Mercredi 24 Juin 2026 : Race Across France 1000 km

Après la Race Across France 2025 , plusieurs membres du club avaient manifesté l’envie de participer à l’édition 2026. Malgré les petites défauts d’organisation que nous avions constaté avec Ludo en 2025, en particulier la qualité de la base vie de Dignes, j’avais quand même envie de la refaire.

Pour corriger les erreurs commises lors de ma première participation, pour vivre une nouvelle aventure extraordinaire avec les copains … et pour améliorer mon résultat 2025 sachant que j’avais terminé 3ème de ma catégorie d’âge.

Nicolas rempile aussi , et Yann et Richard s’incrivent pour une première participation.

J’ai envie de tout optimiser, je construis donc un nouveau projet en plusieurs étapes :

-un nouveau vélo confortable et performant vraiment fait pour l’ultra distance, le Chiru Xroot en titane qui arrive dans le traineau du Père Noël.

-une analyse précise de mon parcours 2025 avec l’aide de nos nouveaux amis IA qui se montrent très efficaces dans cet exercice. Le point d’optimisation est évident : les temps d’arrêts representaient presque la moitié du temps total, voilà donc le point à travailler.

-un programme d’épreuves ultra varié pour travailler les différents aspects d’optimisation de ma performance . Echappée Michelin, Gravel Fever, Gravelman 600 Maroc , BRM 600 Tour de Manche plus quelques sorties perso dont une reconnaissance du début du parcours de la RAF 2026 depuis Orleans ( parcours supposé car non encore disponible officiellement, juste la carte macroscopique)

La préparation se passe on ne peut mieux : je parviens à réduire drastiquement les temps de pause ( moins de 3h sur le BRM 600 ) , ce qui a chaque fois me donne de bons temps de parcours. Je travaille aussi l’alimentation avec la nouvelle théorie à base de glucides qui semble bien me convenir. Energie constante, pas de problème digestif , ça roule !

1 mois avant l’épreuve, première deconvenue : RIchard est coincé par son boulot, il ne pourra pas prendre ses vacances comme prévu à la date de la RAF , le voilà forfait. On est deçu pour lui , et pour nous . Un compagnon de moins !

Nicolas suit une préparation millémètrée, il évoque même de prendre un célèbre coach vélo puis finalement se ravise devant le tarif conséquent. Les coachs IA c’est pas si mal .

Yann se prépare aussi dans les détails , ne laissant rien au hasard. La Team BikeXplore s’annonce redoutable !

Une petite étude statistique montre que le vainqueur de la catégorie des plus de 60 ans depuis l’existence de la RAF a mis entre 80 et 90 heures pour finir. Mon plan de marche, dérivé du BRM 600 avec des hypothèses plutôt conservatrices me donne un temps de parcours entre 70 et 75h. Le podium est plus que jouable !

Le parcours qui part d’Orleans, traverse le Morvan , les Monts du Pilat , Les Monts d’Ardèche avant de grimper le Ventoux par Malaucène puis de descendre sur Mandelieu via les Gorges de Verdon me plait beaucoup.

D’une part , il est relativement roulant sur les premiers 200km , ce qui est très bien pour se lancer dans l’épreuve, d’autre part il passe par des coins que je connais peu et j’ai hâte de les découvrir.

Toutes proportions gardées, on se vote d’appliquer l’approche « Victor Bosoni » en évitant le bivouac au profit de nuits en dur.

La réservation est un sujet délicat : on s’était complétement loupé en 2025 avec des distances trop ambitieuses. Je cherche cette fois un compromis entre ambition et réalisme , aidé par l’expérience supplémentaire acquise depuis un an. Mes temps de parcours sont plus prévisibles et robustes. Sachant évidemment qu’en ultra tout peut arriver donc le risque zéro est illusoire.

De nombreuses discussions sur notre groupe Whatsapp alimentent cette préparation qui comme toujours est un des meilleurs moments de la course. J’ai vraiment hâte d’y être.

Deux semaines avant, un facteur imprévu arrive : une vague de chaleur s’annonce. Ludo , Sam , Eric et Benjamin qui font le BRM 1000 des Mousquetaires Paris-Londres-Paris vont clairement en souffrir. Les températures semblent diminuer la semaine suivante ce qui devrait nous éviter de retomber dans la même situation que les 2 derniers jours de 2025 où on avait du faire des sauts de puce de fontaine à fontaine pour tenter de refroidir. La chaleur m’avait plus épuisé que les 1000 km !

Hélas, plus les jours avancent, moins les prévisions sont favorables. Mon optimisme légendaire refuse d’y croire, ça va s’arranger , forcément , ma bonne étoile veille toujours.

