Gravelman Marrakech 600 route 2026

Après ma participation à cette épreuve en 2025, Ludo était volontaire pour découvrir le Maroc en 2026 et Benjamin partant pour y retourner sur la route après avoir mesuré la difficulté de l’épreuve gravel dans cettte région.

Ce sera mon 7 ème Gravelman, je commence à bien connaître Steven le Hyaric et toute son équipe, ambiance familiale sur ces épreuves et en particulier au Maroc puisque nous partons du domicile de Steven au Superides Camp.

Ludo part le 1er janvier avec son épouse, Benjamin et moi le samedi 3 janvier pour un départ fixé le 5 à 6h00 .

Première péripétie à la sortie de l’aéroport : la navette réservée via Booking pour nous conduire à l’hôtel refuse de nous embarquer malgré les vélos clairement mentionnés sur la fiche de réservation. Rarissime dans ce pays où tout le monde est gentil et débrouillard , le chauffeur n’était surement pas Marocain …

On se rabat sur un taxi Berlingo où on a quand même un peu de mal à caser les vélos et les bagages . Je me retrouve assis par terre à l’arrière sur un coussin car il manque un siège 🙂 . Le chauffeur est adorable mais à 1km de l’hôtel , Waze nous expédie dans un chemin de traverse. Lorsqu’on réalise que le chemin est impraticable et qu’on cherche à faire demi-tour, il est trop tard : le taxi glisse dans le fossé car le route est trempée par la pluie et la terre argileuse rouge ultra glissante !

Benjamin qui connait ma réputation de chat noir des transports me regarde un peu désespéré. Mais mes aventures se terminent toujours bien, alors on garde espoir. Le chauffeur tape aux portes de maisons et appelle l’hotel : ils viennent nous chercher, pendant qu’un habitant trouve un camion pour sortir notre pauvre taxi de ce mauvais pas.

La propriétaire de l’hotel arrive avec son RAV4 , on a du mal à croire qu’on puisse tout caser mais si , ça rentre en tassant un peu !

Ces aléas nous ont fait perdre beaucoup de temps et il est déjà 21h30 lorsqu’on rejoint notre chambre, mais pas de souci , le repas chaud arrive accompagné d’une délicieuse bouteille de vin rouge local que nous vidons à deux pour nous remettre de nos émotions ( attention : cette méthode n’est pas conseillée par les coachs sportifs ! )

Dimanche midi , nous rejoignons le centre ville pour aller déjeuner avec Steven et d’autres concurrents

L’occasion de tester l’état du terrain – avis aux lecteurs non habitués : ceci est une route et pas un chemin –

On retrouve Ludo et son épouse Emmanuelle le soir. Direction le camp de Steven le Hyaric pour le check départ et une soirée dîner Berbère avec danses traditionnelles. Dîner sympa avec tous les concurrents et l’équipe de Steven : Micka , Cecilia , tous adorables et que nous connaissons désormais très bien ainsi que Said , l’homme à tout faire et son collègue la Pioche et Brahim , le chien 🙂 . Bon Said est super sympa mais doit encore faire des progrès sur le coucous 🙂 . Benjamin soupconne même un attentat pour l’empêcher de pédaler le lendemain !

La semaine précédant le Gravelman, une observation attentive des prévisions météo sur Windy avec tous les modèles météo disponibles m’avait bien inquiété. Les prévisions’annonçaient exceptionnellement froides pour le Maroc avec de la pluie le lundi, un vent de face à 50 km/h le mardi et un froid polaire le mercredi dans les montagnes de l’Atlas avec une forte probabilité de chutes de neige.

Nous savons tous que la météo à l’avance n’est jamais parfaitement fiable et donc je me rassurais en me disant qu’il était impossible d’avoir les trois phénomènes d’affilé. En Afrique , il fait beau et sec l’hiver , tout le monde le sait !

Malheureusement, les prévisions étaient exactes et nous sommes donc partis pour de la pluie tout au long de la première journée, du vent de face l’après-midi de la 2ème journée et enfin de la neige pour remonter au col du Tichka. Aie !

Retour à l’hôtel et lever 4h , un petit déjeuner nous a été apporté la veille au soir. On rejoint le camp de départ à 6h, tous les concurrents et Steven qui vient faire le départ avec nous sont planqués sous le toit de la terrasse car il pleut fort. On retarde le départ de 30 minutes et nous partons sur un chemin bien boueux de 2km pour rejoindre la route, les vélos sont déjà pourris et on se félicite de nos pneus allroad Caracal , c’est du gravel !

Mention spéciale à Hutchinson au passage , ce pneu est juste incroyable : aussi roulant que des Blackbird Race , ultra solide et capable de passer dans du vrai chemin gravel ou même VTT. Un must , vraiment !

