fameuses galettes energétiques délicieuses et qui fonctionnent. J’ai un sandwich dans mon sac pour le milieu de la nuit. Je suis pile dans le timing prévu, je suis content , le plan s’éxecute parfaitement.

Soudain, vers le mileu de la nuit, j’ai le sentiment que je vois moins bien la route. Je passe la main devant la frontale, aie ! Comme redouté, elle a du rester allumée longtemps et l’autonomie normalement de 12h s’est drastiquement réduite. Zut ! Arrêt imprévu pour la sortir du casque et la mettre en charge. Re-Zut ! un sachet de poudre s’est ouvert dans la sacoche et pollue le cable USB-C de recharge. Et précisement, il ne fonctionne plus 😰.

Je tente de nettoyer tout ça pendant quelques minutes. Rien à faire ça ne charge pas. Tant pis, la lampe suffira . Cette fois je regrette VRAIMENT de ne pas avoir pris la batterie de rechange. Le souci est que sans la frontale c’est compliqué d’attraper la nourriture dans la sacoche , on en voit rien. Idée : j’ai mon gilet reflechissant avec une diode clignotante. Je l’allume, pas terrible mais je vois à peu près la sacoche. Trop fort JP ! Effet secondaire, la diode est verte et la couleur des aliments pas très apétissante.

C’est reparti, un peu refroidi pas l’arrêt imprévu mais les bosses réchauffent vite.

Tient, cette fois je n’y vois plus rien. Extinction de la lampe. Ca c’est normal et prévu, je savais qu’elle était en fin d’autonomie. J’ai une batterie de rechange, mais sans la frontale c’est plus compliqué. Reste le flash du téléphone. Je m’affaire, sort la batterie de rechange … pleine de poudre. Oulala , pourvu que …

Et là : le drame . Ca ne fonctionne pas , plus de lumière, plus de cable de recharge, plus de frontale, batterie de rechange HS : le truc totalement impossible mais c’est arrivé . Un chien hurle à la mort à proximité , il ne manquait plus que ça , je vais me faire bouffer par un loup cette nuit.

Gros coup au moral, me voilà potentiellement coincé jusqu’au lever du jour. Mais quelle andouille , pourquoi n’ai-je pas protegé l’équipement electrique dans la sacoche. Grand moment de desespoir. Je visualise ma petite femme qui m’attend. Foi de JP , tu vas trouver une solution, tu sais bien que tu trouves toujours une solution ! je me rappelle d’un concurrent de la RAF qui a fait la moitié d’une nuit avec le flash de son téléphone. Ouais bon, je le sens pas trop cette idée là.

Et soudain : mais oui, la dragonne de la powerbank est en fait un cable USB intégré. Trop court pour la lampe mais si je fixe la powerbank sous les prolongateurs avec des colliers Rilsan je peux alimenter la lampe qui fonctionne aussi en alimention directe.

Je me lance fébrilement dans le montage à la lueur du téléphone, heureusement j’ai un stock de colliers Rilsan. J’arrive a bien fixer le tout, je branche, et la LUMIERE FUT ! 😊

Ouf j’ai eu chaud, plan A KO , plan B KO , mais le plan C a marché . Comme quoi on a jamais trop de backup. Plus jamais je ne pars sans la batterie de rechange de la frontale Stoots et sa petite lampe Minix qui aurait pu aussi faire le job de plan de secours.

J’ai perdu plus d’une heure dans cette affaire et mon rythme avec. Le redémarrage est un calvaire. Je suis complétement HS en traversant Mortain. Je m’arrête 15 minutes sur un banc , il ne fait pas froid. Dodo ou pas dodo ? Moral pas au top, sensations en berne. Un petit gel à la caféine, je ferme les yeux 5 minutes. La ville est déserte . Je repense à ma promesse d’arriver à 14h , tu vas le faire JP , tu peux le faire , les coups de mou tu connais et tu sais que ça passe.

Je repars dans un gros effort mental et au bout de 10 minutes, je me sens mieux, la machine est repartie.

Ensuite : ça monte, ça descend. Je pensais que ça se calmait après Mortain, au vu des profils issus de la trace GPX mais les données de terrain ne doivent pas être si justes que cela. Ca ne se calme pas tant que ça. Tout juste la moyenne cesse de chuter mais ne remonte pas ou alors de 0,1 km/h.

Malgré tout je n’avance pas si mal, et voilà le CP7 , Abbaye du 13ème siècle d’Ambye . Km 475, reste « seulement » 125 km , une grosse sortie du dimanche.

Je suis un peu en pilotage automatique calé sur un rythme et dans une torpeur typique du lever du jour. Juste après l’abbaye, on attaque la nième bosse quand j’entends un bruit de dérailleur. Et paf « Attaque de Pierre Rolland ». Un concurrent tombé du ciel me met une grosse attaque et file en danseuse.

D’où sort-il ? Surement un rapide qui a dormi dans le coin cette nuit et repart en pleine forme. Ca m’a reveillé, d’un coup les écrans du cockpit du Chiru Xroot se rallument, le reacteur redémarre, le moteur remonte en régime. Machinalement je pousse un peu les watts et réalise que ça ne pose aucun problème. Sans même vraiment essayer, la distance n’augmente plus, et même semble diminuer. Se profile une montée bien raide. Et dans un moment de folie c’est la contre-attaque du JP. « Capitaine Spock, vitesse lumière ! » J’envoie 400W d’un coup, et dépose littéralement mon adversaire. Et le plus surprenant c’est que ça tient. Je me fais trois quatre bosses d’affilée sur ce tempo et constate la disparaition de l’adversaire en même temps que mes jambes ne demandent qu’à pousser sur les pédales ! Il a du se demander ce qu’il se passait et je me pose la même question. Du coup je me dis que je peux rouler normalement – sans limiteur de régime – jusqu’à l’arrivée, me voyant déjà tenir une moyenne de folie sur cette partie réputée la plus facile.

Que nenni ! C’était sous-estimer le traceur. Certes ça monte moins fort, mais nous voilà sur des chemins gravels voire des single VTT ! Evidemment ça ne booste pas du tout la moyenne, tout le contraire ! Au passage , le terrain lui même est une formalité pour le Xroot équipé de Blackbird 32.

Quelques montées infernales du coté de Saint-Lô, puis du vent de plus en plus fort et de face. Il va falloir pousser jusqu’au bout .

CP8 à Utah Beach au km 576 , reste plus que 24km , à longer la plage avec un vent terrible et usant.

Je jette mes dernières forces dans la bataille , recompensé par 13km vent de dos sur le final ( il était temps ! ) . Arrivée à 13h à la salle. Tiens enfin un concurrent du 600 me dit Stéphane l’organisateur. J’avale un sandwich et une bière, saute dans la voiture, et rejoint ma petite femme à l’heure.

Encore une belle aventure. Je retiens les paysages magnifiques en premier, les bosses en nombre incalculables en second. Je préfère les longs cols au montées courtes et raides, c’est plus facile de maintenir un rythme. Content que la stratégie roulage/alimentation ait bien fonctionné. Et l’incident de l’éclairage m’a confirmé qu’il est stupide de vouloir supprimer 100g en économisant un backup sur un point critique qui peut couler la course.

Un grand merci Sam pour nous avoir incité à découvrir cette belle épreuve , à l’organisation parfaite et aux copains pour toutes les aventures que nous vivons ensemble.« 

Au final, toute la Team BikeXplore est finisher , le score parfait !

BRM 300 Tour de l’Ile de France avec Sam le 4 Avril 2026 ( auteur : Ludo )

Parcours du BRM 300 de Franconville dont la version officielle aura lieu dans deux semaines. Étant absent à cette date j’ai proposé à la BikeXplore ultra team de le faire en décalé, ce qui permet en plus de partir de la maison et non de Franconville. La date tombe mal pour certains mais mon frère Sam répond présent. 

Départ 05h20 de la maison, ça pique après la semaine de taf . Surprise en ouvrant la porte du garage 😮 , il crachine, et la route est détrempée. En revanche 12 degrés, ambiance tropicale humide. Dès le départ je dois adapter la tenue et enfiler la veste étanche, que je garderai toute la matinée ! 

Au bout d’une heure, chaussettes, chaussures et cuissard sont trempés 😰 , 

Heureusement qu’il ne fait pas froid. Un peu compliqué d’être trempé au bout d’une heure quand vous partez pour 284 km…

Nous croisons les doigts pour que la météo change en cours de journée. Nous garderons cette alternance de crachin et de pluie pendant quatre heures jusqu’au nord de Roissy où une première pause s’imposait. La pluie cesse vers 10h00 mais laisse place à un bon vent de face lorsque nous passons Roissy pour repartir vers l’ouest puis le sud. Nous garderons ce vent 

05h20, départ, ça pique ! 

Pause café à Vémars .

Vent de face jusqu’à la forêt de Rambouillet. Pause sandwich à Conflans Sainte Honorine, puis chez Benjamin à Andelu, qui nous attendait à défaut d’avoir pu se joindre à nous, séché par une bonne sinusite.

Le soleil se montre enfin en milieu d’après-midi et nous finirons sur route sèche et 18 degrés, le pied. Le vent de face commençait vraiment à taper dans nos réserves, mais lorsque nous avons amorcé le virage vers l’Est, le vent redevenu favorable. Regain d’énergie et beaucoup de plaisir à finir ainsi ce parcours. 

Côté attractivité, les trois quarts ouest sud et est sont très sympa, même s’ils empruntent des routes assez classiques. En revanche les quarante km autour du point de départ à Franconville sont très urbains, lents en raison des nombreux feux et ne présentent aucun intérêt. Mais il fallait sans doute faire le départ et l’arrivée à Franconville, club organisateur. 

Toujours très sympa de rouler avec Sam qui progresse à chaque sortie. Je vais bientôt devoir m’accrocher aux branches pour le suivre 😰 . 

La nouvelle config du Léon pour les ultra donne satisfaction, prêt pour les épreuves de printemps ! 

Une bonne raclette nous attendait à l’arrivée 🤩 !

En somme une super journée de vélo 😁 

BRM 200 Paname, dimanche 8 Mars 2026

A la recherche d’un parcours BRM 200 pour commencer à augmenter à nouveau les distances en vue des prochaines échéances ultra, je tombe sur le BRM 200 Paname organisé par l’Audax Club Parisien au départ de Paris. Une belle occasion de faire connaissance avec l’organisateur du Paris-Brest-Paris .

Au sein de la Team Ultra BikeXplore, Benjamin , Sam et Eric sont partants.

Et Bertrand, un ex-collègue très experimenté en longue distance confirme qu’il s’inscrit aussi à mon grand plaisir. Nous n’avons etonnament jamais eu l’occasion de rouler ensemble jusqu’ici. Eric est malheureusement forfait en dernière minute , victime d’allergies printanières.

On se retrouve tous à 7h15 au départ avec Sam, Bertrand et Benjamin. Tout est organisé à la perfection, on sent que nous avons affaire à des gens d’expérience et les 600 participants ne créent aucune difficulté logistique !

Très joli parcours, du moins on le suppose pour la matinée car on n’y voyait rien avec le brouillard jusqu’à 13h.

Quelques petits soucis imprévus pour moi avec la fixation du radar qui se casse à l’arrière , je mets quelques minutes à le retrouver ( intact ) , ce qui me permet de rechauffer sur 5km à fond pour recoller au groupe.

Le capteur de puissance fait aussi des siennes , obliger de le recalibrer en roulant pour qu’il arrête d’indiquer 0 en permanence. Une fois tout ça réglé, le Xroot se revelera encore une fois un merveilleux compagnon de route et les nouveaux Hutchinson Blackbird 32 de vrais coussins d’air avec un rendement au top.

Le brouillard ne veut pas se lever à notre grand desespoir. Benjamin décide du coup d’appuyer fort sur les pédales pour se rechaufer ! Le tempo est bon . Je suis un peu inquiet pour lui me disant qu’il va s’épuiser à ce rythme. Mais non, il est en forme Benjamin !

CP1 au km 75 à Magny en Vexin, la file d’attente pour faire tamponner le carnet de route est conséquente , une bonne 1/2h d’arrêt malgré une organisation encore au top. Bertrand profite de la pause pour faire un tour à la boulangerie en face et acheter quelques sandwichs malgré l’heure encore bien matinale. Nous avons perdu Sam en route et avec la foule nous n’arrivons pas à le retrouver.

Pause déjeuner à l’entrée de Gisors en mode sandwich, c’est ma déformation « ultra distance », avec le but de perdre le moins de temps possible lors des pauses. Bertrand rachète des sandwich aussi bien qu’on ait fait seulement 25 km depuis le CP1. Mais comment fait-il pour manger autant malgré une taille de guèpe ? Au moment de repartir message de Sam qui déjeune avec la team de Franck. Du coup on se retrouve à trois l’après-midi, c’est la team ex-Stellantis. Je suis très heureux de discuter avec Bertrand que je n’ai pas pas vu depuis longtemps. Belle séance papotage sur toute la rando 🙂 .

