Mercredi 24 Juin 2026 : Race Across France 1000 km

Après la Race Across France 2025 , plusieurs membres du club avaient manifesté l’envie de participer à l’édition 2026. Malgré les petites défauts d’organisation que nous avions constaté avec Ludo en 2025, en particulier la qualité de la base vie de Dignes, j’avais quand même envie de la refaire.

Pour corriger les erreurs commises lors de ma première participation, pour vivre une nouvelle aventure extraordinaire avec les copains … et pour améliorer mon résultat 2025 sachant que j’avais terminé 3ème de ma catégorie d’âge.

Nicolas rempile aussi , et Yann et Richard s’incrivent pour une première participation.

J’ai envie de tout optimiser, je construis donc un nouveau projet en plusieurs étapes :

-un nouveau vélo confortable et performant vraiment fait pour l’ultra distance, le Chiru Xroot en titane qui arrive dans le traineau du Père Noël.

-une analyse précise de mon parcours 2025 avec l’aide de nos nouveaux amis IA qui se montrent très efficaces dans cet exercice. Le point d’optimisation est évident : les temps d’arrêts representaient presque la moitié du temps total, voilà donc le point à travailler.

-un programme d’épreuves ultra varié pour travailler les différents aspects d’optimisation de ma performance . Echappée Michelin, Gravel Fever, Gravelman 600 Maroc , BRM 600 Tour de Manche plus quelques sorties perso dont une reconnaissance du début du parcours de la RAF 2026 depuis Orleans ( parcours supposé car non encore disponible officiellement, juste la carte macroscopique)

La préparation se passe on ne peut mieux : je parviens à réduire drastiquement les temps de pause ( moins de 3h sur le BRM 600 ) , ce qui a chaque fois me donne de bons temps de parcours. Je travaille aussi l’alimentation avec la nouvelle théorie à base de glucides qui semble bien me convenir. Energie constante, pas de problème digestif , ça roule !

1 mois avant l’épreuve, première deconvenue : RIchard est coincé par son boulot, il ne pourra pas prendre ses vacances comme prévu à la date de la RAF , le voilà forfait. On est deçu pour lui , et pour nous . Un compagnon de moins !

Nicolas suit une préparation millémètrée, il évoque même de prendre un célèbre coach vélo puis finalement se ravise devant le tarif conséquent. Les coachs IA c’est pas si mal .

Yann se prépare aussi dans les détails , ne laissant rien au hasard. La Team BikeXplore s’annonce redoutable !

Une petite étude statistique montre que le vainqueur de la catégorie des plus de 60 ans depuis l’existence de la RAF a mis entre 80 et 90 heures pour finir. Mon plan de marche, dérivé du BRM 600 avec des hypothèses plutôt conservatrices me donne un temps de parcours entre 70 et 75h. Le podium est plus que jouable !

Le parcours qui part d’Orleans, traverse le Morvan , les Monts du Pilat , Les Monts d’Ardèche avant de grimper le Ventoux par Malaucène puis de descendre sur Mandelieu via les Gorges de Verdon me plait beaucoup.

D’une part , il est relativement roulant sur les premiers 200km , ce qui est très bien pour se lancer dans l’épreuve, d’autre part il passe par des coins que je connais peu et j’ai hâte de les découvrir.

Toutes proportions gardées, on se vote d’appliquer l’approche « Victor Bosoni » en évitant le bivouac au profit de nuits en dur.

La réservation est un sujet délicat : on s’était complétement loupé en 2025 avec des distances trop ambitieuses. Je cherche cette fois un compromis entre ambition et réalisme , aidé par l’expérience supplémentaire acquise depuis un an. Mes temps de parcours sont plus prévisibles et robustes. Sachant évidemment qu’en ultra tout peut arriver donc le risque zéro est illusoire.

De nombreuses discussions sur notre groupe Whatsapp alimentent cette préparation qui comme toujours est un des meilleurs moments de la course. J’ai vraiment hâte d’y être.

Deux semaines avant, un facteur imprévu arrive : une vague de chaleur s’annonce. Ludo , Sam , Eric et Benjamin qui font le BRM 1000 des Mousquetaires Paris-Londres-Paris vont clairement en souffrir. Les températures semblent diminuer la semaine suivante ce qui devrait nous éviter de retomber dans la même situation que les 2 derniers jours de 2025 où on avait du faire des sauts de puce de fontaine à fontaine pour tenter de refroidir. La chaleur m’avait plus épuisé que les 1000 km !

