
L’Echappée Michelin, course légendaire datant de la fin du 19ème siècle et relancée l’année dernière me faisait de l’oeil pour cette rentrée. Nous avions apprécié l’édition 2025 , avec un parcours joli mais pas trop dur et une organisation au top. Difficile donc de resister à la refaire en 2026, surtout avec un départ à 300m de la maison !

Pas beaucoup de candidats pour m’accompagner, à part Olivier qui s’inscrit en même temps que moi en juin . Evidemment, je tente le coup auprès de Franck qui m’explique depuis 20 ans préférer les épreuves par étapes avec maximum 200 km par jour mais les JP sont têtus et je pratique un harcélement régulier.
Il avait failli s’inscrire en 2025 alors pourquoi pas ! . Il ne dit pas non, mais demande à rélféchir 🙄.
Après 1 mois tranquille pour récupérer de la RAF caniculaire, je profite des vacances au mois d’août pour remettre la machine en marche en grimpant de beaux cols dans les Vosges. J’enchaîne avec quelques longues sorties pour bien valider les jambes et m’assurer que tout fonctionne à la perfection sur le velo ( on y reviendra ) .
Toujours pas de nouvelles de Franck, ni de Marco qui avait aussi manifesté l’envie de nous accompagner. Bon , pour Marco c’est mort, il n’est pas dispo ce week-end là. Olivier lui n’a toujours pas reçu son cadre après que le sien ait laché au niveau du tube de selle. Et toujours pas de nouvelles de Franck. Je vais finir en solo à ce train là. Un coup d’oeil sur le site d’inscription me met un coup au moral : plus de places . Même s’il se décide , ça ne vas pas le faire encore cette année. Snif … 🥲.
Finalement , le cadre arrive , on fait le montage avec Olivier, ça va être un peu à l’arrache pour tout roder avant le départ.
La veille du départ, Franck se décide enfin ! Il n’y a plus de place , mais c’est le moment où jamais , je lui propose de négocier avec l’organisation en allant chercher les dossards le. vendredi soir. Il y a souvent des forfaits de dernière minute alors qui sait ça peut le faire. D’ailleurs je contacte l’orga qui laisse la porte ouverte « compliqué mais passez nous voir ce soir on verra ce qu’on peut faire ».
Il faut dire que l’équipe d’orga est vraiment top : sympas, aux petits soins pour les concurrents. C’est le club de Mozac qui organisait la cyclo des Volcans qui est à la manoeuvre cette année, et Jérome , l’organisateur en chef est aussi grand par la taille que par la générosité. Emilien qui organisait en 2025 est toujours là mais cette année , c’est pour participer et gagner l’épreuve en 12h50 devant Romain Bardet !
Bref, vers 19h14 , un peu avant la clôture du retrait des dossards, je file recupérer le mien et discuter avec Jerome. « Pas de souci me dit-il , je peux inscrire ton ami ! » . Yeessssss !!!
Et voilà notre Francky inscrit , à 10h de l’heure de départ. Ni lui ni moi n’arrivons à y croire vraiment pas plus qu’Olivier qui me dit « serieux , Franck est inscrit ?? »
Franck passe à la maison , je lui file un harais reflechissant, ma lampe Lumitop B01 et une batterie de rechange, et quelques autres fournitures indispensables à un 400 km 😉.
J’avoue une petite inquiétude : une longue distance, ça se prépare. Ca serait un petit mlracle si on ne decouvrait pas in extremis qu’on a oublié un truc. Allez on croise les doigts !
Je n’ai aucun doute sur la condition de Franck qui sort de son énième Paris-Nice cyclo . Olivier n’est pas non plus complétement confiant sur sa condition et son vélo pas encore bien rodé mais connaissant sa capacité à écraser les pédales longtemps je n’ai pas non plus d’inquiétude . De mon coté, les jambes sont très bien en ce moment et le vélo parfaitement au point . Enfin , c’est ce que je pensais 🤪
Nous sommes programmés dans la vague de départ de 6h45 , les départs étant étalés entre 6h et 7h pour éviter de gros pelotons sur la route et maximiser la sécurité de tout le monde.
On se retrouve peu après 6h aux inscriptions. Briefing , cette année , il y a un CP de plus au km 300 avec ravito à Domerat . Excellente chose ! Le parcours bien que similaire est renouvelé à 80% .
Eric est présent aussi , il a proposé de nous accompagner pour les 50 premiers km. Merci à lui . Nous seulement il va faire l’équipier modèle en nous tirant au départ , mais il en profitera aussi pour faire un petit reportage photo et vidéo. Merci Eric 🙏. BikeXplore a encore un peu de travail pour égaler UAE mais on est sur le bon chemin 😊.



Finalement, nous partons à 6h30 et nous voilà sur nos routes bien connues de l’Essonne en direction de Malesherbes.