Enfin le soleil se lève et ça change tout. On gagne 5°C , tempête de ciel bleu. CP2 à Chaumont en Vexin au km 125, dans une boulangerie où Bertrand ne manque pas d’acheter à manger !

Entre le CP2 et le CP3 situé à L’Isle Adam, on serpente sur de jolis petites routes valonnées qui offrent de belles sensations de piltoage et de relance.

Pause café à L’Isle Adam après tamponnage du carnet.

On repart avec directement une belle bosse bien pentue, les premiers 200m sont rudes à froid puis soudain, le sensations reviennent et sont au top. Un de ces moments où on a le sentiment de pouvoir appuyer à volonté sans conséquence.

Après une traversée sur un chemin gravel dont le coin a le secret , une nouvelle longue montée. Je mets des watts et j’entends Bertrand dans ma roue jusqu’à m’apercevoir au sommet … que ce n’était pas lui. Il reste 22 km , je finis en solo pour rejoindre la Porte de Clichy où nous attendent un bon sandwich et une bonne bière. Benjamin et Bertrand ne sont pas loin et arrivent quelques minutes plus tard. A l’échelle de la longue file pour finaliser le carnet de route, cela ne fait que quelques mètres et nous pourrons profiter de la bière et du sandwich ensemble.

J’ai adoré ce BRM, super bien organisé et tracé. Evidemment les 10 derniers km pour rejoindre Paris étaient très urbains et demandaient de la prudence avec des dizaines de feux/intersections mais inevitable vu le point de départ. Je croise Sam en allant prendre le RER C qui a bien aimé la sortie également. A refaire !

Gravelman Marrakech 600 route 2026

Après ma participation à cette épreuve en 2025, Ludo était volontaire pour découvrir le Maroc en 2026 et Benjamin partant pour y retourner sur la route après avoir mesuré la difficulté de l’épreuve gravel dans cettte région.

Ce sera mon 7 ème Gravelman, je commence à bien connaître Steven le Hyaric et toute son équipe, ambiance familiale sur ces épreuves et en particulier au Maroc puisque nous partons du domicile de Steven au Superides Camp.

Ludo part le 1er janvier avec son épouse, Benjamin et moi le samedi 3 janvier pour un départ fixé le 5 à 6h00 .

Première péripétie à la sortie de l’aéroport : la navette réservée via Booking pour nous conduire à l’hôtel refuse de nous embarquer malgré les vélos clairement mentionnés sur la fiche de réservation. Rarissime dans ce pays où tout le monde est gentil et débrouillard , le chauffeur n’était surement pas Marocain …

On se rabat sur un taxi Berlingo où on a quand même un peu de mal à caser les vélos et les bagages . Je me retrouve assis par terre à l’arrière sur un coussin car il manque un siège 🙂 . Le chauffeur est adorable mais à 1km de l’hôtel , Waze nous expédie dans un chemin de traverse. Lorsqu’on réalise que le chemin est impraticable et qu’on cherche à faire demi-tour, il est trop tard : le taxi glisse dans le fossé car le route est trempée par la pluie et la terre argileuse rouge ultra glissante !

Benjamin qui connait ma réputation de chat noir des transports me regarde un peu désespéré. Mais mes aventures se terminent toujours bien, alors on garde espoir. Le chauffeur tape aux portes de maisons et appelle l’hotel : ils viennent nous chercher, pendant qu’un habitant trouve un camion pour sortir notre pauvre taxi de ce mauvais pas.

La propriétaire de l’hotel arrive avec son RAV4 , on a du mal à croire qu’on puisse tout caser mais si , ça rentre en tassant un peu !

Ces aléas nous ont fait perdre beaucoup de temps et il est déjà 21h30 lorsqu’on rejoint notre chambre, mais pas de souci , le repas chaud arrive accompagné d’une délicieuse bouteille de vin rouge local que nous vidons à deux pour nous remettre de nos émotions ( attention : cette méthode n’est pas conseillée par les coachs sportifs ! )

Dimanche midi , nous rejoignons le centre ville pour aller déjeuner avec Steven et d’autres concurrents

L’occasion de tester l’état du terrain – avis aux lecteurs non habitués : ceci est une route et pas un chemin –

On retrouve Ludo et son épouse Emmanuelle le soir. Direction le camp de Steven le Hyaric pour le check départ et une soirée dîner Berbère avec danses traditionnelles. Dîner sympa avec tous les concurrents et l’équipe de Steven : Micka , Cecilia , tous adorables et que nous connaissons désormais très bien ainsi que Said , l’homme à tout faire et son collègue la Pioche et Brahim , le chien 🙂 . Bon Said est super sympa mais doit encore faire des progrès sur le coucous 🙂 . Benjamin soupconne même un attentat pour l’empêcher de pédaler le lendemain !

La semaine précédant le Gravelman, une observation attentive des prévisions météo sur Windy avec tous les modèles météo disponibles m’avait bien inquiété. Les prévisions’annonçaient exceptionnellement froides pour le Maroc avec de la pluie le lundi, un vent de face à 50 km/h le mardi et un froid polaire le mercredi dans les montagnes de l’Atlas avec une forte probabilité de chutes de neige.

Nous savons tous que la météo à l’avance n’est jamais parfaitement fiable et donc je me rassurais en me disant qu’il était impossible d’avoir les trois phénomènes d’affilé. En Afrique , il fait beau et sec l’hiver , tout le monde le sait !

Malheureusement, les prévisions étaient exactes et nous sommes donc partis pour de la pluie tout au long de la première journée, du vent de face l’après-midi de la 2ème journée et enfin de la neige pour remonter au col du Tichka. Aie !

Retour à l’hôtel et lever 4h , un petit déjeuner nous a été apporté la veille au soir. On rejoint le camp de départ à 6h, tous les concurrents et Steven qui vient faire le départ avec nous sont planqués sous le toit de la terrasse car il pleut fort. On retarde le départ de 30 minutes et nous partons sur un chemin bien boueux de 2km pour rejoindre la route, les vélos sont déjà pourris et on se félicite de nos pneus allroad Caracal , c’est du gravel !

Mention spéciale à Hutchinson au passage , ce pneu est juste incroyable : aussi roulant que des Blackbird Race , ultra solide et capable de passer dans du vrai chemin gravel ou même VTT. Un must , vraiment !

La pluie se calme un peu , nous voici dans une longue ligne droite en faux plat montant en direction d’Asni pour aller chercher le col de Tizi n’Test. Ce n’est pas du tout plat , même avec des jambes bien fraiches , la moyenne peine à atteindre les 20 km/h sur un terrain en montagnes russes parfois bien pentues. Après Asni et une belle descente on attaque plus de 50 km de montée.

Comme toujours sur les routes des montagne de l’Atlas , la moitié ( au moins ) de la route est détruite mais ça on s’y attendait et nos vélos sont montés en conséquence. Des engins de chantiers sont en train de réparer la chaussée à de nombreux endroits, il vaut vraiment le voir pour le croire.

Mon nouveau Chiru Xroot avec ses super pneus Caracal fait merveille , je suis bien plus à l’aise que l’année dernière avec mon Axxome en pneus de 32 sur ces portions. La pluie les rend particulièrement délicates, ça glisse bien mais ça passe facile. Evidemment ça ne fait pas remonter la moyenne d’autant que la montée se cabre de plus en plus.

Séquence émotion avec un jeune garçon en VTT qui va à l’école et vient faire la course avec nous. Il donne tout ce qu’il a à bout de souffle mais il tient, on le pousse ou le tire pour l’aider, c’est juste adorable !

Benjamin a un peu disparu derrière, il préfère les descentes aux montées. Quelques éclaircies nous font du bien même si on a l’équipement pluie total sur-chaussures, sur-pantalon, veste et bonnet Goretex; L’équipement nous évite d’être trempés mais l’idée au Maroc d’habitude, reste de rouler au soleil et les paysages sont bien plus beaux dès que la lumière vient les illuminer.

La montée est superbe bien qu’assez difficile. La boue a durci les cales des chaussures et je manque de tomber lors d’une pause photo. Histoire de rire, le tuyau de ma sacoche à eau centrale tombe dans la roue en repartant, heureuement je stoppe avant de tout déchirer.

Au sommet, on voit une auberge , on s’arrête , et nous commandons pour trois en laissant le temps à Benjamin d’arriver.

Comme toujours ici , l’aubergiste est aux petits soins. Mais à 2000m et par 3 degrés, on aurait aimé qu’il y ait une porte et des carreaux aux fenêtres ! Malgré une cheminée, il fait plus froid dedans que dehors, on sort les doudounes des sacoches . Le déjeuner avec salade et omelette berbère est néanmoins délicieux.

On espère que la météo sera meilleure l’après-midi avec le changement de versant. Même si la pluie s’est provisoirement calmée, ce n’ est pas vraiment le cas et on attaque la descente dans le brouillard phares allumés.

Ca file bien au début , mais rapidement, on doit à nouveau affronter des passages gravels, des averses et surtout de nombreux éboulements causés par les fortes pluies de ces derniers jours. Il faut bien regarder devant et ne pas arriver trop vite dans les portions ravagées. Je suis bien content d’être coté droit , car le coté montagne semble un bon endroit pour se prendre un rocher sur la tête !

Nos vélos bien équipés nous permettent de doubler tout ce qui roule : voitures , camions , motobylettes locales, tout le monde est au ralenti pendant qu’on dévale comme des missiles.

Les nombreux passages gravel dans la boue rouge me font avoir une pensée pour mes plaquettes de freins , pourvu qu’elles tiennent mais j’ai un jeu de rechange, là encore, la connaissance du terrain local m’avait permis d’anticiper ce cas de figure.

Arrivés en bas, après 50 km d’une descente compliquée mais quand même rapide , nous rejoignons la première route à peu près plate en direction de notre point de chute du soir à Taliouine , sur la route menant à Ouarzazate.

Benjamin qu’on pensait fatigué, enclenche d’un coup le turbo et je me retrouve à 250W pour essayer de recoller ! Pour tout arranger, mes vitesses sautent, j’ai un maillon a moitié cassé sans doute par une pierre qui a tapé la chaîne.

Finalement, on organise le peloton et les relais se suivent.

Sur le profil , on a 40 km de montée pour rejoindre l’hôtel à Taliouine mais le vent est favorable et c’est plus un faux plat montant qu’une vraie bosse, donc notre vitesse reste très bonne ce qui nous permet de rejoindre l’hôtel réservé à 21h, après avoir du traverser deux fois des passages de 100m où un oued avait débordé et transformait la route en torrent furieux !

Super accueil , après la journée pluvieuse la douche chaude et le bon dîner copieux avec une soupe en entrée nous fait le plus grand bien.

Je vire le maillon défectueux et le remplace par un maillon rapide. J’aurais du vérifier les plaquettes car je me retrouverai sans frein arrière le lendemain, plaquette bouffées par la boue rouge, je mettrai le jeu de rechange le soir à l’hôtel.

Dodo réparateur, réveil 5h pour le petit dej mais on traine un peu sur le départ qui ne sait qu’à 7h, on va voir plus loin que ça va nous obliger à reconfigurer un peu l’organisation de la journée.

Un bon col de 900m de D+ nous attend pour commencer, on y verra le magnifique lever du jour. Nous sommes dans un endroit majestueux entre steppes désertes et sommets enneigés.

Les jambes sont au top ce matin, j’ai l’impression de pouvoir appuyer à l’infini sur les pédales. La montée n’est qu’une formalité. Au sommet à 1800m , il y a un vent , du soleil , des lignes droites de 20 km sur un paysage de plateaux désertiques. On décide d’attendre Benjamin au déjeuner car il fait bien trop froid pour rester immobile ici .

Un chien sorti de nulle part se met à faire la course avec Ludo , chacun sur une file. On est en faux plat descendant à 45 km/h , mais le chien a de la ressource ! Finalement, il décide de laisser tomber, Ludo est trop rapide. Je me demande s’il va faire la même chose avec moi mais il me regarde d’un air désespéré la langue pendante et déclare forfait.

J’ai monté un mono plateau de 40 dents en vue des longues ascensions avec une cassette 10-44. A 45 km/ , c’est un peu juste, je peine à suivre Ludo en moulinant comme un dératé couché sur les prolongateurs. Ca fait plaisir de rouler à cette vitesse, nous serons largement dans le plan de marche pour le déjeuner !

En descendant vers Tazenakht pour manger, le fameux vent terrible annoncé se lève. L’angle n’est heureusement pas encore trop mauvais, on arrive à maintenir une vitesse entre 25 et 30 km/h malgré tout mais c’est saoulant d’entendre ce souffle de ventilateur en permanence.