Hélas, plus les jours avancent, moins les prévisions sont favorables. Mon optimisme légendaire refuse d’y croire, ça va s’arranger , forcément , ma bonne étoile veille toujours.

Quoique …

Finalement, il faut se rendre à l’évidence : il va faire très chaud. Zut et zut , je ne pensais pas revivre la situation de 2025. Je fais une sortie d’une heure sous la chaleur tous les jours la semaine précédente pour habituer mon organisme.

Ca se passe plutôt bien, me voilà un peu rassuré.

Le départ est prévu le mercredi 24 juin à 20h à Orleans.

Durant le week-end , sur les réseaux sociaux , commencent à circuler des rumeurs inquiétantes d’annulation de l’épreuve !

Quelques heures plus tard, voilà la RAF 2500 partie le jeudi qui est neutralisée entre 12h et 16h puis 12h – 18h . Aie , aie , aie . Si neutralisation il y a sur la 1000, tout le plan de marche et les réservations sont KO !

A peine le temps d’échanger avec les copains que la nouvelle tombe : interdiction des épreuves sportives dans le Loiret . Le départ d’Orleans est annulé et déplacé à Albertville !

Sur le coup , je refuse d’y croire ! Mais nous recevons bientôt un mail officiel de confirmation.

Le parcours devient la somme de la fin du parcours 2500 depuis Albertvillle ( 637 km ) puis une boucle de 200 km depuis Mandelieu. Pas top de repartir alors qu’on est arrivé . Mais pas le choix, l’organisation doit utiliser des parcours déjà validés par les préfectures. C’est encore pire pour les concurrents de la 2500 , neutralisée. Chaquee concurrent doit trouver un moyen de rejoindre Albertville pour un nouveau départ 2 jours plus tard. Un enfer logistique ! Un concurrent prendra 9 TER pour y arriver ! A l’exception des 20 plus rapides qui ont dépassé Orleans et ne sont pas concernés par l’interdiction. Au final il y a donc deux courses 2500 : la version d’origine pour 20 concurrents et une version en 2 parties pour tous les autres.

En quelques heures, tout le plan de marche, la préparation s’effondre. On a pris les bonnes décisions au bon moment, annulant nos réservations à temps pour être remboursés. Et Yann, Nicolas et moi trouvont chacun une solution pour rejoindre Albertville.

On va pouvoir participer !

Je rejoins Albertville le mardi soir afin de pouvoir prendre mon temps avant le départ. Il y a plein de choses à revoir : plan de marche , chargement du vélo etc … Nous passons deux fois à Mandelieu. Grâce à la négo de Yann et Nicolas qui font le voyage vers Albertville dans le même train que Arnaud Manzanini, l’organisateur, on lui demande de pouvoir d’utiliser notre sac d’affaires au premier passage . Merci les copains pour la négo. Comme il y a un drop bag à Malaucène ça nous fait deux points de « rechargement », ce qui est bien pratique pour ne pas emmener trop d’affaires et de nourriture sur le vélo.

Le voyage vers Albertville se passe presque sans histoires. TGV depuis la Gare de Lyon jusqu’à Chambery. Je dois utiliser ma sacoche vélo pour le démonter et le ranger sur un rack à bagages à plat dans le TGV. Je mets le sac à dos par dessus pour m’assurer que personne ne pose quelque-chose sur le vélo.

Hélas c’était sans compter sur un quidam qui vire le sac à dos pour le mettre de l’autre coté et placer une valise de 50 kg à la place ! Comme la manipulation du vélo + sac à dos pèse lourd, je me lève 10 minutes avant Chambery et découvre le problème. Le vélo a l’air intact mais bon je suis furax. Je crains surtout pour les disques de frein. Le TER pour Albertville démarre du même quai donc le transfert est facile d’autant que le TER est quasi désert.