On guette un groupe à la bonne vitesse pour la première partie du parcours qui s’annonce très roulante. A tiens en voilà un qui revient de l’arrière. Woouuufffff fait le vélo de CLM qui nous double avec 15 km/h. de mieux poursuivi par trois gars à fond pour le suivre. Impressionnant le rythme là c’était le niveau pro , insuivable.
On rattrape un bon groupe. Pendant qu’Olivier qui écrase les pédales à 50 tours/min en mode turbo diesel comme à son habitude, les depasse sans même un regard, on tente l’incruste avec Franck pour ménager le moteur. Mais le compteur affichant un petit 23 km/h dans la côte à 1% qui se profile devant nous, nous reprenons à regret notre tempo pour recoller Olivier.

Eric reprend sa position de poisson pilote tout en nous filmant. A l’approche de Nanteau ,une pensée pour Seb, on se fait rejoindre par le bon groupe qu’on cherchait . Hop , on saute dans les roues, nous voilà à 35 km/h sans effort . Eric nous quitte peu après.
Je vois la moyenne qui n’arrête pas de grimper sur mon compteur, les 30 km/h sont dépassés. On est en avance sur le plan de marche, il fait beau , le vent est favorable , la vie est belle ! Nous voilà dans la Beauce après Malesherbes, direction Sully sur Loire pour le CP1 au km 110.
La Beauce c’est top quand on est en groupe avec le vent dans le dos. Avec le vent de face et en solo c’est plutôt un enfer mais aujourd’hui les planètes sont alignées.
Enfin … presque . A la sortie d’un village , juste au moment où je relance ma roue arrière se bloque quasiment d’un coup sans avertissement préalable, et avec une odeur de brulé 😱. Je suis obligé de m’arrêter en urgence, d’évidence le souci est serieux.

Complétement pris par suprise, je n’ai même pas le temps d’avertir les copains, et je vois avec désespoir Franck , Olivier et tout le groupe s’éloigner définitivement. Même si je répare rapidement, je ne pourrais jamais revenir à cette allure. Je suis dégôuté , la situation passe en une seconde du scénario parfait au scénario catastrophe. On se croirait au cinéma à l’époque où il avait encore une pellicule et qu’elle cassait dans le projecteur, retour brutal du rêve à la réalité !
Fébrilement, je tente de localiser le problème. Je pense que c’est le pédalier qui s’est bloqué mais une fois la chaine sortie, il tourne parfaitement donc la panne est ailleurs. Je regarde cette fois à l’arrière et je vois que ma cassette s’est complétement dessérrée et vient frotter la base d’où l’odeur. Heureusement que le cadre est en titane.
Contrairement aux roues libres Shimano , les roues libres SRAM n’ont pas d’encoches mais un pas de vis. Ca permet de les fixer et enlever très facilement mais par contre, si ça se dessèrre ça vient en contact avec la base. Bref, je ne comprends pas comment cela a pu se desserrer d’un coup sans aucun signe avant courreur, je n’y ait pas touché depuis des mois, mais les faits sont là. Le dérailleur electronique qui s’ajuste tout seul a probablement aussi masqué le problème.
Heureusement, j’avais anticipé que cela puisse arriver un jour : j’ai une douille à cassette qui s’adapte sur mon multi outil dans mon kit de réparation special ultra distance . Trop fort le JP ! 😊
Je sors la douille et … je réalise que je n’ai pas pris la bonne , celle là ne s’adapte pas au multi outil. Je resserre à la main en priant 😳 .
Me voilà reparti , 3 min d’arrêt , j’ai peut être encore une chance si le peloton fait un arrêt pipi.
Je repars à 300W, la rage au coeur et avec l’enerige du desespoir, couché sur les prolongateurs, bien décidé à tenter la jonction !
2km plus loin , le pb se reproduit 😱
Nouvel arrêt , mais je me doute bien que si je ne trouve pas une solution pour serrer plus fort, je ne vais pas y arriver.
Je fais de mon mieux … redemarrage et re-stop au bout de 2km .
Ca ne va pas le faire , il faut que je trouve un magasin pour resserrer.
Il y a une petite ville à 10km. Je la rejoins avec 2 arrêts de plus et je file au Super U pour acheter une clef à molette qui me permette de serrer à un couple suffisant.
Accueil princier et très inattendu par le directeur du supermarché qui me voit passer le seuil avec mon numero de dossard 273 sur le casque. Il est fan de vélo et connait l’Echappée Michelin , incroyable . Il va me chercher la clef , me propose de reparer le vélo sans me faire payer mais je préfère acheter la clef , un peu traumatisé , au cas où le problème reviendrait. Il m’aide à serrer à bloc. Me voilà reparti mais j’ai maintenant presque une 1/2h de retard. J’envoie un message à Franck et Olivier pour leur dire que j’ai un souci et que je les rejoins au CP1.
Il me faut quelques km pour me remettre dans le bain et evacuer la frustration de ce problème improbable avec un vélo super testé dans toutes les conditions avant.
A 12km de Sully, coup de fil de Franck. Ils sont au CP1 , et font une pause boulangerie / flan en m’attendant 😉.
Motivation revenue , j’écrase les pédales sur les prolongateurs pour boucler ces 12 km en 20 min .
C’est joli Sully sur Loire !