Pause déjeuner au centre ville, définitivement les fénêtres et les portes semblent en option, on change de table avec Ludo pour éviter d’être trop dans le courant d’air car avec le vent et malgré le soleil il fait froid.

Benjamin arrive 1h plus tard, cela nous fait une bonne pause avant d’attaquer l’après midi qui s’annonce terrible pour les 70 km nous séparant de Ouarzazate avec 50 km/h de vent de face.

La route est magnifique , dans des gorges encaissées , et tracé Steven oblige , de petites excursions gravel pour traverser des villages et des vallées isolées magnifiques. On était prévenus , donc on adore ( Steven nous dira que ce n’ est pas le cas de tout le monde … ) et nos vélos nous permettent d’emprunter ces passages sans devoir ralentir le rythme.

La suite s’avère difficile : vent terrible , et 2 bosses de 200m de dénivelé pas inquiétantes sur le papier mais on avait du mal regarder le profil ! La première à 10% et la seconde à 20% , un mur vent pleine face , un enfer , je zigzague à l’agonie à 5 km/h dans le dernier mur.

Benjamin décroche dans ces passages raides. Au sommet de la 2ème montée , je regarde sur le GPS combien de temps il nous reste à souffrir jusqu’à Ouarzazate et quand je relève la tête , j’hallucine en voyant … Benjamin qui m’attend sur le côté.

Hallucination ? Magie ? Téléportation ? Tout simplement un Berbère en Berlingo qui a proposé à Benjamin de le deposer en haut.

La très bonne surprise , c’est que le vent a un peu tourné. Là où on pensait l’avoir de face , il est plutôt de coté. Pour la première fois , je ressens l’effet voile des roues hautes par vent latéral. Le vélo a 20° d’angle par rapport à la verticale, mode deriveur, mais file à 35 km/h là où on pensait rouler à 15. Ca nous remet à peu près sur le plan de marche horaire. Il faut faire très attention lorsqu’un camion nous dépasse et coupe le vent. La première fois je fini direct dans le fossé, sans tomber heureusement.

Arrivée à Ouarzazate surréaliste sur des grands axes par encore bitumés semblant délimiter un grand quartier en construction.

Benjamin décide de dormir à l’Ibis local trop fatigué. Peu après , on voit plein de messages whatsapp s’afficher sur nos GPS , Benjamin sollicite des idées car la pile de sa cocotte gauche DI2 est HS et introuvable dans le coin.

On le rassurera en arrivant à notre hôtel : vu le profil du final , il suffit de passer la chaîne sur le petit plateau, le gros ne sera pas très utile.

Nous continuons encore 35 km jusqu’à Ait Ben Haddou avec Ludo , arrêt au Bagdad Café avec un accueil hors norme de la patronne française. Très bel hotel , très confortable et elle se lèvera à 5h pour nous préparer un petit déjeuner de rêve, juste incroyable et vraiment touchant.

L’Atlas Marocain est vraiment un endroit où le mot « humanité » reprend tout son sens, dieu que cela fait du bien dans cette époque de fous .

Départ 6h pour la montée vers le célèbre col du Tichka. Des informations contradictoires circulent sur l’état de la route. Ma grande inquiétude est d’être bloqué par la neige. Il n’y a pas de chemin alternatif pour repasser du bon coté de l’Atlas afin de rentrer à Ourika . Et marcher en montagne dans la neige avec des chaussures de route n’est pas un plan idéal …

La route semble dégagée pour l’instant. Encore de fortes rafales par moment mais pas en permanence. Nous approchons de Telouet, point de passage mythique de la célèbre Atlas Mountain Race. Steven qui l’a fait trois fois nous a recommandé l’aubergiste du coin qui est le Check Point 1 de l’AMR , mais cela nous aurais pris trop de temps hier soir d’aller jusque là.

Un automobilste s’arrête à notre hauteur dans une traversée de village pour nous dire de faire attention, les voitures sont bloquées plus haut après un pont et il nous de conseille de ne pas tenter le passage.

On a pas le choix , alors on continue. Et effectivement d’un coup la route devient mauvaise avec des plaques de neige glacées de plus en plus nombreuses jusqu’à recouvrir toute la route.

Heureusement nos pneus mixtes assurent et ça passe en faisant attention de bien mettre les roues au bon endroit.

On arrive au fameux pont et effectivement, tout le monde est bloqué là, la pente se corse, c’est gelé. Des conducteurs avec des pelles tentent de faire un passage.

Nos vélos passent.

On grimpe, et petit à petit il commence à y avoir une couche de neige qui ajoute à l’effort de la montée.

Une plaque de glace en devers, je vois Ludo batailler pour rester sur le vélo qui part en toupie et ça finit dans un grand fou rire général.

Je me demande combien de temps cela va prendre de finir les 10 km de montée restant ( 100km de montée depuis Ouarzazate) envisageant avec effroi une arrivée à pas d’heure à Ourika.

Et soudain au détour d’un virage, contre toute attente, la route est propre et on gagne plusieurs degrés , au point que j’ai trop chaud ! Steven nous expliquera plus tard qu’il y a un micro-climat dans la vallée de Telouet, un courant d’air froid qui descend des sommets.

Sauvés , on rejoint le col facilement avec finalement … 1/4 h d’avance sur la prévision initiale, tout est bien qui fini bien . A partir de là , profil descendant jusqu’à l’arrivée , avec une petite remontée sur le final Ourika étant à 900m.

Cela nous donne le temps d’un bon déjeuner dans le classique resto à salle ouverte ! On enfile tout ce qui se trouve dans les sacoches pour se rechauffer , ambiance déjeuner en haut de Val Thorens dans une salle en courant d’air.

Les 5 premiers kilomètres de descente sont délicats. Grande route bien dégagée mais il reste des plaques par endroit et pas le moment de tomber avec le trafic. La circulation a été bloquée la veille par le neige et il y a beaucoup de monde sur la route donc des gros camions qui descendent à une allure d’escargot . On y va tranquille. Puis la neige disparait , la température monte, retour du Maroc connu, on peut foncer sur la route sèche. Je soupconne mon food pouch de créer une pénalité aerodynamique à haute vitesse car je dois relancer pour suivre Ludo.

Il y a un petit col à franchir , arrêt au pied pour changer radicalement de tenue. Configuration légère de retour , on vire surchaussures, surpantalon, coupe vent , doudoune , bonnet , cache cou …

Le temps de pencher la tête pour enlever les surchaussures et quand je relève, qui vois-je ?

Super Benji Berlingo téléporté !

Le petit col franchi , il nous reste 65 km de faux plat descendant puis montant pour rejoindre Ourika : soleil, chaleur , pas de vent : on termine sur la partie plaisir où les vélos filent enfin à belle vitesse par une température agréable. Ca change tout sur les sensations musculaires et je me permet des relances à plus de 400W , les jambes vont bien.

Arrivée à 17h30 à Ourika avec une accueil super chaleureux de Steven et son équipe, on est en famille , on discute, c’est vraiment sympa Benjamin nous rejoint quelques minutes plus tard.

Un aventure marquante avec des images d’ncroyables qui vont rester gravées pour la vie !

2025-01-23 Gravelman Marrakech 500 route 23 Janvier 2025

Jeudi 23/01/25 : Gravelman Marrakech 500 route

Benjamin, un ami qui s’est lancé dans le vélo depuis un peu plus de deux ans, nous avait accompagné avec succès sur le 350 km Verdun-Paris mi Novembre. 

En revenant et après en avoir entendu parler par l’équipe d’organisation des Gravelman, il nous dit qu’il aimerait bien faire le Gravelman Marrakech fin Janvier. Fichtre ! Les parcours de Steven le Hyaric, champion d’ultra distance et organisateur des Gravelman, ont la caractéristique d’être plus difficiles que la moyenne. Et le Maroc au vu de la configuration du terrain dans les montagnes de l’Atlas, m’a tout l’air d’être le top de la difficulté 😨. 

En y réflechissant , et voyant la météo vraiment pourrie en Ile de France depuis l’automne, je me dis que c’est une très bonne opportunité de préparer les épreuves de l’année 2025 et en particulier la Race Across France du mois de Juin. Je décide donc de m’inscrire, mais sur la version 500 km route plus en phase avec le programme de cette année. 

Benjamin et son ami Christian sont déjà inscrits de longue date , mais eux sur la version 350 Gravel et intérieurement, je leur souhaite bon courage 😀. 

Commence la première partie de l’épreuve : la préparation. Je cherche les infos que je peux trouver sur la région, les routes, les cols , … . Le moins qu’on puisse dire est que le cylisme au Maroc n’est pas trop documenté. Sinon que s’y déroule l’épreuve ultra distance la plus difficile au monde, l’Atlas Mountain Race . Précisement là où nous allons 😱. L’organisation fait durer le suspense et tarde à nous envoyer les traces. Entre temps, j’ai compris qu’il fallait une carte SIM locale , le roaming coutant une fortune au Maroc ( 13 euros / Mo ! ) . En cherchant, je vois qu’on peut se procurer une eSIM , que l’on peut installer en avance, sans faire la queue à l’aeroport pour acheter une SIM physique. L’organisation recommande 30Go , ça me semble énorme . Mais l’importation des balises de suivi GPS habituellement utilisées n’étant pas possible ( contraintes telco locales toujours ) , nous devrons installer l’application de suivi sur notre téléphone qui va donc consommer de la data.  Malgré tout, étant du métier, je ne vois pas comment on pourrait consommer 30 Go avec ce type d’usage mais on ne sait jamais. On applique tous les recommandations à la lettre , ne connaissant pas le pays il est préférable de se fier à l’organisation. 

Ayant fait quelques Gravelman route avec des passages gravel voire VTT , je suis méfiant sur le terrain et je change mes pneus pour des Continental GP5000 all seasons en 700×32 tubeless . Des comparatifs trouvés sur internet indiquent que ces pneus sont 2 fois plus resistants que les GP5000 normaux, mes pneus préférés,  qui sont déjà solides tout en conservant les qualités de rendement bien connues de cette gamme de pneus. 

L’eau du robinet étant fortement déconseillée au Maroc, bouteilles obligatoires ce qui veut dire pas de possibilité de faire le plein la nuit , les nombreuses petites epiceries étant fermées entre 23h et 9h du matin. Et la nuit est longue à cette époque de l’année. Je réflechis à la meilleure solution, et n’aimant pas trop la solution des bidons sur le cadre lorsque le vélo a des sacoches ( durs à attraper même avec un porte bidon à ouverture latérale ), j’opte pour une sacoche « full frame » Restrap avec une réserve d’eau Apidura 3l . M’inspirant des conseils de mon ami David Schuster, dont l’expérience en ultra distance n’est plus à démontrer. 

J’ajoute une sacoche de top tube Restrap, et un petit sac de selle Decathlon qui contiendra le matériel de réparation et ma doudoune « de secours » . L’amplitude des temperatures sera importante , avec des passages à presque 3000m la nuit et le soleil à basse altitude de jour. Amplitude potentielle de -5 à +30 , mais impossible de se figurer précisement ce qu’il en sera car les infos météo sont limitées au Maroc . J’opte pour une tenue à couches : maillot thermoregulateur , maillot court en Merinos, veste d’hiver chaude et imperméable Ekoi , et la doudoune . Pas d’arrêt dodo prévu mais j’ai la couvertue de survie et un Bivvy en cas d’urgence. 

Il faut aussi organiser la logistique. J’ai une valise de transport avion, mais la combinaison vélo + valise dépasse largement les 23kg autorisés par mon billet  N’ayant pas de bagage soute autre que le vélo , j’achète la nouvelle sacoche souple de transport avion sortie par Buds. Elle coute 200 euros et je me dit qu’il y a moyen de la rentabiliser . J’opte pour la compagnie Air Maroc au départ d’Orly , les compagnies Low Cost devant plus couteuses dès lors qu’on a de gros bagages . 

L’option « Buds » va s’avérer super rentable vu que le personnel de Air Maroc à l’enregistrement ne me fera payer ni à l’aller ni au retour ce gros bagage qui ne pesait que 17kg . 

Je découvre que Steven vient d’ouvrir son camping « Superides Camp » à Ourika et que ce sera le lieu de départ . Il est donc possible d’y séjourner. Je sais déjà que les parcours Gravel repasseront par le départ après une première boucle, j’imagine qu’il en sera de même pour moi. Il est donc très intéressant d’avoir un point pour dormir en local ! . 

Je réserve donc la tente proposée par notre organisatrice en chef, Anne-Sophie. Mais quand je reçois un mail me recommandant des affaires chaudes, et un duvet 0° , mon enthousiasme baisse d’un cran . Quitte à se reposer , autant le faire dans des conditions confortables , je n’ai plus 20 ans 😀. 