Arrivée à Albertville peu avant 22h. La gare va fermer, je dois sortir pour remonter le vélo ce qui me prend moins de 5 minutes. J’ai réservé à 800m de la gare, je m’élance, premier rond point, petit coup de frein et … rien ! . Oups j’ai un souci. Arrêt , retour à la gare pour bénéficier de l’éclairage : le gars avec sa valise a écrasé ma durite de frein avant juste au dessus de l’étrier ce qui provoque une fuite. Merde ! Heureusement, à force de soucis techniques improbables, j’ai presque tout ce qu’il faut : plaquettes de rechange ( les plaquettes sont pleines d’huile ) , insert et olive pour recouper la durite. Manque le liquide mais Albertville est une grande ville , je devrais trouver une solution. Ca va quand même me travailler la nuit qui n’est pas excellente.

Le lendemain, après un bon petit déjeuner, je trouve un petit garage auto . En effet, le liquide Citroen LHM est un parfait subsitut à l’huile Shimano, je l’utilise systématiquement vu qu’il coute 10 fois moins cher. Le garagiste à qui je demande une pince, une seringue pour purger me regarde d’un air surpris : mais. je suis garagiste , pas vélociste ? Je lui explique mon idée, et gentiment il me prête les outils. Moins d’1/4h plus tard le problème est classé, ouf . La prochaine fois j’emmène un piège à loup pour mettre au dessus du vélo dans le train !

Je rejoins Nicolas et Yann à leur hôtel pour un déjeuner très agréable.

Vers 15h , direction le mât olympique où se trouve le gymase de départ.

Retrait des dossards, préparation du drop bag, briefing, repas , le temps passe vite jusqu’à l’heure du départ.

Je retrouve Julian, un concurrent avec qui nous avions sympathisé l’année dernière et qui a pu rejoindre in extremis Albertville à 17h .

Histoire de compliquer les choses qui étaient bien trop simples depuis 2 jours, un orage est annoncé à l’heure du départ sur Albertville. Décalage à 20h30. Nous partons toutes les 30s. Quelques concurrents inscrits n’ont pas pu rejoindre Albertville, mais pas tant que ça. Avec mon numéro 1015 , je pars à 20h35 , derrière Jerome Blion numero 1013 et futur dernier finisher.

Je filme le départ de Nicolas qui démarre en 3ème position puis je m’élance.

Nous sommes sur une piste cyclable le long de l’autoroute en direction de Grenoble. Il y a des branches partout, l’orage a du être violent. Il tombe des gouttes, j’hesite à mettre ma veste de pluie , il ne fait pas froid et je n’ai pas envie de m’arrêter afin de bien rentrer dans ma course.

On est à l’Est, le ciel et noir, la luminosité est faible , il fait presque nuit malgré l’heure pas si tardive.

Dans la pénombre je me prends une branche cassée par l’orage qui pendouillait d’un arbre, merci le casque et les lunettes , pas de bobo mais ça fait du bruit ! Il y a des branches partout sur le sol.

La pluie se renforce de plus en plus, j’ai déjà les chaussures humides par l’eau qui remonte de la route.

Je me dis que s’il fait ce temps la nuit dans les montagnes, il va faire froid et que ce serait une bêtise d’être mouillé et frigorifié. Arrêt pour mettre la veste.

Des concurrents passent en me disant le traditionnel « Tout va bien ? Courage ! » . Ai-je l’air d’aller mal ?

Je repars et evidemment, la pluie s’arrête 15 minutes plus tard.

Il fait chaud et humide, je dois m’arrêter une nouvelle fois pour enlever la veste et éviter d’avoir trop chaud.

« Tout va bien ? Courage !  » me disent les quelques concurrents qui en profitent pour me dépasser.

L’expérience m’aide à résister à la tentation d’appuyer pour les redoubler. Parfaitement inutile, ce n’est pas maintenant que ça se joue.

Ca commence à monter et descendre et la moyenne qui frôlait les 30 km/h sur ce départ plat commence à descendre.

A l’approche de Grenoble , une montée terrible sur 2 km à 15% avec des pics à plus de 20%.

Beaucoup mettent pied à terre, je me félicite d’avoir monté mon monoplateau de 40 , en 40×44 je mouline et ça passe. Il faut quand même oublier la limite de puissance à 70% de la FTP , le GPS affiche 330W dans la partie raide.

Direction le Vercors où nous attend une bonne serie de grimpettes dont une de 4km à plus de 10% au km 140.

Un jeune concurrent parti bien après moi me dépasse à une vitesse incroyable , il pédale comme un forcené et me demande si je sais où est le premier. J’allais lui répondre que je n’avais pas la moindre idée mais il est déjà bien trop loin !