La pluie se calme un peu , nous voici dans une longue ligne droite en faux plat montant en direction d’Asni pour aller chercher le col de Tizi n’Test. Ce n’est pas du tout plat , même avec des jambes bien fraiches , la moyenne peine à atteindre les 20 km/h sur un terrain en montagnes russes parfois bien pentues. Après Asni et une belle descente on attaque plus de 50 km de montée.

Comme toujours sur les routes des montagne de l’Atlas , la moitié ( au moins ) de la route est détruite mais ça on s’y attendait et nos vélos sont montés en conséquence. Des engins de chantiers sont en train de réparer la chaussée à de nombreux endroits, il vaut vraiment le voir pour le croire.

Mon nouveau Chiru Xroot avec ses super pneus Caracal fait merveille , je suis bien plus à l’aise que l’année dernière avec mon Axxome en pneus de 32 sur ces portions. La pluie les rend particulièrement délicates, ça glisse bien mais ça passe facile. Evidemment ça ne fait pas remonter la moyenne d’autant que la montée se cabre de plus en plus.

Séquence émotion avec un jeune garçon en VTT qui va à l’école et vient faire la course avec nous. Il donne tout ce qu’il a à bout de souffle mais il tient, on le pousse ou le tire pour l’aider, c’est juste adorable !

Benjamin a un peu disparu derrière, il préfère les descentes aux montées. Quelques éclaircies nous font du bien même si on a l’équipement pluie total sur-chaussures, sur-pantalon, veste et bonnet Goretex; L’équipement nous évite d’être trempés mais l’idée au Maroc d’habitude, reste de rouler au soleil et les paysages sont bien plus beaux dès que la lumière vient les illuminer.

La montée est superbe bien qu’assez difficile. La boue a durci les cales des chaussures et je manque de tomber lors d’une pause photo. Histoire de rire, le tuyau de ma sacoche à eau centrale tombe dans la roue en repartant, heureuement je stoppe avant de tout déchirer.

Au sommet, on voit une auberge , on s’arrête , et nous commandons pour trois en laissant le temps à Benjamin d’arriver.

Comme toujours ici , l’aubergiste est aux petits soins. Mais à 2000m et par 3 degrés, on aurait aimé qu’il y ait une porte et des carreaux aux fenêtres ! Malgré une cheminée, il fait plus froid dedans que dehors, on sort les doudounes des sacoches . Le déjeuner avec salade et omelette berbère est néanmoins délicieux.

On espère que la météo sera meilleure l’après-midi avec le changement de versant. Même si la pluie s’est provisoirement calmée, ce n’ est pas vraiment le cas et on attaque la descente dans le brouillard phares allumés.

Ca file bien au début , mais rapidement, on doit à nouveau affronter des passages gravels, des averses et surtout de nombreux éboulements causés par les fortes pluies de ces derniers jours. Il faut bien regarder devant et ne pas arriver trop vite dans les portions ravagées. Je suis bien content d’être coté droit , car le coté montagne semble un bon endroit pour se prendre un rocher sur la tête !

Nos vélos bien équipés nous permettent de doubler tout ce qui roule : voitures , camions , motobylettes locales, tout le monde est au ralenti pendant qu’on dévale comme des missiles.

Les nombreux passages gravel dans la boue rouge me font avoir une pensée pour mes plaquettes de freins , pourvu qu’elles tiennent mais j’ai un jeu de rechange, là encore, la connaissance du terrain local m’avait permis d’anticiper ce cas de figure.

Arrivés en bas, après 50 km d’une descente compliquée mais quand même rapide , nous rejoignons la première route à peu près plate en direction de notre point de chute du soir à Taliouine , sur la route menant à Ouarzazate.

Benjamin qu’on pensait fatigué, enclenche d’un coup le turbo et je me retrouve à 250W pour essayer de recoller ! Pour tout arranger, mes vitesses sautent, j’ai un maillon a moitié cassé sans doute par une pierre qui a tapé la chaîne.

Finalement, on organise le peloton et les relais se suivent.

Sur le profil , on a 40 km de montée pour rejoindre l’hôtel à Taliouine mais le vent est favorable et c’est plus un faux plat montant qu’une vraie bosse, donc notre vitesse reste très bonne ce qui nous permet de rejoindre l’hôtel réservé à 21h, après avoir du traverser deux fois des passages de 100m où un oued avait débordé et transformait la route en torrent furieux !

Super accueil , après la journée pluvieuse la douche chaude et le bon dîner copieux avec une soupe en entrée nous fait le plus grand bien.

Je vire le maillon défectueux et le remplace par un maillon rapide. J’aurais du vérifier les plaquettes car je me retrouverai sans frein arrière le lendemain, plaquette bouffées par la boue rouge, je mettrai le jeu de rechange le soir à l’hôtel.