Une petite recherche rapide montre qu’il y a un bel hôtel à 150 m du départ . Les Jardins de Taja. Ca a l’air top sur internet , mais en vrai c’est encore mieux : un petit paradis! 

Finalement, je réserve une Douira ( petite maison Berbère ) pour 4 : Benjamin, Albane son épouse, Christian et moi à un tarif défiant toute concurrence française ! 

Nous finissons par recevoir le parcours , tous mes logiciels de cartographie me disent « 100% route ». Je decouvre que si Benjamin et Christian repasseront au départ sur le 350 Gravel divisé en deux boucles, sur le 500 route, il n’y a qu’une boucle.  Il y a 7000m de dénivelé , mais cela semble faisable dans un temps de l’ordre d’une journée 1/2  . Le truc qui me chiffonne , c’est qu’en regardant les résultats des années précédentes, les « finishers » sur 3 ans cumulés se comptent sur les doigts … d’une seule main . Il doit y avoir un facteur local qui m’échappe, donc je ne communique aucun temps prévisionnel à mes proches pour ne pas les inquiéter. 

Mercredi 22 , me voilà en route pour Orly , le départ étant prévu le jeudi 23 à 6h du matin . A la réflexion, c’était une erreur , il aurait été bien plus confortable de partir la veille. 

Sur les conseils de Christian, j’ai mis un Airtag dans la sacoche du vélo , super moyen d’être rassuré sur le fait que le vélo est bien avec moi dans l’avion.  

Déjeuner à Orly et à 12h25 , me voila en vol pour le Maroc , uen première pour moi en Afrique en général . 

Recupération ultra rapide du vélo à l’arrivée. On m’avait parlé de file d’attentes interminables à l’aeroport , ça va super vite y compris à la douane. Et les trois boutiques des opérateurs locaux sont désertes , j’aurai eu largement le temps d’acheter ma SIM , d’autant que l’organisation a un peu de retard pour venir me chercher mais on papote entre concurrents et c’est un moment de convivialité très agréable. 

Mon eSIM ne donnera pas de très bon résultats, mais heureusement, ayant un abonnement Orange, j’ai pris le pack « Maroc » qui m’autorise 10 Go pour un cout raisonnable de 30 euros. Essentiellement par sécurité pour ne pas payer une fortune en roaming en cas de mauvaise configuration du téléphone. En fait je n’utiliserai l’eSIM HolaFly qu’une journée avant qu’elle se désactive sans explication , donc mon pack Orange me sauvera la mise. La prochaine fois, je prends une carte locale ! 

Micka, un des organisateurs que je connais déjà , arrive avec une voiture de location pour nous emmener à Ourika à 40km de Marrakech ( mais attention aux routes marocaines, on va en reparler ! ) . Il est accompagné de Said dans une camionnette hors d’age comme toutes ses consoeurs locales pour transporter les vélos en valises ou cartons. 

Il nous faut une bonne heure pour arriver à Ourika . J’avais sous estimé cette partie transfert , j’arrive à 19h à l’hôtel , il fait nuit et ce n’est pas l’idéal pour remonter le vélo . 

Heureusement, un autre avantage de la sacoche Buds ( certe souple mais très bien rembourrée et avec des rigidificateurs ) , c’est que j’ai juste retiré la roue avant, les prolongateurs et baissé la selle . Remontage facile et rapide donc. 

Premier dîner pour moi à l’hôtel , un vrai bonheur, Azraf le cuisinier étant un génie de la cuisine 😀

Le temps de manger, de faire la connaissance de Christian, et finir de préparer le vélo ( eau , alimentation , vetements , montage des phares , … ) nous voilà au lit avec le réveil à 4h30 . L’hôtel nous a prévu le petit déjeuner malgré l’heure. David & Fatiha , les patrons et toute leur équipe sont parmis les gens les plus gentils que j’ai rencontré ! 

Petit déj Marocain à 4h30 donc , puis nous voilà sur les vélos pour … 150m jusqu’au Superides Camp et le briefing de Steven . 

6h , me voilà parti . Je pars vers le Sud , les Gravel vers le Nord , nos chemins se séparent rapidement . 

Je me retrouve … tout seul , nous ne sommes que 12 sur le grand parcours route ( 1 sur le 500 , moi , et 11 sur le 600 qui est le 500 + une boucle après être revenu au départ ) 

La route pour partir du camp est un chemin de terre empierré . Le vélo saute dans tous les sens dans la descente mais à ma grande surprise, les GP5000 AS font un super job, ce n’est même pas trop inconfortable et ça me met en confiance pour la suite ( enfin, je ne savais pas ce qui m’attendait 😂 ) 

Après 2km , nous voilà sur de la « vraie » route, c’est parti. Après quelques minutes, mon organisme se reveille, les endorphines commencent à faire le job et les jambes tournent bien . Après de nombreux tests comparatifs, j’ai pris ma fidèle Klamp EXR1100 avec un powerpack 20000 mah qui m’assure normalement 3 fois plus d’autonomie que nécessaire. Mais tout seul dans un pays inconnu, il vaut mieux assurer.  La Klamp a indubitablement une qualité qui montre que les « lumens » ne sont qu’un élément de choix : certe sur le papier pas la plus puissante mais le faisceau est large et confortable. Doublé par le frontale Stoots Kiska3 sur le casque, même au premier niveau d’intensité, je vois à presque 100m avec une consommation faible de la batterie ( 2% par heure ) . 

Premier village, je découvre que le Maroc est peuplé de nombreux chiens errants . Curieusement très peu de chats dehors, ceci expliquant sans doute cela. Mais les chiens ont l’air bien nourris ou n’aiment pas la viande de touristes, il ne levent même pas la tête sur mon passage. 0 souci sur toute l’épreuve mais je me suis quand même posé des questions plus d’une fois : et celui là , il a faim ou pas ? 

A cette heure matinale , les routes et villages sont déserts. Tiens , une petite lueur rouge qui clignote. Je rattrape Matteo qui est sur le 600 et vient d’Italie. On papote , il habite à Turin que je connais bien, le temps passe plus vite en discutant. Malheureusement, au premier col de 10km , Matteo disparaitra dans la nuit derrière moi. Je décide de ne pas attendre, il y a quand même 500km en montagne à faire. 

Après le premier col, une belle route serpente devant moi mais le GPS bippe et me dit de prendre à droite … A droite , c’est un chemin de pierres . J’ai beau vérifier , pas d’erreur. Sacré Stéven ! . 

J’ai confiance dans les pneus, mais le terrain est quand même très loin de la gamme d’usage d’un vélo de route. Je m’attendais à ce type de surprise mais pas aussi cassant.  J’y vais donc prudemment, la moyenne en prend un coup sur les 10 kms de cet tronçon malgré tout magnifique et totalement dépaysant. J’ajoute même une petite erreur de parcours pour finir sur un étroit sentier de 20cm spécial VTT. Mais mon Axxome avec ses pneus passent facilement et confortablement. Je ne suis pas en difficulté et totalement épaté par le comportement du vélo . Top  ! Je ne savais pas que mon Axxome Origine savait faire ça ! 

Au bout du single , la route et le 1er Check Point ( CP ) . Sur les Gravelman , ils sont virtuels, juste un selfie à envoyer avec le bon panneau . 

Ne cherchez pas , j’ai pas trouvé de panneau 😂😂

A partir de là , c’est parti pour l’ascension du Tichi N’Tichka ( 2300m ) , sur environ 70km par paliers . 

Les paysages sont magnifiques, non , sublimes , extraordinaires . Je me pince pour me convaincre que je suis vraiment là . 

Les jambes tournent, la chaleur monte rapidement. J’enlève les couches thermiques et passe en court. J’ai emporté un petit sac à dos juste pour mettre les vetements afin de faciliter les ajouts/retraits qui vont être nombreux sans m’embêter à tout remettre dans les sacoches à chaque fois.  

La pente est entre 3 et 4% avant quelques descentes, d’où la longueur de l’ascension. Mon objectif est de déjeuner au sommet que j’estime pouvoir rejoindre entre 13h et 14h. 

Les 15 deniers kms sont plus pentus , on passe sur du 6 à 8% , et finalement voyant un restaurant avec une terrasse au soleil je décide de m’arrêter là d’autant que la température baisse et que le somment risque d’ête inconfortable. Je remets d’ailleurs la veste sur la terrasse à cause du vent. 

Tajine, pain, Coca, cornes de gazelle, thé à la menthe , j’achète quelques Bounty aussi pour la route ( ce sera la surprise , ici les bounty sont des biscuits à la noix de coco ! ) Le personnel du restaurant s’attroupe autour du vélo. On ne voit quasi aucun vélo ici sur les routes : 5 au total en 500 km , dont 3 concurrents . Evidemment hors vélos des enfants dans les villages  . On discute , ils sont adorables , c’est fou comment les gens sont gentils ici, ça réchauffe l’âme, et redonne du sens au mot « humanité » et des joies simples. 

Après avoir payé l’équivalent de 8 euros pour un délicieux repas complet, j’attaque les 8 derniers kms, un peu inquiet par la digestion 😀 . J’y vais sans forcer, le paysage est tellement beau qu’il incite prendre le temps de le comtempler. 

Et me voilà au sommet 

Ca ne se voit pas sur les photos , mais il ne fait pas chaud du tout et le vent est fort. Il sera d’ailleurs très génant dans la descente, la sacoche full frame donnant une grosse prise au vent. Je ne pourrai pas profiter de l’asphalte refait et lisse comme un billard pour prendre beaucoup de vitesse et … heureusement ! 

Je découvre dans la descente la grande spécificité des routes locales : au détour d’un virage, l’asphalte lisse laisse la place à une piste de terre sur 500m , route détruite par je ne sais pas quoi. J’arrive à 60 km/h, mode freinage d’urgence avec tout le poids sur l’avant pour ralentir in extremis le vélo. Calmé pour le reste de la descente. Je cherche encore l’explication à ce cas de figure qui se reproduira de multiples fois : il semble que ce soit avant tout un pb de qualité du revétement et d’eboulements aussi. 

Me voilà en pays Berbère. Profil globalement descendant mais avec quelques remontées raides pendant 100km jusqu’à Ouarzazate. La moyenne remonte et j’en prend plein les yeux . Les paysages sont incroyables , on se croirait sur Mars. Difficile de croire que des gens habitent dans cet environnement de montagne rouge et totalement aride. Les villages sont pauvres mais les gens sourient à mon passage et souvent les gamins sautent sur leur vélo pour faire la course en riant et en m’encourageant. J’en ai les larmes aux yeux souvent. A l’heure de sortie de l’école, plein de gamins marchent au bord des routes. Au milieu de ces montagnes il semblent y avoir des écoles partout. Impressionnant. 

Les jambes vont de mieux en mieux et je me retiens de trop relancer dans les raidars. Moral au beau fixe, quelle épreuve magnifique ! La circulation est quasi absente, à part quelques deux roues motorisés et chargés de manière improbable. 

Soudain, je débouche dans un désert de cailloux. D’un coup le terrain devient plat et droit . Je suis dans la vallée en direction de Ouarzazate. 

Pour la première fois , je peux me poser sur les prolongateurs. Je mettrai moins 1h30 pour faire les 50 km jusqu’à Ouarzazate avec un vent favorable. 

Je rattrape un scooter chargé , ne résiste pas à la tentation de le doubler.  Said le pilote ne s’en laisse pas compter et couché sur sa machine avec son frère à l’arrière , il me redouble . S’en suit une course poursuite dans le désert. Mes adversaires du jour manquent de pratique : ils sont contents de prendre la tête, ignorant qu’ainsi je bénéficie de l’aspiration et ne me fatigue pas. Je me cale confortablement dans la roue, roulant entre 35 et 40 km/h sans effort. Ca se finira au sprint pour la pancarte de Ouarzazate dans des grands éclats de rire réciproques, un moment génial que je ne suis pas près d’oublier. Petite pause pour discuter un peu avec mes nouveaux amis et je me pose sur une terrasse de restaurant pour un dîner bien mérité. Il ne me faut que quelques minutes pour demander à être rappatrié à l’intérieur la température ayant chuté de 10° en un rien de temps. 

Ouarzazate est incroyable : après 200km dans les montagnes aride et pauves, me voilà dans une cité ultra moderne avec des néons partout et le serveur parle mieux anglais que français. Contraste total. Quand au serveur, il est tellement persuadé que je suis américain ( pfuiii s’il savait ) qu’il m’apporte … un hamburger 😂

Dessert , café , thé à la menthe , remplissage aussi du réservoir Apidura au maximum de ses 3L. Car les 130 prochains km , ce sont 3 cols à 2300 m dans la montagne qui revient pour remonter vers le Nord. Aucun espoir de ravitaillement en eau ni nourriture avant d’avoir traversé la montagne . Les cartes donnent les cols à 5/6% , je me dis que je dois pouvoir monter à 15/16 km/h sans trop forcer. Surtout que la route à l’air belle. 