Je suis maintenant bien dans ma course. Les jambes vont bien mais les sensations ne sont pas exceptionnelles, je sens l’effet de la mauvaise nuit que j’ai passé où l’histoire de la durite de frein me travaillait.

Nicolas est devant, je n’ai pas idée de l’écart qui nous sépare mais je suis sur mon rythme et mon plan de marche et je sais qu’on finira forcément par se retrouver au hasard des arrêts de l’un et l’autre nos rythmes étant très proches.

La nuit est noire maintenant et nous sommes dans le Vercors sur de petites routes pas super roulantes , le revetement étant souvent abimé. Le Xroot fait merveille absorbant tous les chocs de la route mais le rendement s’en ressent. Des montées assez raides parfois , de belles descentes avec plein d’épingles. Je passe ma Fenix BC26R avant en mode plein phares pour bien anticiper dans les descentes.

Quelques detonations dans la montagne sur la gauche, des aboiements , et soudain 100m devant moi un grand canidé gris qui traverse en courant. Un loup ? Nicolas me dira plus tard s’être fait courser par les patous.

Petite pause prévue pour refaire le plein d’eau avant d’attaquer la fameuse montée du km 140 et ses 4km à 10/11%. J’utilise l’application onroutemap.de qui est vraiment top pour trouver points d’eau et alimentation. La fontaine est bien là mais le robinet est HS. Tant pis j’ai assez d’eau pour aller au prochain point. Au bout de quelques centaines de mètres je double un concurrent qui monte à pied. Pas bon signe pour être finisher de monter à pieds aussi tôt dans l’épreuve. Je l’encourage. « Ca va ? Courage !  » . Chacun son tour 🙂 .

On atterrit sur un plateau, je peux reprendre de la vitesse jusqu’à un cimetière qui permet cette fois de faire le remplissage. J’en profite pour manger un sandwich acheté avant le départ, ça fait du bien.

Grace à mes feux resté allumés , tout le monde repère le point d’eau et il y a bientôt autant de vivants que de morts dans ce cimetière !

Prochaine étape : le col de Menée , point culminant de la traversée du Vercors sur le parcours. Montée assez longue, il fait jour lorsque je rejoins le sommet suivi de la traversée d’un tunnel.

Un photographe nous attend à la sortie avant une longue descente qui fait enfin remonter la moyenne.

En bas, de nombreux concurrents sont devant une boulangerie, voilà un petit déjeuner qui s’annonce ! Le boulanger est super sympa . Je commande deux parts de flans ( une pensée pour Franck) et de quoi remplir camel et bidons.

Un concurrent s’affaire sur une chambre TPU, il a déjà crevé deux fois , plus de chambres, c’est ma dernière chance pour rejoindre la base vie me dit-il.

Je n’ose pas lui dire qu’il devrait rouler en tubeless mais je le pense très fort.

Un coup d’oeil à l’application de suivi , je suis surpris de voir que Nicolas est environ 45 minutes dernière moi car je ne l’ai pas dépassé sur le parcours. J’en conclus qu’il a du faire une sieste. Yann est plus loin mais avance régulièrement.

Après cette pause boulangerie, on a trois petits cols sur le parcours. Je me dis que ce sera une formalité. Il faut toujours se méfier de l’effet d’échelle. Ils sont peut-être moins hauts mais pas du tout négligeables. Ca monte à 7/8% et il y a 7/8 km à chaque fois.

Le premier est joli mais il commence à faire plus chaud. A moment où je rattrape un concurrent, il fait demi-tour en me disant qu’il a mal géré l’eau et qu’il va redescendre au village au pied pour remplir et ne pas risquer de se retrouver à sec.

Premier col passé, la descente est belle et rapide.

Du coup, ça remonte rapidement.

Au pied du 3ème , il y a un village avec une fontaine. La température grimpant en flèche , je fais un arrêt rafraichissement enlève casque , gants , casquette pour. bien me mouiller.

Ce dernier col est en plein soleil, pas d’ombre, je suis bien chaud au sommet mais les jambes tournent parfaitement et je monte au rythme prévu entre 180 et 200W pour rester en Z2.