On se retrouve à la boulangerie et c’est reparti pour cette fois la traversée de la Sologne jusqu’à Bourges. L’itinéraire est différent de 2025 , mais les lignes droites en forêt sont toujours là. J’ai peur que Franck trouve ça monotone mais pas du tout ! On reprend des groupes à la pelle , ça nous occupe bien, et on se relaie à trois mais les relais de Franck sont les plus appuyés, pourvu qu’il ne dépense pas trop d’énergie car le final est corsé . Un gars sympa nous accompagne un bout de temps puis finit par lâcher.

A 35 km de Bourges, on se finit par recoller à un groupe qu’on avait en ligne de mire dans les lignes droites. Curieusement, alors qu’on avait bouché le trou rapidement au début , ça faisait un bout de temps qu’on plafonnait derrière, ils devaient être motivés par le repas qui nous attendait au CP1. Finalement, on bouche le trou et on se relaie les uns les autres jusqu’à l’usine Michelin de Bourges.
Un bon petit repas, et surtout on y retrouve Christian, un copain de Franck, ils ont fait plusieurs Paris-Nice ensemble. Christian est suivi par sa femme Colette et sa fille Charlotte . Nous allons repartir ensemble et du coup , on aura des supportrices au bord de la route régulièrement jusqu’à l’arrivée. C’est top , ça motive bien ! J’ai l’impression de faire le Tour de France 🤩.

Entre le CP2 et le CP3 , c’est moins plat. On rentre dans l’Allier avec des routes vallonnées mais pas vraiment difficiles , c’est très ludique. Baptiste , un jeune qui s’est mis au vélo il y a 4 mois (!!) se joint à nous. On roule aussi avec un autre jeune qui nous fait une frayeur en partant à 90° de la trajectoire en ouvrant un gel 😰. Baptiste est équipé d’un vieux vélo qui produit régulièrement un crouiiiiccc sonore , et quand Olivier s’alarme de ses attaches rapides à moitié ouvertes , il nous explique qu’elles sont grippées 🤪. Tout cela ne l’empèche pas d’écraser vaillamment les pédales, l’insouciance de la jeunesse !
En bon coach ultra, je fais remarquer à Olivier déchaîné qui si nous montons toutes les bosses à 300W , même courtes, on va le payer cher dans les cols du massif central qui nous attendent sur les 100 derniers km. Peu convaincu, il me dit « mais je m’amuse » ! . Ce qui reste evidemment le but 😉.
Je sens que je vais avoir du mal à convaincre mes camarades joueurs et qui ont envie de profiter du parcours. C’est leur premier 400 . Certes ce sont des cyclistes de haut niveau et bien entraînés. Mais quand même , en ultra il y a des théories bien étudiées. Je joue donc le prof avec des élèves dissipés mais tellement sympas qu’on ne peut pas leur en vouloir.
Olivier en bon elève tient compte des remarques : on monte à 299W au lieu de 300 😂
Franck nous abandonne pour les 30 derniers km , stoppé par un coup de fil. On stoppe mais 30 secondes plus tard il est déjà là , sauf que ça sonne de nouveau dans la foulée.

Christian

On continue doucement, du coup , le groupe de Christian qu’on avait distancé nous rattrappe. Toujours pas de Franck. On se décide à remettre en marche jusqu’au CP3. En fait il avait fait en plus un arrêt ravito en eau pour taper la discute avec Collette et Charlotte, le coquin 🙂.
Au fur et à mesure qu’on approche du CP3 , on repasse en mode pédalage avec Olivier et nous reprenons les groupes qui nous avaient dépassés. Je me dis que ce rythme n’est définitivement pas raisonnable mais profitons de cette magnifique journée de vélo , on verra bien !
CP3 à Domerat, la nouveauté 2026. Bénévoles au petits soins qui nous font même des salades de fruit à la demande, juste royal ! Bravo à l’orga ! Franck arrive finalement, on dévore quelques sandwichs, bananes , salades de fruit . Sans oublier le coca et la St Yorre, il fait quand même 32°C , ça chauffe un peu.