Après le dernier col au km 360 , il reste 140 km de descente/plat , et une légère remontée de 300m au final car Ourika est déjà un peu en montagne. 

Je calcule un horaire de passage au dernier col vers 6/7h du matin en fonction du terrain qu’on va découvrir. 

Je repars en pleine forme , après avoir aussi remis de la cire sur la chaine. Le vélo marche à la perfection, et file sans bruit sur une belle route qui reste plate sur 30 km. Jambes au top , le capteur de puissance affiche des valeurs parfaites, je suis en mode sortie du dimanche matin avec les copains, ça avance bien. Je vais surement mettre moins de temps que prévu me dis-je . 

Soudain, un bip du GPS qui me demande de faire demi tour. Erreur de ma part : j’ai oublié de desactiver le recalcul automatique, et je suis bêtement la trace GPS qui m’envoie en fait en dehors du parcours. Il y avait juste un bug de 10m sur le tracé ce qui a entrainé le recalcul . Un conseil : sur ce type d’epreuve , il ne faut jamais laisser le GPS recalculer l’itinéraire et desactiver cette fonction. 

J’en suis quitte pour 12 km de détour et 30 minutes de perdues , ma montre GPS Suntoo en backup finissant par m’alerter que je suis hors parcours et me remettant dans le bon sens . 

La route est toujours superbe. La pente augmente progressivement, mais les jambes sont tellement bien que je grimpe à 5% à presque 20 km/h à ce moment . 

Je suis vraiment seul , pas une voiture, pas un être qui vive, les rares villages sont dans le noir, on n’entend que quelques chiens aboyer au loin. 

Soudain, la route tourne à gauche et …. devient très mauvaise. La moitié du bitume a explosé , il faut slalomer entre des trous d’obus. Incroyable et pourtant , c’est une route nationale ! 

La pente augmente sévérement. On dépasse les 10%. Mon GPS s’acharne à me montrer un profil « en vert » à 4% , ça c’est particulièrement agaçant. Je vais passer 70km à espérer ce « vert » qui ne vient jamais . En fait , la moyenne des montées est de 5% mais sous forme de passages raides à souvent plus de 11% suivis de descentes. Ascension particulièrement casse pattes et bien plus difficile que prévu. Clairement les cartes « internationales » ne sont pas à jour au Maroc. Rien ne remplace l’expérience du terrain. 

Et surtout, le bitume se fait de plus en plus rare et disparaitra totalement sur 60km. Me voilà sur des montées et descentes raides dans les cailloux et le sable. Evidemment du jamais vu sur une épreuve sur route ! . Mais le vélo passe plutôt bien, c’est juste beaucoup plus énergivore que prévu. 

Il fait maintenant nuit noire. Avec les efforts importants, je n’ai pas vu le temps passer . Je regarde ma montre, il est déjà 3h du matin ! Je viens de descendre sur plusieurs kms, bien frustré de reperdre en permanence l’altitude chèrement gagnée. Soudain, une fissure mentale apparait. Putain !! y’en a marre de ce terrain infernal ! Stéven, je vais l’étriper au retour. Faut être fou pour envoyer des vélos route sur un terrain pareil en pleine nuit. 

La route est encastrés dans les rochers. C’est minéral et impressionnant.  Il fait froid, il fait noir, je me sens tout petit dans cette montagne et bien content que le vélo et l’éclairage marche parfaitement. J’ai de l’eau, j’ai à manger, la situation est sous contrôle. Mais je suis seul , incroyablement seul au milieu de nulle part dans un pays inconnu.  Un cri strident dans la nuit . Soudain mon cerveau fige sur une question « mais au fait , il y a des animaux dans ces montagnes ? » . Petit frisson dans l’échine. Incroyable il y a du réseau ici ( merci Orange ) . Je cherche sur Google  » animaux sauvages Atlas » . Qui me répond  » dans l’Atlas on trouve des Lynx , des putois, des renards, le dernier lion de l’Atlas a disparu en 1922  » . Bon ouf, je ne finirai bouffé par un ours ou un lion 😀😂 . 

Une petite barre et ça repart ! Un lapin traverse à fond de train devant mes phares. 

Me voilà reparti, mais je sens que les jambes commencent à toxiner avec tous ces raidars qui se succédent . 

L’état du terrain oscille entre très mauvais et totalement improbable . J’arrive à un endroit où la rivière à emporté la route . Il y a 40cm d’eau . Il fait -3°C , pas question de me mouiller les pieds . J’ai du sortir la doudoune de secours pour la mettre au dessus de ma veste thermique car je me gèle dans les descentes avec les dents qui claquent . J’ai trop attendu pour mettre la doudoune et maintenant j’ai du mal à me réchauffer. 

Pendant 20 minutes, je déplace des gros cailloux pour fabriquer un petit passage qui me permette de passer au sec. La route au Maroc c’est l’aventure ! Au passage, ça réchauffe 😀

J’arrive dans la dernière montée,  8 km à 9%, une descente encore puis 2km à 10% , je sens que ça va être dur. Les premières lueurs du jour pointent dans la montagne et avec elle les premiers véhicules ( rappel : c’est une nationale ) . Des camions dans un état extérieur inquiétant passent à toute vitesse : le mécano qui entretient ces camions est surement un génie car d’évidence moteurs et suspensions sont performants. Presque tous les camions s’arrêtent après m’avoir dépassé : pour vérifier qu’ils ont bien vu un vélo , puis pour me demander si j’ai besoin d’aide ou me proposer de monter le vélo en haut. Trop gentils . Je leur explique je fais une course, que je suis en tête et qu’il n’est pas question de profiter d’une assitance. Stupéfaction générale des chauffeurs devant ces explications. 

J’avoue que je pousserai le vélo quelques centaines de mètres pendant cette ascension. Les montées raides m’ont tuées, plus de force dans les jambes et le mental sature un peu de cette montée interminable. 

Et enfin la délivrance , le sommet ! 

Maintenant c’est globalement descendant ou plat jusqu’à l’arrivée hormis les 20 derniers km en légère montée pour atteindre Ourika à 900m . 

La descente est belle , la route est de nouveau une route même si on n’échappe pas aux fameux tronçons detruits au détour d’un virage. Par contre, il fait très froid, la route est à l’ombre. 

40km de descente et petit déjeuner à Demnate. Je prends mon temps pour reconstituer les réserves. 

Le soleil aidant , les forces reviennent et je vais pouvoir envoyer des watts sur les lignes droites dans le désert jusqu’à Ourika . 

Les 120 derniers km se font en un peu plus de 4h et je rejoins l’arrivée à 17h . 

Super accueil par Steven et son équipe , Micka , Cecilia et Anne-Sophie . La médaille de finisher , une bonne discussion dans le salon du très joli camping tout en mangeant de fruits frais cueillis sur les arbres. Ici Steven est chez lui et le partage est encore plus intéressant que d’habitude avec lui. Une personnalité attachante, hyper sensible et atypique.  Beaucoup resteront quelques jours de plus pour faire des sorties avec le champion qui ne demande que ça. 

Pour moi , ce sera repos dans le paradis des Jardins de Taja, à profiter de la gentillesse du personnel et de la cuisine d’Azraf. 

Ces quelques jours auront été une aventure formidable , un peu initiatique. J’ai découvert un pays attachant ( mais avec des routes dans un état déplorable ) où les gens ont encore la capacité à se réjouir des choses simples et font preuve d’une humanité et d’une bienveillance incroyable. Le contraste avec l’égoisme et le coté blasé de beaucoup de nos compatriotes est saisissant et une partie de mon coeur et mon esprit sont encore sur place. J’y retournerai c’est sûr, ne serait-ce que pour essayer la version tout terrain de l’épreuve qui est un beau challenge : vu l’état des routes, vous imaginez bien la difficulté des pistes 😀 . VTT obligatoire plus qu’un Gravel pour ce type d’environnement. 

Ci-dessous le montage vidéo de ma course. 

Publié par khs91 à 18:45   

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2025-05-09 Gravelman Beaujolais 500 route 9 Mai 2025

Nous sommes inscrits avec Nicolas et Ludo à la RAF1000 qui partira le 16 Juin de Clermont-Ferrand en direction de Mandelieu avec 18.000m de dénivelé positif au programme. Nicolas n’ayant pas eu l’occasion de faire d’ultras en 2024, je lui conseille le Gravelman 500 route Beaujolais comme préparation. Ce parcours annonce en effet plus de 8500m de dénivelé, on est donc sur des chiffres du même ordre que la RAF en terme de ratio D+/km. 

Nicolas suit mon conseil et s’inscrit dans la foulée , je décide d’en faire de même , cela me fera deux 500 km route de préparation avec le Maroc, ce qui me semble une bonne approche. Ludo est malheureusement pour nous, mais heureusement pour lui, en vacances 😀 . Mais Eric decide de s’inscrire aussi, chic on sera trois ! Et même quatre, puisque Benjamin prévoit aussi de venir mais pour faire le 60 km avec … son petit-fils en remorque , une première !

Comme toujours, les échanges sont nombreux en phase de préparation, c’est une phase très agréable des épreuves ultra où on essaie de penser à tout. Ne riez pas et Eric pourra en témoigner, en ultra chaque petit détail compte et l’expérience joue beaucoup pour ne pas avoir à gérer de galères durant l’épreuve. Ce type de parcours est tellement exigeant qu’il est préférable de pouvoir concentrer son énergie sur le fait d’avancer sans devoir gérer d’autres sujets en parallèle. 

Je reconduis la configuration du Gravelman Maroc avec notamment la sacoche fullframe RestRap équipée d’un sac à eau Apidura de 3l dont je trouve l’utilisation ultra pratique. Et la contenance me permet de varier le remplissage en fonction des conditions : 1l à 1,5l de jour, mais 2l la nuit où les points d’eau sont plus dur à trouver. J’avais mis 3l au Maroc , mais la nuit durait 14h contre 8h seulement ici en Mai. 

Je commence à bien connaitre les Gravelman, Steven et toute sa sympathique équipe. Toujours un plaisir un plaisir de retrouver cette grande famille dans une ambiance chaleureuse. 

J’ai réservé un gîte avec 3 chambres . Eric et Nicolas partent de Lyon pendant que je descend de Paris et nous nous retrouvons tous sur place le jeudi à 17h30 pour récupérer les balises GPS et le check des vélos. 

La surprise du jour , c’est qu’en arrivant au gîte , la boite à clefs est bloquée pas moyen de l’ouvrir malgré 10 essais avec le propriétaire au téléphone. Heureusement, il nous envoie les secours qui arrivent en moins de 5 minutes pour nous donner une clef. Ouf ! 

Nicolas nous a concocté un delicieux gratin de pâtes. On remonte les vélos , quelques petits checks bien utiles puisque je découvre avec horreur que ma fidèle Klamp EXR1100 ne s’allume plus. J’avais déjà eu le souci la veille mais cela avait fini par marcher. Cette fois rien à faire. Je me rabats sur ma lampe de secours, mais la Klamp me manquera . Heureusement, Klamp me repondra dès le dimanche (!) , que la réparation est 100% prise en charge, ce sera donc ok pour la RAF. 

Lever à 4h30 pour le petit dej, on quitte le gîte, range les affaires dans les voitures et nous filons au départ situé à 1k au camping de Charlieu ( 42 ) . 

Café d’accueil , briefing de Steven et c’est parti ! Toujours un peu de confusion au départ puisqu’il y a 4 parcours qui partent en même temps ( 500 route et gravel. 350 route et gravel ) . Nicolas est à coté de moi , Eric juste derrière mais ensuite , nous ne le voyons plus. On le cherche sans trop comprendre ce qui se passe. Comme nous roulons dans un petit groupe qui file bon train mais à un rythme raisonnable , je me dis qu’il va forcément nous rattraper facilement. 

Nous sommes une petite dizaine, ça roule un peu au dessus du rythme de référence que j’ai prévu mais ça reste très raisonnable, pas un souci si on roule quelques heures à ce tempo qui permet de bien avancer. 

Comme souvent tôt le matin, je ne me sens pas dans la forme du siècle mais cela ne m’inquiète pas , je sais que cela va aller de mieux en mieux au fur et à mesure que le soleil et la chaleur vont booster mon métabolisme. 

Si le rythme est tranquille sur le plat , l’homme de tête qui roule sur son vélotaf équipé d’un porte bagage appuie nettement plus fort dès que ça grimpe. Là encore, ça reste dans des zones qui ne demandent pas de forcer outre mesure mais mon GPS affiche 220W , loin des 160-180 qui sont mon objectif en montée pour arriver au bout des 8800 D+. Quand ça pousse trop fort, je lève le pied car ensuite, on le rattrape facilement sur le plat avec nos prolongateurs qui nous donnent un avantage aérodynamique.