Il y a ensuite 30 km en faux plat descendant qui permettent de bien remonter la moyenne en direction de Bollène , la première base vie où je pense arriver autour de 14h, plus ou moins sur le plan de marche, tout va bien.

Dans une petite montée, je vois un beau coin d’ombre et décide de faire une petite pause pour voir où j’en suis sur le parcours et localiser les copains.

Sur notre Whatsapp , je vois un étrange message de Nicolas « j’ai ton casque » . Que veut-il dire ?? Et là je réalise qu’après avoir mouillé ma casquette , j’ai complétement oublié le casque au bord de la fontaine !!! Putain quel con ! Avec le casquette qui serre un peu , je n’ai pas senti l’absence du casque. Voilà une « JP » bien sentie et un vrai miracle que ce soit Nicolas qui l’ait trouvé. Merci mon ange gardien !

Je n’ai plus qu’à transformer la petite pause en grande pause de 30 minutes et attendre Nicolas.

Il me rejoint , casque récupéré et nous repartons de concert en direction de Bollène. Il este à peine 50km et cette fois le terrain est en faux plat descendant, on devrait mettre moins de 2h

Les kms défilent, la moyenne remonte, ca fait du bien, car le Vercors était long à force de monter/descendre en permanence.

La chaleur augmente régulièrement et les 10 derniers km vont être compliqués, surtout pour moi. J’arrive à la base vie en mode ralenti, le moteur ne délivre plus de puissance d’un seul coup.

Heureusement, contrairement à Dignes en 2025, la base vie est top et il y a tout ce qu’il faut pour manger et se reposer.

Je fais un sort à une bouteille de Salvetat bien fraîche , et je m’alimente, y compris le bouillon de légumes recommandé par l’équipe médicale de l’organisation pour se réhydrater et recharger en sels minéraux.

La raison indique qu’il est inutile de viser la performance, la priorité est de se reposer. Je retrouve une nouvelle fois Julian , qui repart une heure avant nous, il est en forme et en mode performance bien qu’ayant aussi souffert de la chaleur ( il finira 35 ème au scratch)

L’étude météo du parcours montrait que les températures seraient supportables, sauf dans les 30 km avant et après Bollène. Les prévisions étaient justes.

Nous repartons vers 17h30, cette fois on est en retard sur le plan de marche mais ce n’est pas bien grave, on a de toute façon beaucoup de marge

Direction Malaucène où nous avons un gîte. Le hasard a voulu que le gîte réservé par Nicolas pour le 2ème jour sur le parcours initial, tombe parfaitement pour le premier jour du nouveau parcours. Coup de chance car il n’était pas annulable. Juste à changer la date.

Sur le profil , il y a environ 900m de dénivelé jusqu’à Malaucène distant de 60km. Ce qui m’inquiète au bout de 30km roulants. Puis 40 km. Ca annonce beaucoup de D+ en peu de kms … .

Et ça ne loupe pas. Ca se met à monter et plutôt fort. Il a beau être plus de 19h, il fait toujours bien chaud. Je laisse partir Nicolas pour un arrêt fontaine. Mais en repartant, même symptôme qu’avant la base vie : plus de puissance, je plafonne à 120W !

Et se profile une grimpette infernale à 15% . A 120W c’est impossible de monter ça, je suis obligé de monter à pieds. « Ca va ? Courage ! » . Cette fois les encouragements sont justifiés. Même à pieds , j’ai du mal à monter. Et ça n’en finit pas …

Le D+ continue, la marche m’a fait un peu de bien, j’arrive à me trainer à 140/150W mais c’est dur pour le moral . J’ai beau avaler le gel de la dernière chance, ça ne veut pas revenir. Message de Nicolas qui m’attend à un bar 7km plus loin. J’ai le moral à zero , je lui dit que je songe à abandonner tout en cherchant les trains sur mon téléphone pour rejoindre Mandelieu. Pas simple depuis ce coin …

Pendant que je discute avec Nicolas et que je cherche les trains, le soleil se cache , la température baisse d’un coup. « Attends d’avoir dormi pour décider » me dit Nicolas. Il a raison . Allez , je remonte sur le vélo , il faut rejoindre le gîte. Ca descend, ça fait du bien. Puis ça remonte fort, je me mets en danseuse, et là d’un coup , un frisson qui me parcours l’échine, le tableau de bord se rallume , les lumières se remettent à clignoter, le réacteur redémarre, le JP explorer qui était à la dérive reprend vie, les Klingons sont foutus ! . Capitaine Spock, vitesse lumière !