Nons repartons vers 19h45 pour la dernière étapde , de loin la plus dure puisqu’il nous reste 2000 m de dénivelé sur les 120 prochains km soit un peu plus que tout le parcours déjà accompli. Un CP4 toutefois à l’entre du circuit Michelin qui n’est qu’à 10km de l’arrivée. Mais justement, c’est pour nous obliger à faire le tour du fameux circuit sans couper tout droit.
Encore 3km de plat et puis ça monte. La sortie de Montluçon c’est en fait une montée continue d’environ 20km à 4/5% . Ayant toujours en tête de ménager mes apprentis ultra cyclistes, j’adopte un rythme raisonnable en tête de groupe. Puis Franck passe prendre son relais, embraye et pedale coincée certainement, ne debrayera plus jusqu’à l’arrivée. Moi qui pensait passer une journée tranquille , je suis servi.
Petit à petit le jour tombe, nous arrivons au lieu dit du Château d’eau à la tombée du jour, on allume nos frontales et éclairages. Nous avons repris et dépassé Christian qui était reparti avant nous du CP3. Baptiste commence à transpirer dans les roues dans tous les sens du terme. Il fait étonamment chaud pour une nuit de septembre,, à aucun moment il ne sera nécessaire de mettre le coupe vent ou les manchettes.
J’ai oublié l’idée de ménager qui que ce soit. Les copains montent les cols sur un sacré tempo et on reprend des groupe entiers de cyclistes qui paient les efforts de la journée , certains allongés sur le bas côté en proie à des crampes. Ce n’est plus pour eux que m’inquiète mais pour moi 😂 . Maintenant je n’ai plus qu’à prier pour que les jambes tiennent sur un tempo plus ambitieux que prévu. Trop forts les copains, je suis épaté ! Quand je pense qu’ils doutaient de leur capacité à boucler un 400 🤪.

Soudain, les crouic crouic disparaissent, Batpiste a lâché non sans m’avoir demandé « mais il fait comment Franck pour grimper aussi vite avec son gabarit?? » . La seule bonne réponse à cette question qui n’est pas nouvelle est « c’est Franck, il est unique » .
Baptiste est remplacé par un autre jeune qui a des soucis de GPS et d’éclairage ( on ne voit sa lampe arrière qu’à 10m maxi ) . Il nous suivra jusqu’au bout bien que lâchant à plusieurs reprises mais revenant à chaque fois avec une motivation incroyable.
Les montées se succèdent. Je predis des murs à 15% pour miner le moral des copains sans le moindre succès 😂
Dernier arrêt remplissage des gourdes dans un cimetière au pied du dernier col , le plus dur avec cette fois de vraies pentes entre 8 et 11% . Une file de cyclistes grimpe formant une procession de petites lumières rouges et un énorme flash surpuissant , le Garmin Varia de Franck . Terrible , je suis obligé de laisser 30m entre nous sinon je suis ébloui.


Au sommet à Sauterre on bascule dans une longue descente rapide vers le circuit Michelin. Tellement rapide, qu’on manque presque une intersection à gauche. On déboule à 60 en direction du circuit.
Je dois avouer que je m’étais un peu ennuyé en 2025 à faire ce tour de circuit , mais le refaire est encore pire. J’ai du mal à trouver la motivation pour accrocher Franck qui tente de battre le record du tour et y est surement arrivé 😰 . Je n’aurais jamais du lui donner un de mes gels Pogacar !
Nous finissons à quatre avec notre petit jeune qui nous fait le sprint pour passer l’arche d’arrivée . 16h de roulage et 18h30 au total pour boucler le parcours .
Un super moment de vélo , temps magnifique, vent favorable , belles rencontres.
Tout le monde est heureux à l’arrivée et le Franck ne pourra plus jamais dire « non l’ultra c’est pas mon truc » . C’est le premier 400 pour Olivier et lui , et tout laisse à penser qu’ils auraient pu continuer sur 1000km au même rythme. 13 W de puissance moyenne en plus que 2025 sur mon GPS à l’arrivée ( 168W NP vs 155W NP ) . Il va falloir que je revoie mes paramètres car les jambes ont bien repondu tout le parcours.



Nous rejoignons le café proche de l’arrivée où nous avons le droit, offert par l’orga, à un bon repas d’arrivée accompagné de bières à volonté( hips). Nous patientons un peu pour attendre Christian que nous voyons se rapprocher sur le suivi live, ca nous perrmet de bien profiter du buffet et de reprendre des forces.
Puis direction le gîte choisi à proximité , qui s’avère parfait , ça descend pour y aller et il est aussi tout proche de la gare pour le retour en train prévu le lendemain à 13h30.
Après une bonne nuit de repos, il nous reste à déjeuner avec la soeur de Franck et sa famille et à prendre le train avec 2 wagons réservés par l’orga pour rappatrier les cyclistes et les vélos.
Une superbe aventure cycliste avec un scénario quasi idéal qui donne très envie de la refaire 🤩