Première grosse montée avec le col de la Croix du Sud. 

Pour ceux qui ne connaissent pas le Beaujolais, catégorie dont je fais partie, les bosses sont étonnament longues . Souvent entre 6 et 12 km et avec des pentes jusqu’à 15%. Je ne pensais pas que les cols étaient aussi nombreux et longs dans ce coin !  La cassette de 36 à l’arrière trouve toute son utilité. J’ai un peu mal au ventre à partir de 10h et ça va s’aggraver. Quand on aborde la plus longue montée de l’épreuve pour atteindre la Loge des Gardes à plus de 1000m , je ne me sens pas bien du tout. Nausées, fort mal de ventre, jambes douloureuses. Aie, aie aie , il y a un truc du petit dej pourtant classique qui ne passe pas. Je suis forcé de faire deux pauses techniques urgentes et je rejoint le sommet tout blanc en ayant perdu Nicolas au passage. Je commence à m’inquiéter pour la suite. 

Je retrouve Nicolas dans le village de Laprugne qu’on avait répéré pour son épicerie. Nicolas a eu la gentillesse de m’acheter une demi baguette ( il ne restait plus de pain ensuite ) . Je me fais un sandwich au jambon que je mange difficilement même si les maux de ventre sont en train de disparaitre. Par expérience, j’emmène toujours des cachets d’immodium qui m’ont encore sauvé. J’avale une bouteille entière d’eau petillante, les diverses ascensions ont fait chauffer la machine. Je remplis mon sac à eau, mange un pain au chocolat en dessert et nous repartons. 

Sensations pas très bonnes, j’ai encore les effets secondaires de mes soucis gastriques, avec des jambes dures et douloureuses. En plus il fait plutôt très frais avec un temps gris et venteux Je me dis que l’épreuve pourrait être un chemin de croix … mais je crois en mon étoile et mon entraînement pour me sauver. 

Nicolas pête le feu depuis le matin et appuie bien sur les pédales. Petit à petit le temps s’améliore et les premiers rayons du soleil ont un effet magique. Dans mon tableau de bord interne, je vois les niveaux d’energie passer du rouge au vert rapidement et toutes les douleurs s’en vont. Les jambes fonctionnent à nouveau à plein régime , youpi ! 

A de nombreuses reprises , nous croisons un concurrent qui s’appelle Colin. Au gré des arrêts techniques, on se passe et se repasse et finalement nous roulons ensembles. 

Les routes sont belles , desertes de toute voiture. Le paysage est sauvage, et les genêts sont en fleur partout. Pas la moinde épicerie ou boulangerie en vue. Ca ne doit pas être simple de vivre dans cette région qui semble desertée par les commerces. Il était dix fois plus facile de se ravitailler dans les montagnes de l’Atlas au Maroc que dans le Beaujolais 😳.

On essaie régulièrement de localiser Eric , mais l’application de suivi est très approximative nous indiquant à quelques minutes d’écart qu’il est 15 km derrière ou 70 km derrière. Difficile du coup de savoir quoi faire , l’attendre ou pas. 

Colin perd du terrain quand ça monte , et Nicolas commence à manifester des signes de fatigue. Je module le tempo en montée pour l’aligner sur Nicolas. 

Vers 17h , nous voyons enfin une épicerie qu’on attendait avec impatience pour une pause goûter. Colin nous y rejoint aussi et on se fait une bonne pause ravitaillement bien méritée. Le secret sur une telle distance et avec autant de D+ est de bien recharger le moteur en carburant. 

Je sais que 50km plus loin, on rentrera après Amplepuis dans une zone un peu plus urbanisée où nous devrions pouvoir dîner. 

Malgré la pause, les jambes de Nicolas ne vont pas beaucoup mieux, il souffre mais ça tient. Je me dis qu’on se fera un bon resto au chaud pour relancer la machine après le dîner. 

Le temps s’assombrit, je vois sur le groupe Whatsapp de l’épreuve une alerte méteo orages entre 18 et 21h . Aie ! 

Et effectivement, en passant Amplepuis la pluie fait son apparition. Il y a moins de D+ dans cette partie, on appuie sur les pédales pour rejoindre un resto le plus vite possible. 

A 19h , on traverse une petite ville , on voit une brasserie pizzeria . Hélas, pas possible de manger sur place , c’est à emporter et sur commande exclusivement. Je trouve une pizzeria que je pense 10 km plus loin. Je réserve et annonce notre arrivée dans 30 minutes. Erreur de ma part sur le kilomètrage réel, en fait c’est 20km. Zut , 30 minutes, ça va pas le faire. Allez on y croit, j’enlève le limiteur de puissance dans ma tête et me lance dans un contre la montre motivé par un dîner au chaud dans un resto sympa. 

Ca se complique quand le GPS m’annonce une montée de 5km 😰. Ca ne monte qu’à 7% , je passe en mode Pogacar en envoyant 300W (!) , l’adrénaline aidant. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour un resto bien au chaud  ! Je sais que je n’arriverai pas à l’heure mais j’ai en tête de repasser un coup de fil au sommet. Maintenant le tonnerre gronde et un déluge s’abat sur moi juste au moment où je franchis la pancarte de Meaux-la-Montagne. Charmant village et oh miracle : sur ma gauche, non référencé sur la carte , un superbe restaurant tout neuf éclairé ! 

Je pose le vélo, rentre et une charmante dame me confirme qu’on peut y manger 😀. 

Je me poste à l’entrée du resto guettant l’arrivée de Nicolas qui me rejoint quelques minutes plus tard. 

Ce resto est un miracle, avec une patronne super sympa et une carte tout aussi appetissante. Ce n’est pas raisoinnable avant d’attaquer une nuit avec 20 cols à passer mais je commande une terrine de campagne et un tournedos Rossinni. Miam ! 

Le tout arrosé de deux bières , il faut prendre des forces . 

La patronne propose même des serviettes à Nicolas pour le sécher. 

On prend notre temps , la nuit s’annonce difficile. On voit passer sur le groupe Whatsapp une photo des 4 premiers qui sont juste 20 km devant. 

Malheureusement les meilleures choses ont une fin, il est temps de repartir à 21h30 . La pluie s’est arretée définitivement mais il fait froid et humide. J’hésite à mettre ma doudoune, mais vu les montées à venir j’ai peur d’avoir trop chaud et effectivement , on se rechauffe rapidement. 

C’est là que commence un infernal enchainement de longues montées ( 5 à 12 km ) . Les montées , ce n’est pas un problème pour moi aujourd’hui ça tourne tout seul. Par contre, on se refroidit dans les descentes au niveau des jambes, malgré les jambières. Et quand il faut repédaler , c’est douloureux à chaque fois pendant quelques minutes. J’espère qu’il fera plus chaud sur la RAF , où alors , il faut que je trouve des jambières plus chaudes. A la longue , ça devenait un supplice et … je détestais les descentes ! 

En plein milieu de la nuit , on se retrouve sans une soirée mousse géante dans un village. Je me suis demandé un instant si j’avais des hallucinations par manque de sommeil ! 

Dans la très longue ( 11 km ) montée vers le Col de Crie , on double un concurrent en perdition. A la question ça va , on aura une réponse du style « Arghlglougrrrraahhh » . 

Au col de Crie, la carte dit qu’il y a un point d’eau . Mais c’est un lieu touristique , il y a de nombreuses aires de parking . Allez donc trouver un robinet à la frontale à 1h30 du matin au milieu d’une forêt inconnue !. Mais on le trouve . Nicolas m’inquiète, il est gelé . Moi aussi d’ailleurs mais contrairement à lui , j’ai ma doudoune dans la sacohe que j’enfile en tremblant. Nicolas met sa couvertur de survie sous sa veste de pluie en plan B . Conclusion : toujours prendre la doudoune ! 

Après avoir bien bu et mangé un peu , on repart sous peine de finir gelés et dévorés par les loups du Beaujolais dont Steven n’a pas oublié de mentionner la présence. M’étonne pas qu’il y ait des loups vu tout le gibier qu’on a rencontré et la présence humaine vraiment discrète dans le coin. Mais étonnament, aucun loup ne tentera de nous manger pour son dîner. 

On craphute toute la nuit entre montées parfois très raides dont une mémorable vers une chapelle surplombant la Saône. 

C’est là qu’en regardant le téléphone je vois un appel au secours d’Eric . Il est en panne de GPS depuis le départ ( voilà pourquoi on l’a perdu ) et nous cherche. Malheureusement, le suivi le localise en pleine pampa, impossible de comprendre où il se trouve réellement .Pendant ce temps Nicolas se demande ce qu’est la masse noire au yeux jaunes qui nous regarde au fond du prè à coté de la chapelle 😱 . Je préfère ne pas y penser, il est temps de repartir , je vous laisse juge de la photo. 

Nous repartons, descente aussi raide que la montée vers la plaine de la Saône et la civilisation. On ne reste pas longtemps dans la plaine, ça remonte direct sur 11km . 

On arrive au petit matin, il est 5h et on voit déjà des lueurs oranges annoncer le lever du soleil. On double un concurrent , je lui demande si ça va … sans reconnaître Eric. Difficle de comprendre par quel magie il se trouve là devant nous mais c’est le 2ème miracle du jour , nous voilà enfin ensembles et ça nous booste tous. 

Nous arrivons vers 8h à Tramayes, à 110km de l’arrivée où nous trouvons enfin des commerces ouverts. Les boulangeries sont toutes défintiviement fermées comme dans la plupart des autres villages traversés mais il y a un Carrefour express avec dépot de pain et viennoiseries. Nous faisons un petit dej copieux et Nicolas decide de rester au soleil faire une sieste sur un banc, il a besoin de dormir pour retrouver ses jambes .

Je repars donc avec Eric, lui servant de guide puisque son GPS est HS . De mon côté , mon nouveau COROS Dura est le GPS révé pour l’ultra . Il a consommé à peine 30% de batterie à ce stade de l’épreuve et finira à 65% grâce à la recharge solaire 

Le D+ annoncé était de 8300m, mon GPS annonce 7800. Soit la fin de parcours est beaucoup plus plate soit le denivelé est supérieur. Connaissant bien Steven, je n’imagine pas trop la première option. Et effectivement, on va enchainer encore de nombreuses bosses, heureusement les plus longues ne sont pas trop pentues mais mentalement, je commence quand même a voir une overdose de montées.On se fait une mini pause au bord d’une bel étang, quand le GPS m’indique 6,9 km de montée à 30km de l’arrivée , le temps de convaincre nos cerveaux d’affronter la difficulté qui finalement se fait facilement 😉

Il fait maintenant chaud , j’ai enlevé toutes les couches pour me retrouver en court. Et je sens que je suis en train de prendre un coup de soleil dans le cou. Le paysage est vraiment très beau sur cette partie du parcours, moins sauvage mais avec des vues magnifiques sur les lacs , les rivières et de beaux chateaux et des pré remplis de vaches et de boutons d’or. 

Les jambes tournent toujours bien, Eric a un peu de mal dans les longues montées mais passe les plus courtes en danseuse en envoyant des sacrés watts. Ca fait plaisir de le voir aussi en forme pour son premier 500km, encore une bonne recrue dans la Team ultra 😀

Et finalement, nous arrivons sur une voie verte pour les 10 derniers km , les seuls km de plat de tout le parcours ! 

Arrivée à Charlieu peu après 14h , avec Benjamin et toute sa famille comme comité d’accueil qui nous a même commandé une bière . Merci Benjamin ! Et félicitations au petit Gabriel , une médaille de Finisher à 6 ans ça doit être un record !

Après un peu plus de 32 heures d’effort dont 26 de roulage. nous voilà finishers avec 8800 D+. Encourageant pour la RAF. Nicolas nous rejoint une heure plus tard. la sieste lui ayant permis de bien récupérer. 

Encore une belle aventure et de magnifiques souvenirs et un grand merci à la super équipe Gravelman. On souhaite bonne chance à Steven pour son périple de 15.000 km vers le Nepal !

2025-09-26 La Gravel Fever Ultra 540 vendredi 26/09/2025


Troisième édition de la Gravel Fever cette année . L’évenement prend de plus en plus d’ampleur puisque les premiers championnats de France Gravel avaient lieu à Chatellerault dans le cadre de cette manifestation le dimanche 27 septembre. 

De mon côté , j’étais inscrit avec Yann, Richard et Benjamin à la version ultra qui partait de Meudon comme en 2024 . Mais cette année la distance était encore une fois rallongée . Après avoir fait 400 km la première année, 500 en 2024 , c’est 540 km qui nous attendaient cette fois avec une boucle en plus dans les Alpes Mancelles après le CP1. 