Me voilà en train de grimper à 400W , j’ai l’impression d’avoir une energie infinie. Mystère du corps humain.

Je retrouve Nicolas qui partait de son café et nous rejoignons Malaucène sans plus de difficulté.

C’est le moment de bien recharger les batteries, on se fait un bon diner resto et une nuit de 5h , l’important est de bien récupérer. Au resto nous discutons longuement avec un couple qui s’intéresse beaucoup à la RAF. Je fais une croix sur le podium de catégorie mais je suis à nouveau motivé pour finir le parcours. J’ai peur de ne pas arriver à dormir tellement je me sens en forme mais en fait , aucun souci !

On démarre le matin à 6h pour la montée du Ventoux. Je sens immédiatement que les jambes sont bonnes , oublié les soucis !

La montée est belle au petit matin, et nous montons bien en rythme. 2h30 pour rejoindre le sommet, en limitant la puisssance et avec le chargement , c’est mieux qu’espéré. On discute souvent avec les nombreux cyclistes qui passent mais on en dépasse aussi malgré notre chargement.

Le temps de prendre la photo souvenir , et nous filons sur Sault

La descente est toujours aussi monotone, suivie d’un petit déjeuner à la boulangerie à Sault.

Nous voilà partis en direction du Vercors. Il fait chaud mais c’est raisonnable, pas d’impact sur les jambes cette fois. Par précaution j’ai augmenté la fréquence d’hydradation. L’alimentation glucidique, j’abandonne : ça ne passe pas avec la chaleur, retour aux bonnes vielles méthodes. Je reviendrai à la maison avec 80% des gels et poudres que j’avais emmené !

Nous sommes au pays de la lavande,c’est magnifique

Le rythme est bon, et je découvre que j’ai repris la 2ème place. Finalement tout le monde a le même souci et le rythme est comparable.

On fait une pause déjeuner à Manosque. Alors que je suis en train de choisir quoi manger au supermarché local , je réalise que j’ai du quand même prendre un coup de chaud. Un gros coup de chaud ! Dans une hallucination improbale , je vois l’ami Steven Le Hyaric qui arrive vers moi avec un grand sourire ! N’importe quoi !

Mais non, ce n’est pas une hallucination, c’est vraiment Steven !! Trop content de le voir, on papote 5 minutes. Reco pour un Gravelman ? Non il est sur son terrain d’entraînement avec son mécano. Coincidence incroyable ! Il me passe un message amical pour les copains avec qui nous faisons souvent des Gravelman : Benjamin, Ludo … vraiment sympa !Ca me booste bien !

Nous voilà repartis, direction Mandelieu , 1er passage .

Les montées sont beaucoup plus roulantes, rendant le D+ pourtant significatif, beaucoup plus facile. Ca ne fait pas mal aux jambes.

On fait des pauses cimetières et fontaines dès que possible pour se rafraîchir et éviter un coup de chaud.

Arrivée au Lac de Sainte Croix, magnifique !

Une pause créperie très sympa, la crêpe est énorme et me fait beaucoup de bien. Dans le même temps, Ludo nous dit qu’il arrive dans le camping d’ici 2h . Incroyable coincidence , on aurait presque pu se voir. Décidemment tout le monde est dans ce coin.

Nous voilà repartis pour le dernier segment. Même si ça continue de monter et descendre c’est roulant, et on avance bien. SMS de mon fiston , fan du PSG qui me dit « on a retrouvé Dembouz » . Ah oui c’est vrai il y a France-Norvège. Du coup , Nicolas met le match sur son téléphone ! Marrant.

On rejoint Mandelieu sans autre difficulté en fin de journée. Repas à la base vie , climatisé et on rejoint l’appartement que. j’ai loué pour 3 jours, climatisé aussi.

Nicolas n’a pas envie de repartir. Il est vrai que le concept de refaire une boucle depuis Mandelieu est peu motivant. Le but de la « Race Across » est d’arriver à Mandelieu. Comme dit Nicolas , ce n’est pas une « Race Around ».

De mon coté, aucun doute. Les jambes sont parfaites depuis le matin, je veux boucler le parcours , finisher un jour , finisher toujours . Et puis je suis 2ème des plus de 60 ans !