Dodo réparateur, réveil 5h pour le petit dej mais on traine un peu sur le départ qui ne sait qu’à 7h, on va voir plus loin que ça va nous obliger à reconfigurer un peu l’organisation de la journée.

Un bon col de 900m de D+ nous attend pour commencer, on y verra le magnifique lever du jour. Nous sommes dans un endroit majestueux entre steppes désertes et sommets enneigés.

Les jambes sont au top ce matin, j’ai l’impression de pouvoir appuyer à l’infini sur les pédales. La montée n’est qu’une formalité. Au sommet à 1800m , il y a un vent , du soleil , des lignes droites de 20 km sur un paysage de plateaux désertiques. On décide d’attendre Benjamin au déjeuner car il fait bien trop froid pour rester immobile ici .

Un chien sorti de nulle part se met à faire la course avec Ludo , chacun sur une file. On est en faux plat descendant à 45 km/h , mais le chien a de la ressource ! Finalement, il décide de laisser tomber, Ludo est trop rapide. Je me demande s’il va faire la même chose avec moi mais il me regarde d’un air désespéré la langue pendante et déclare forfait.

J’ai monté un mono plateau de 40 dents en vue des longues ascensions avec une cassette 10-44. A 45 km/ , c’est un peu juste, je peine à suivre Ludo en moulinant comme un dératé couché sur les prolongateurs. Ca fait plaisir de rouler à cette vitesse, nous serons largement dans le plan de marche pour le déjeuner !

En descendant vers Tazenakht pour manger, le fameux vent terrible annoncé se lève. L’angle n’est heureusement pas encore trop mauvais, on arrive à maintenir une vitesse entre 25 et 30 km/h malgré tout mais c’est saoulant d’entendre ce souffle de ventilateur en permanence.

Pause déjeuner au centre ville, définitivement les fénêtres et les portes semblent en option, on change de table avec Ludo pour éviter d’être trop dans le courant d’air car avec le vent et malgré le soleil il fait froid.

Benjamin arrive 1h plus tard, cela nous fait une bonne pause avant d’attaquer l’après midi qui s’annonce terrible pour les 70 km nous séparant de Ouarzazate avec 50 km/h de vent de face.

La route est magnifique , dans des gorges encaissées , et tracé Steven oblige , de petites excursions gravel pour traverser des villages et des vallées isolées magnifiques. On était prévenus , donc on adore ( Steven nous dira que ce n’ est pas le cas de tout le monde … ) et nos vélos nous permettent d’emprunter ces passages sans devoir ralentir le rythme.

La suite s’avère difficile : vent terrible , et 2 bosses de 200m de dénivelé pas inquiétantes sur le papier mais on avait du mal regarder le profil ! La première à 10% et la seconde à 20% , un mur vent pleine face , un enfer , je zigzague à l’agonie à 5 km/h dans le dernier mur.

Benjamin décroche dans ces passages raides. Au sommet de la 2ème montée , je regarde sur le GPS combien de temps il nous reste à souffrir jusqu’à Ouarzazate et quand je relève la tête , j’hallucine en voyant … Benjamin qui m’attend sur le côté.

Hallucination ? Magie ? Téléportation ? Tout simplement un Berbère en Berlingo qui a proposé à Benjamin de le deposer en haut.

La très bonne surprise , c’est que le vent a un peu tourné. Là où on pensait l’avoir de face , il est plutôt de coté. Pour la première fois , je ressens l’effet voile des roues hautes par vent latéral. Le vélo a 20° d’angle par rapport à la verticale, mode deriveur, mais file à 35 km/h là où on pensait rouler à 15. Ca nous remet à peu près sur le plan de marche horaire. Il faut faire très attention lorsqu’un camion nous dépasse et coupe le vent. La première fois je fini direct dans le fossé, sans tomber heureusement.

Arrivée à Ouarzazate surréaliste sur des grands axes par encore bitumés semblant délimiter un grand quartier en construction.

Benjamin décide de dormir à l’Ibis local trop fatigué. Peu après , on voit plein de messages whatsapp s’afficher sur nos GPS , Benjamin sollicite des idées car la pile de sa cocotte gauche DI2 est HS et introuvable dans le coin.

On le rassurera en arrivant à notre hôtel : vu le profil du final , il suffit de passer la chaîne sur le petit plateau, le gros ne sera pas très utile.

Nous continuons encore 35 km jusqu’à Ait Ben Haddou avec Ludo , arrêt au Bagdad Café avec un accueil hors norme de la patronne française. Très bel hotel , très confortable et elle se lèvera à 5h pour nous préparer un petit déjeuner de rêve, juste incroyable et vraiment touchant.