L’année dernière , j’étais arrivé un peu cassé avec les secousses du parcours. C’est d’ailleurs le point qui me pose problème depuis que je me suis mis au gravel. La France n’est pas les US , et chez nous les épreuves gravel empruntent souvent des sentiers VTT. Et j’ai toujours regretté le confort du VTT comparé à un gravel tout rigide. Du coup , après essayé la potence suspendue de Vecnum , très efficace mais loin d’une fourche VTT , puis fait l’ultra Gravel de la Babybel en VTT semi-rigide ( quel confort ! ) , je me décide à monter sur mon « Arme Fatale Gravel » , une fourche suspendue Gravel Fox 32 TC.  

Les premiers tests sont plus que concluants : ce n’est plus le même vélo. L’efficacité en tout terrain est bien meilleure . Fini les vibrations, la roue reste en plus collée au sol et les montées caillouteuses sont bien plus faciles, le vélo ne perdant plus de vitesse en buttant sur les gros cailloux. 

J’ajoute mon montage de roues maison, et le vélo n’a jamais mieux mérité son nom d’arme fatale. Les conditions s’annonçant un peu humides , je monte des pneus Schwalbe RX Pro en 45. J’ai aussi passé la transmission en mono plateau , avec un plateau de 36 devant et une cassette VTT 9-46 derrière. Le mono-plateau facilite les changements de vitesse rapide en tout terrain. Le pignon de 9 dents me permet de conserver un développement adapté descente, pendant que le grand pignon de 46 me permettra de grimper les raidars de la forêt de Chinon. 

L'arme fatale Gravel en configuration ultra


Vendredi 8h30, toute l’équipe est réunie à Meudon où l’organisation nous offre comme en 2024 un café à la Loggia au pied de l’observatoire de Meudon. Organisation toujours au top, c’est la raison qui fait que je reviens chaque année, Jean-Christophe Savignoni et son équipe sont aux petits soins pour nous, et cela fait vraiment plaisir 😀. 

Signe que l’épruve devient très connue, nous avons l’honneur d’accueillir le meilleur coureur ultra du moment , le jeune français Victor Bosoni qui a 23 ans vient de remporter la Trans Continental Race qui reliait cette année Saint-Jacques de Compostelle à la Roumanie. Autant dire qu’on ne va pas le suivre longtemps !. 

Note aux lecteurs : j’ai privégié ma camera embarquée cette année , peu de photos donc , mais la vidéo est ici : 

Après avoir récupéré dossard et balise GPS de suivi , JC nous fait un court briefing et nous voilà partis. 

Richard a dit qu’il roulerait doucement,  donc il disparait rapidement devant 😂 . Je suis avec Yann et Benjamin. Pour Benjamin, c’est sa plus longue épreuve qui s’annonce avec l’excitation et la pointe d’inquiétude qui va avec ,  il est décidé à rouler à son rythme. 

Les 150 premiers kms ne comportent pas de difficultés notables.  On roule dans un petit groupe quand il me semble entendre Yann crier derrière. Effectivement, Yann et Benjamin ne sont plus là. Je m’arrête et je vois avec inquiétude Yann pousser son vélo. Ca sent le problème mécanique. 

Son pneu arrière est à plat et semble bien déchiré sur la bande de roulement. Gros coup de malchance, car le terrain n’était pas agressif du tout. Sans doute un tesson caché sous les feuilles. On tente de mettre une mèche dans le pneu, et je suis plein d’espoir quand on arrive à regonfler. Mais au roulage , la mèche ne tient pas , la déchirure est trop grande. 

Yann est dépité et décide de trovuer un magasin de vélo. Je sens qu’il est proche de l’abandon, on tente de l’encourager comme on peu, tout comme les copains sur notre groupe WhatsApp. 

Bien dépité pour lui, je continue avec Benjamin … qui crève 5 km plus loin. Les Dieux ne sont pas avec nous ! Heureusement , cette fois , le trou n’est pas trop gros et le produit préventif arrive à colmater. 

Nous voilà repartis, bon derniers sur les 80 participants. Pas grave il reste 520 km à faire, les écarts à l’arrivée se compteront en heures et pas en minutes. 

Nous continuons avec Benjamin rattrapant quelques concurrents mais pas tant que ça malgré un bon rythme, ce qui m’étonne d’ailleurs,  je m’attendais à reprendre beaucoup plus de monde ! 

Nous stoppns à Tréon pour déjeuner avec quelques difficultés à trouver le Carrefour Contact que j’avais repéré à l’avance, la carte Google Maps étant fausse à cet endroit ( une première ! ) . Il y a un coin pique nique dans le magasin, c’est bien agréable car il ne fait plus de 12 degrés dehors et on se serait gelés à l’arrêt. 

Après une pause de 40 minutes avec même un café chaud offert par Benjamin, nous voilà repartis en direction du CP1 à Bellème.  Je continue sur un bon rythme et Benjamin préfère continuer à son rythme , je le distance petit à petit. Je rattrape du monde mais pas tant que ça , du moins jusqu’au début du Perche où les premières vraies bosses arrivent et avec elles les concurrents en difficulté qui ont trop poussé au départ. Je commence enfin à reprendre des places. Il semble que beaucoup sont partis très fort cette année mais commencent à le payer. Sans doute un manque d’expérience de la distance. 

CP1 atteint un peu avant 20h , à peu près en ligne avec mon tableau de marche . Accueil toujours aussi top , hamburgers , soupe , sandwichs , gâteaux , boissons , on a tout ce qu’il faut , y compris une salle de repos pour ceux qui veulent dormir. 

Richard est déjà reparti. Je profite de la nourriture chaude, il fait frais et humide dehors, ça fait du bien de manger chaud et toujours la délicieuse soupe aux vermicelles qui chaque année me redonne plein de forces 😀

Benjamin arrive alors que je commence à me préparter pour repartir. Il se restaure et prévoit de dormir un peu en attendant Yann qui est reparti bon dernier après 1h30 perdue à changer le pneu chez un vélociste à Versailles. 

Cette année, nous avons le droit à un « drop bag » , un sac qui est déposé au CP1 en plus de celui qui va à Chatellerault. J’y ai mis de quoi recharger les réserves de barres et de gel ainsi qu’un maillot thermique pour la nuit. Je me change avant de repartir et ce n’est pas de trop vu le temps dehors. Mais la tenue fera parfaitement l’affaire, contrairement à 2024 , je n’aurai pas froid durant la nuit. 

Me voilà donc reparti après un peu moins d’1h de pause. La partie entre le CP1 et le CP2 est la plus difficile , dans le Perche puis les Alpes Mancelles, avec de longues montées dont celle du Belvédère de Perseigne. 

La configuration du vélo se revèle idéale, je ne butte pas sur les cailloux et les montées me semblent bien plus faciles qu’en 2024. L’entrainement de la RAF joue forcément aussi. Malheureusement, il fait nuit , donc une fois de plus , je ne vois que le panneau et pas la vue du Belvédère 😢 

Après être sortis de la forêt de Perseigne, nous filons sur la nouvelle boucle dans les Alpes Mancelles. Je rattrape pas mal de monde, les jambes sont toujours opérationnelles, depuis le départ je. tiens le rythme que je commence à maitriser et dont je sais que je peux le tenir et même accélérer jusqu’à la fin. 

Après avoir dépassé quelques concurents erndormis sur la terrasse d’une maison, me voilà devant la Sarthe pour une des nouveautés de l’année : la traversée en bac à chaîne. Dans la nuit, je ne vois pas le bac qui est sur l’autre berge. Pendant quelques minutes, je cherche le chemin pensant être devant un étang à contourner avant de voir la pancarte « Bac le Passage » . Un autre concurrent me rejoint et nous traversons ensembles. En fait ce n’est pas du tout physique, il suffit de tirer la chaine et le bac avance sans gros effort. 

Quelques minutes et une belle montée plus tard , nous arrivons à Saint Leonard des Bois . J’ai prévu de m’y arrêter quelques minutes pour remplir ma poche à eau ( l’eau est un sujet délicat de nuit quand tout est fermé ) . Mais je découvre un distributeur automatique de nourriture et de boisson au premier rond point, j’en profite pour un stop plus long qui fait office de petit déjeuner. 

Puis full gaz  en direction de la Bazoge km 320 où se situe le CP2 où je retrouve Richard . J’ai retrouvé 3 autres concurrents et nous roulons ensemble , c’est plus sympa que tout seul ! 

Pause relativement rapide ( trop sans doute ) au CP2 .  J’ai jeté un oeil au suivi et j’ai remonté au moins 40 places dans la nuit , du coup me voilà bien motivé ! Accueil encore une fois fantastique et impossible de manger tout ce qui est proposé.  Je n’ai pas sommeil donc je ne prends pas le temps d’une petite sieste. Je repars à l’aube, pour la partie la plus facile du parcours, relativement plate jusqu’à Bourgueil. La traversée du Mans est bien mieux qu’en 2024 , on est tout le temps sur des voies vertes ou sur les berges. Sur les berges justement, sans doute la digestion, je commence à avoir du mal à garder les yeux ouverts. Au point que je finis par faire une courte sieste de 15 minutes sur un banc au bord de l’eau. 

Incroyable à quel point il suffit de quelques minutes pour se sentir bien mieux. Je redemarre en forme,  alors que le soleil pointe enfin son nez après une journée de vendredi dans la grisaille et l’humidité. Rapidement la température remonte et j’enlève la veste gore tex. 

Nous filons sur de belles allées roulantes, c’est du vrai gravel sur cette partie très agréable à rouler avec des paysages de vallées et de collines dans les champs. Un concurrent me rattrape, il envoie du lourd . Je le suis 10 km , mais je suis à 200W , ce n’est pas raisonnable , je le laisse filer. Puis les vignes artrivent à l’approche de Bourgueil. 

Je salue Richard et un autre concurrent attablés à la patisserie à Bourgueil où nous nous étions arrêtés l’année dernière. J’ai envie de viande et de frites , direction un kebab repéré sur Google Maps … que je ne trouverai jamais , décidemment ! . Je me rabats sur le Mc Do . 

Pause de 30 minutes, avant d’attaquer les 95 derniers km que je sais plus difficiles , en particulier le passage dans la forêt à Chinon où c’est technique et truffé de raidars à 30% . Mais j’ai le vélo qu’il faut ! 

Mon « AFG » se joue des raidars tous grimpés sur le vélo en 36×46 , réputation de JP oblige 😀. Je reconnais qu’il y en a un , sur des plaques de beton entre deux maisons,  qui me demandera deux tentatives sous les yeux médusés de promeneurs 😂 . 

L’objectif est d’arriver avant la nuit , et à 30 km de l’arrivée , une fois sorti de la zone difficle , j’enlève le limiteur de puissance pour laisser le moteur s’exprimer à plein régime. Les jambes vont super bien , pour la première fois , j’utilise le blocage de la fourche pour monter les côtes en puissance et en danseuse puis je dévale les descentes caillouteuses à pleine vitesse profitant de l’amortissement remarquable de ma Fox : 4 cm de débattement seulement mais on croirait avoir une fourche VTT. 

C’est presque avec regret que je vois se profiler Chatelleraut. J’ai pris tellement de plaisir à rouler sur ce parcours ! . Dans la dernière ligne droiet il me semble entendre mon mom . Richard ? Non, c’est Eric et son épouse en week-end à Chatellerault et qui sont venus m’accueillir . Trop sympa ! Merci 😍 .  

Arrivée à 20h juste à la tombée de la nuit.  Objectif moins de 36h atteint en 34h pile , 40 minutes de moins qu’en 2024 malgré les 33 km de plus. Je n’ai pas roulé plus vite mais beaucoup mieux géré les temps d’arrêts ayant beaucoup appris lors des derniers Gravelman et de la RAF . 

Un grand bravo une nouvelle fois à Jean-Christophe et son équipe , organisation vraiment parfaite et conviviale. 

Je m’inquiéte (le mot est faible )  pour Yann et Benjamin encore au CP2 au moment de mon arrivée. Il faudrait rouler toute la nuit, deux nuits de suite. Ca semble très compliqué !  Mais il vont le faire ! Rouler toute la nuit pour arriver à 7h , dans les délais de 48h maxi . Et ce malgré la casse la roue libre de Yann à 16 km de l’arrivée, roue libre qui tiendra par miracle jusqu’à l’arrivée en laissant en permanence le vélo en prise. 

Cela nous permettra de déjeuner ensembles le lendemain sur le salon de la Gravel Fever et d’assister à l’arrivée des premiers championnats de France de Gravel , remportés au sprint par Hugo Drechou devant Romain Bardet pendant que Richard est sur la route , à vélo, pour prendre un train à Tours ( il est fou cet homme ! ) 

Les 3 derniers arrivants de l’ultra 540 franchiront la ligne entre 15h et 16h , hors délais pour être classés mais l’organisation leur réserve l’emouvante surprise de les faire monter sur le podium des championnats de France devant les centaines de spectateurs réunis pour l’occasion. J’ai trouvé ce moment génial, décidemment l’état d’esprit sur la Gravel Fever est vraiment fantastique. 