Pendant que Nicolas abandonne, je mets le réveil pour dormir 3h et attaquer la dernière boucle vers 3h du matin . Il y a presque 3000m de denivelé sur les 80 premiers km, autant les faire à la fraîche.

Douche rapide et dodo ! Je mets mon masque sur les yeux .

Je me reveille naturellement, enlève le masque et … il fait grand jour !!!

Oulalala , il y a un gros souci là . Je regarde ma montre , il est 6h45 . Le reveil n’a pas sonné. Pour le coup je me sens bien mais c’est la catastrophe. Je regarde le classement, pas si dramatique , j’ai perdu 20 places au scratch et me suis fait doubler pour le podum par mon poursuivant mais il est à peine 1h. devant. J’avale un café , m’habille et je decolle me disant que je prendrai le petit dej à la première boulangerie ouverte.

La montée du Tanneron depuis Mandelieu est bien plus raide que dans l’autre sens. J’y double de nombreux concurrents qui avancent tout doucement. Ca me motive ! Je remonte déjà

Je prends le petit déjeuner au Carrefour Market du Tignet. Je ne lésine pas sur la quantité.

Pour repartir, il y a une bosse. Une bosse terrible . Une bosse abominable . 25% de moyenne sur 1km. Immontable. Même à pieds , je glisse avec les cales routes que je fusille au passage. L’idée d’étrangler Pascal Bride le traceur me pousse jusqu’en haut.

La suite des 80 premiers kms est dure. Ca monte tout le temps et plutot raide. Mais les jambes vont bien. Je maintiens ma puissance cible autour de 180W et il n’y a plus qu’à attendre d’arriver en haut.

Ce qui est fait au col de Bleine .

Ensuite , les 120 km suivant ne sont pas « faciles » mais comme la veille , les bosses sont roulantes donc ça ne fait pas mal aux jambes.

Un arrêt magique chez un petit primeur où je mange la meilleure salade de raviolis de ma vie et dévore avidement des fruits frais.

Je repars en pleine forme , direction Mandelieu pour la seconde fois , un peu étrange mais maintenant, je ne pédale plus je vole. J’enlève le limiteur de puissance. Plus besoin.

Soudain, le téléphone sonne c’est Yann. Je m’arrête pour décrocher. Il vient d’arriver pour le premier passage à Mandelieu mais l’organisation veut changer les délais et les raccourcir au dimanche midi au lieu de 20h . Incroyable . Ca ne se fait pas en cours de route. Yann est furieux à juste titre. Finalement, il va reussir à convaincre les organisateurs de changer d’vis et on recoit tous un message disant que les délais sont confirmés à 20h. Mais cette histoire à couté de l’influx à Yann qui ne repartira pas. De nombreux concurrents lui doivent une fière chandelle, sans lui , ils ne seraient pas finisher. Je croiserai d’ailleurs tout une file de vélo qui repartait sur la dernière boucle en arrivant près du Tanneron.

Petite pause à 25km du but pour une petite glace qui me faisait envie. Achetée dans une épicerie, je la mange assis sur le trottoir. Une hollandaise en BMW s’arrête à coté de moi et … jette une pièce dans mon casque avec un regard plein de pitié pour le pauvre SDF qu’elle voit en moi !

Dernier Tanneron que je sens à peine passer, et me voilà à Mandelieu , 2ème U60 et finisher, 82ème au scratch ( le top 100 était aussi un objectif ) . Yes ! La résilience aura été le mot d’ordre sur cette édition qui restera dans les annales avec les interdictions et multiples reconfigurations liées à la canicule.

Le lendemain, je retrouve Julian et nous discuterons longuement vélo autour d’une bière et d’un déjeuner. C’est un des aspects de ces aventures que je préfère, on y fait de belles rencontres.

Avec Julian
Les plus belles images de notre course

2 réponses sur “Mercredi 24 Juin 2026 : Race Across France 1000 km”

  1. Bravo pour la performance, la résilience, et le compte rendu !
    Après un burnout mi février, je reprends lundi avec ton « never give up » en tête.

  2. Toujours aussi redoutable dans la précision de la préparation et dans l’exécution avec l’objectif toujours dans le viseur ! Finalement, comme dans la vie professionnelle.
    Merci pour le partage de cette aventure.
    Bravo !

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