L’Atlas Marocain est vraiment un endroit où le mot « humanité » reprend tout son sens, dieu que cela fait du bien dans cette époque de fous .

Départ 6h pour la montée vers le célèbre col du Tichka. Des informations contradictoires circulent sur l’état de la route. Ma grande inquiétude est d’être bloqué par la neige. Il n’y a pas de chemin alternatif pour repasser du bon coté de l’Atlas afin de rentrer à Ourika . Et marcher en montagne dans la neige avec des chaussures de route n’est pas un plan idéal …

La route semble dégagée pour l’instant. Encore de fortes rafales par moment mais pas en permanence. Nous approchons de Telouet, point de passage mythique de la célèbre Atlas Mountain Race. Steven qui l’a fait trois fois nous a recommandé l’aubergiste du coin qui est le Check Point 1 de l’AMR , mais cela nous aurais pris trop de temps hier soir d’aller jusque là.

Un automobilste s’arrête à notre hauteur dans une traversée de village pour nous dire de faire attention, les voitures sont bloquées plus haut après un pont et il nous de conseille de ne pas tenter le passage.

On a pas le choix , alors on continue. Et effectivement d’un coup la route devient mauvaise avec des plaques de neige glacées de plus en plus nombreuses jusqu’à recouvrir toute la route.

Heureusement nos pneus mixtes assurent et ça passe en faisant attention de bien mettre les roues au bon endroit.

On arrive au fameux pont et effectivement, tout le monde est bloqué là, la pente se corse, c’est gelé. Des conducteurs avec des pelles tentent de faire un passage.

Nos vélos passent.

On grimpe, et petit à petit il commence à y avoir une couche de neige qui ajoute à l’effort de la montée.

Une plaque de glace en devers, je vois Ludo batailler pour rester sur le vélo qui part en toupie et ça finit dans un grand fou rire général.

Je me demande combien de temps cela va prendre de finir les 10 km de montée restant ( 100km de montée depuis Ouarzazate) envisageant avec effroi une arrivée à pas d’heure à Ourika.

Et soudain au détour d’un virage, contre toute attente, la route est propre et on gagne plusieurs degrés , au point que j’ai trop chaud ! Steven nous expliquera plus tard qu’il y a un micro-climat dans la vallée de Telouet, un courant d’air froid qui descend des sommets.

Sauvés , on rejoint le col facilement avec finalement … 1/4 h d’avance sur la prévision initiale, tout est bien qui fini bien . A partir de là , profil descendant jusqu’à l’arrivée , avec une petite remontée sur le final Ourika étant à 900m.

Cela nous donne le temps d’un bon déjeuner dans le classique resto à salle ouverte ! On enfile tout ce qui se trouve dans les sacoches pour se rechauffer , ambiance déjeuner en haut de Val Thorens dans une salle en courant d’air.

Les 5 premiers kilomètres de descente sont délicats. Grande route bien dégagée mais il reste des plaques par endroit et pas le moment de tomber avec le trafic. La circulation a été bloquée la veille par le neige et il y a beaucoup de monde sur la route donc des gros camions qui descendent à une allure d’escargot . On y va tranquille. Puis la neige disparait , la température monte, retour du Maroc connu, on peut foncer sur la route sèche. Je soupconne mon food pouch de créer une pénalité aerodynamique à haute vitesse car je dois relancer pour suivre Ludo.

Il y a un petit col à franchir , arrêt au pied pour changer radicalement de tenue. Configuration légère de retour , on vire surchaussures, surpantalon, coupe vent , doudoune , bonnet , cache cou …

Le temps de pencher la tête pour enlever les surchaussures et quand je relève, qui vois-je ?

Super Benji Berlingo téléporté !

Le petit col franchi , il nous reste 65 km de faux plat descendant puis montant pour rejoindre Ourika : soleil, chaleur , pas de vent : on termine sur la partie plaisir où les vélos filent enfin à belle vitesse par une température agréable. Ca change tout sur les sensations musculaires et je me permet des relances à plus de 400W , les jambes vont bien.

Arrivée à 17h30 à Ourika avec une accueil super chaleureux de Steven et son équipe, on est en famille , on discute, c’est vraiment sympa Benjamin nous rejoint quelques minutes plus tard.

Un aventure marquante avec des images d’ncroyables qui vont rester gravées pour la vie !

4 réponses sur “Gravelman Marrakech 600 route 2026”

  1. Superbe récit et belle aventure. Félicitations, c’est du costaud, les conditions météos n’ont pas arrangé le périple. Bravo 👍

  2. Je t’avais souhaité beaucoup de succès dans tes projets pour 2026, mais je pensais d’abord à JPSD Consulting !
    Sacrée aventure, bien racontée comme d’habitude et plein d’imprévus, le contraire aurait été surprenant. L’année commence bien. Bonne route pour la suite !

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