2025-09-06 l’Echappée Michelin samedi 06/09/2025


 Au mois d’Avril , l’ami Franck me pousse un lien pour s’inscrire à une nouvelle course Ultra organisée par Michelin … au départ de Brétigny et en direction de Clermont-Ferrand. Je me dis que je ne peux pas la manquer . Une grande épreuve avec un départ à 200m de la maison c’est un luxe incroyable ! 

Cette course est un morceau d’histoire . Elle a été créee en 1890 par Michelin qui venait d’inventer les pneus demontables et voulait en faire la publicité. Pour la première édition ils avaient d’ailleurs semé des clous sur la route ce qui vaudra à l’épreuve le surnom de « la course aux clous » . En pleine relance de son activité pneus vélo,  et à l’initiative d’Emilien un ingénieur de Michelin , l’épreuve est donc recréée cette année. Franck , bien que méfiant vis à vis des longues distances, est prêt à s’inscrire sur cette épreuve de 400km. L’erreur a été de ne pas s’inscrire tout de suite. En pleine préparation pour la Race Across France à l’époque , je garde le sujet dans un coin de ma tête avec l’idée de m’inscrire fin Juin. 

Mauvaise surprise : l’épreuve a eu un succès fou et c’est complet fin Juin. Par chance, l’organisation décide finalement d’ajouter des places . Je.parviens à m’inscrire avec Richard , préviens Franck mais le temps qu’il rentre chez lui c’est déjà trop tard. Il reste des places sous forme de quatuor et Benjamin, Yann , Nicolas et Eric parviennent à s’inscrire in extremis. 

Le réglement est inhabituel , un mix d’ultra et de BRM 400, on aura d’ailleurs une carte de route pour faire valider le BRM . On verra plus loin que cela rendra l’épreuve spéciale , avec une population de concurrents différente de celle qu’on croise habituellement en ultra distance. 

5 Septembre, veille de la course . Je me sens en pleine forme , ayant bien profité des vacances pour un entrainement spécifique en Bretagne visant à améliorer la FTP.  Pour le quatuor , c’est toutefois le début des événements improbables. Eric découvre que ses pneus ( on taira la marque ) se sont soudains déformés , la chape semble décollée de la carcasse par endroits. Rarissime ! Yann se retrouve avec un oeil à moitié fermé qui l’oblige à consulter. Benjamin oublie sont téléphone dans un taxi au Danemark et pour finir , Nicolas que j’ai proposé d’heberger pour la nuit car il vient de Lyon, m’informe que son TGV est bloqué suite à ce qu’on appelle malheureusement « un accident de personne » 😰 . Ca lui vaudra 2h de retard et une arrivée en gare de Juvisy au lien de Massy ! . Alors qu’on pourrait penser que c’est déjà beaucoup , le fils de Yann tombe dans les escaliers , direction les urgences en pleine nuit !

J’avoue qu’à ce moment , j’ai douté que notre quatuor d’amis puisse prendre le départ . Mais tout est bien qui finit bien, il seront bien là le matin , certes déjà un peu fatigués pour certains. 

La veille nous participons au briefing à 19h , c’est vraiment bien pratique d’être à deux pas de la maison . Le briefing avec la présence du maire de Brétigny est de très bonne qualité , tout comme le buffet d’accueil , cela respire l’organisation sérieuse, nous avons même la vice-présidente de Michelin en charge des activités vélo qui est venue avec quelques caisses … de pneus 😀

Réveil à 5h30 , petit déjeuner solide avant de rejoindre le départ avec Nicolas où nous retrouvons tout le monde. 

Comme sur la Race Across France, les départs sont individuels toutes les 30s , je pars à 7h11 et le quatuor à 7h30 . Olivier un copain du club est là aussi et va m’accompagner sur les 80 premiers kms , bien sympa à lui c’était cool de bavarder tout en pédalant sous un soleil magnifique. 

Le vent sera favorable jusqu’à la traversée de la Loire à Saint-Denis de l’Hôtel , donc on en profite pour bien rouler dans la Vallée de la Juine puis la Beauce. Les 100 derniers kilomètres concentrant 80% du dénivelé , il est certain que la moyenne chutera sur le final. 

Contrairement aux courses ultra distance classiques, il est autorisé de rouler en peloton ce qui va s’avérer très utile pour tenir une moyenne élevée . 

Petit à petit un groupe se constitue et malgré l’arrêt d’Olivier au km 80 pour repartir dans l’autre sens, je me retrouve avec une bonne dizaine de concurrents . Comme nous sommes partis dans l’ordre des dossards , ordre défini par la date d’inscription , je regarde autour de moi pour voir où je me situe . On double déjà des concurrents avec des dossards inférieurs à 100 ce qui signifie que je remonte assez vite sur ceux partis devant moi. Le GPS indique 30 de moyenne , l’objectif est de la tenir le plus longtemps possible sans pour autant me mettre dans le rouge. Pour l’instant tout va bien, le vent + le peloton permettent de rouler vite sans avoir besoin de déployer une puissance trop importante. 

La Beauce fait place à la Sologne. Toujours des lignes droites sans dénivelé mais cette fois , c’est un paysage d’étangs et de forêts . Une découverte pour moi , je n’avais jamais roulé dans cette région. C’est joli , mais un peu monotone. Heureusement, le fait de rouler en peloton maintient la vigilance. Je prends quelques relais appuyés lorsque la vitesse baisse. J’avais initialement décidé de déjeuner au km 120 , mais on va bien plus vite que prévu , je modifie mon plan pour viser un déjeuner au Check Point 1 , à l’usine Michelin de Bourges. Cela m’évitera de perdre le groupe qui s’est formé est donc le ryhtme me convient parfaitement. J’ai largement de quoi faire en terme d’alimentation dans les sacoches du vélo. 

Arrivée au CP1 à 13h45 . On est en fait dans la cantine de l’usine Michelin , et le ravito est parfait , largement au dessus des standards . Il manque juste du coca et de l’eau gazeuse mais je fais avec . Riz au curry , sandwichs, une montagne de flans ( clin d’oeil pour Franck ) , fromage , crêmes Mont Blanc, fruits , bref de quoi refaire les niveaux. 

Je repars au bout de 45 minutes, non sans avoir regardé sur le logiciel de suivi live ( on a tous un tracker GPS fourni par l’organisation ) où se situe le quatuor. Ils roulent fort aussi , et ne sont plus très loin du CP1 également. 

Je repars tout seul , jole traversée de Bourges, mais à la sortie , je réalise que le vent est monté et désormais pleine face. C’était prévu , mais il est plus sensible qu’attendu . C’est beaucoup moins plat désormains , et j’ai du mal à dépasser les 25 km/h dans les faux plats qui se succédent. Heureusement un groupe me rattrape. Je saute dans les roues, ouf , c’est pile poil ce que j’espérais pour lutter contre le vent. 

Ce groupe est plutôt rapide. Je regarde les numéros , on a même le 24 avec nous , on continue de se rapprocher des premiers qui sont partis à 6h du matin, donc 1h10 avant moi. Le défaut de ce groupe c’est que certains donnent des à coups assez violents qui m’obligent à faire un effort. Je réalise qu’il y plusieurs concurrents qui font partie du même club et se tirent parfois la bourre . Rien d’extrême mais ca risque de peser à longue. 

En observant de plus près , il y a truc etonnant : tous les membres de ce club n’ont absolument RIEN sur les vélos , même pas une gourde ! Il y a un truc qui cloche. J’ai vite la réponse lorsqu’un des concurrents lêve le bras et qu’une camionnette vient à nos cotés pour lui tendre une gourde.  Assistance formellement interdite dit le réglement … no comment ! 

Dans la série des gags , il y a aussi un concurrent que je rattrape régulièrement depuis le départ , mais qui repasse … dans la voiture de sa femme avec le vélo à l’arrière de la voiture . Jamais vu autant de triche mais le plus drôle c’est que tous les tricheurs finiront loin derrière malgré tout. 

Vers le km 250 , nos soi-disant « pros » sont victime d’une crevaison : ils font demi tour pour rejoindre le camion d’assistance 😂 . Je réalise que j’étais en fait tout seul avec eux. Comme les changements de rythme commençaient à me faire mal aux jambes, je décide de continuer en solo sans les attendre , ils finiront probablement par me rattraper me dis-je . Je baisse le rythme , car on approche des montagnes et d’ici un peu plus de 2h , il faudra avoir des watts en réserve pour passer les deux cols qui nous attendent . La majorité du dénivelé est sur les 100 derniers km. 

Nous voilà dans l’Allier. Autre région que je découvre . Jolis routes qui serpentent en forêt le long de la rivière. C’est nettement plus vallonné et avec la chaleur, je sens que l’energie baisse . Il va falloir faire un bon stop reconstituant pour le dîner. 

Un peu avant le km 300 , je m’arrête au Carrefour Market de Cosne d’Allier , pour m’acheter un bon sandwich , des petits saucissons, un gros yaourt à boire , du perrier, du coca et remplir ma réserve d’eau 

Je vois passer une quinzaine de concurrents pendant que je me restaure sans me presser , mais je suis confiant de les récupérer dans les deux cols à venir. 

Me voila reparti pour les 120 derniers km . Le jour commence à baisser 

Le premier col arrive km 330 , bien nommé « La Bosse » . Je discute avec un concurrent rattrapé , il est du coin comme beaucoup d’autres personnes. Clermont, c’est vraiment Michelin city , et l’épreuve semble avoir eu un succès fou , notamment auprès des salariés de Michelin . Je suppose que beaucoup n’ont pas l’habitude ce qui explique surement les quelques « tricheurs » essayant de rallier l’arrivée par tous les moyens. 

Je suis content d’avoir bien géré mon effort , car avec la température qui baisse , je sens que mes jambes sont encore bien opérationnelles et je peux monter à une bonne puissance . Du coup je rattrape comme je l’espérais un nombre important de concurrents en perdition. J’avoue que plusieurs fois , j’ai été « méchant » en m’amusant à monter à plus de 300W au moment du dépassement juste pour démoraliser mes adversaires en les dépassant comme un missile. Bon, j’ai honte , je suis un monstre 😇. 

Les cols ne sont pas très durs , 10 km mais avec des pourcentages moyens autour de 5% , c’est donc roulant . j’ai d’ailleurs vu quelques vélos équipées de roues de 88 en mode triathlon ce qui pouvait tout à fait fonctionner sur cette épreuve. Et c’est un tri-athlète de l’équipe de France paralympique qui gagnera.

Il fait nuit , je me sens bien, j’ai mis la veste en haut du premier col car il y a des zones bien fraîches par endroit et je ne veux pas me geler dans la longue descente qui suit. 

Dans le second col , la difficulté sera le vent avec des rafales à 50km/h par moment qui arrêtent presque le vélo . Pas prévu , la météo annonçait que le vent devait être quasi nul après 22h , manifestement c’es tout le contraire ! . Un concurrent devant moi part droit dans le talus sous une rafale heureusement sans tomber. 

Je rejoins deux concurrents dans la descente du second col et vu le vent , on reste ensembles pour se relayer sur les 30 km qui doivent nous amener au CP2 , l’usine Michelin de Clermont . Un mythe ! Un de mes compagnons est entouré de bandelettes suite à une chute. Sacrémment courageux d’avoir continué , chapeau bas ! 

L’usine est immense , plus de 10 km pour en faire le tour sur les pistes d’essais . Pas forcement une super expérience cyliste mais je comprends que c’était incontournable. Je vois que je suis entouré de concurrents qui travaillent pour Michelin car ils commentent en live  » et là c’est la piste pour les pneus camion et là c’est le circuit etc … Bon moi j’ai surtout hâte de ressortir de l’usine et d’arriver , il commence à se faire tard ! 

Reste 10 km pour rejoindre le centre de Clermont à 1h30 du matin, passer sous l’arche d’arrivée , répondre à l’interview du speaker, faire tamponner le carnet BRM 400 , rendre le tracker GPS , partager la bière d’arrivée avec d’autres concurrents, recupérer le sac à dos avec les affaires pour la nuit . 

Tout cela prend du temps et c’est à 2h30 que je rejoins le Airbnb loué avec les copains . Super accueil de l’épouse d’Eric qui nous a préparé de quoi nous restaurer et boire, quelle super bonne idée ça fait un bien fou ! 

Reste à prendre une douche et dodo. Je n’entendrai même pas les copains arriver deux heures plus tard . On se retrouve tous pour le petit dej le lendemain matin . Comme toujours , ils ont eu plein d’aventures mais n’ont rien lâché et toute l’équipe est finisher ! 

Reste plus qu’à rentrer à la maison en train, voyage retour sans histoire , il semble que j’ai transféré ma malédiction des transports à quelqu’un d’autre 😀