Quoique …

Finalement, il faut se rendre à l’évidence : il va faire très chaud. Zut et zut , je ne pensais pas revivre la situation de 2025. Je fais une sortie d’une heure sous la chaleur tous les jours la semaine précédente pour habituer mon organisme.

Ca se passe plutôt bien, me voilà un peu rassuré.

Le départ est prévu le mercredi 24 juin à 20h à Orleans.

Durant le week-end , sur les réseaux sociaux , commencent à circuler des rumeurs inquiétantes d’annulation de l’épreuve !

Quelques heures plus tard, voilà la RAF 2500 partie le jeudi qui est neutralisée entre 12h et 16h puis 12h – 18h . Aie , aie , aie . Si neutralisation il y a sur la 1000, tout le plan de marche et les réservations sont KO !

A peine le temps d’échanger avec les copains que la nouvelle tombe : interdiction des épreuves sportives dans le Loiret . Le départ d’Orleans est annulé et déplacé à Albertville !

Sur le coup , je refuse d’y croire ! Mais nous recevons bientôt un mail officiel de confirmation.

Le parcours devient la somme de la fin du parcours 2500 depuis Albertvillle ( 637 km ) puis une boucle de 200 km depuis Mandelieu. Pas top de repartir alors qu’on est arrivé . Mais pas le choix, l’organisation doit utiliser des parcours déjà validés par les préfectures. C’est encore pire pour les concurrents de la 2500 , neutralisée. Chaquee concurrent doit trouver un moyen de rejoindre Albertville pour un nouveau départ 2 jours plus tard. Un enfer logistique ! Un concurrent prendra 9 TER pour y arriver ! A l’exception des 20 plus rapides qui ont dépassé Orleans et ne sont pas concernés par l’interdiction. Au final il y a donc deux courses 2500 : la version d’origine pour 20 concurrents et une version en 2 parties pour tous les autres.

En quelques heures, tout le plan de marche, la préparation s’effondre. On a pris les bonnes décisions au bon moment, annulant nos réservations à temps pour être remboursés. Et Yann, Nicolas et moi trouvont chacun une solution pour rejoindre Albertville.

On va pouvoir participer !

Je rejoins Albertville le mardi soir afin de pouvoir prendre mon temps avant le départ. Il y a plein de choses à revoir : plan de marche , chargement du vélo etc … Nous passons deux fois à Mandelieu. Grâce à la négo de Yann et Nicolas qui font le voyage vers Albertville dans le même train que Arnaud Manzanini, l’organisateur, on lui demande de pouvoir d’utiliser notre sac d’affaires au premier passage . Merci les copains pour la négo. Comme il y a un drop bag à Malaucène ça nous fait deux points de « rechargement », ce qui est bien pratique pour ne pas emmener trop d’affaires et de nourriture sur le vélo.

Le voyage vers Albertville se passe presque sans histoires. TGV depuis la Gare de Lyon jusqu’à Chambery. Je dois utiliser ma sacoche vélo pour le démonter et le ranger sur un rack à bagages à plat dans le TGV. Je mets le sac à dos par dessus pour m’assurer que personne ne pose quelque-chose sur le vélo.

Hélas c’était sans compter sur un quidam qui vire le sac à dos pour le mettre de l’autre coté et placer une valise de 50 kg à la place ! Comme la manipulation du vélo + sac à dos pèse lourd, je me lève 10 minutes avant Chambery et découvre le problème. Le vélo a l’air intact mais bon je suis furax. Je crains surtout pour les disques de frein. Le TER pour Albertville démarre du même quai donc le transfert est facile d’autant que le TER est quasi désert.

Arrivée à Albertville peu avant 22h. La gare va fermer, je dois sortir pour remonter le vélo ce qui me prend moins de 5 minutes. J’ai réservé à 800m de la gare, je m’élance, premier rond point, petit coup de frein et … rien ! . Oups j’ai un souci. Arrêt , retour à la gare pour bénéficier de l’éclairage : le gars avec sa valise a écrasé ma durite de frein avant juste au dessus de l’étrier ce qui provoque une fuite. Merde ! Heureusement, à force de soucis techniques improbables, j’ai presque tout ce qu’il faut : plaquettes de rechange ( les plaquettes sont pleines d’huile ) , insert et olive pour recouper la durite. Manque le liquide mais Albertville est une grande ville , je devrais trouver une solution. Ca va quand même me travailler la nuit qui n’est pas excellente.

Le lendemain, après un bon petit déjeuner, je trouve un petit garage auto . En effet, le liquide Citroen LHM est un parfait subsitut à l’huile Shimano, je l’utilise systématiquement vu qu’il coute 10 fois moins cher. Le garagiste à qui je demande une pince, une seringue pour purger me regarde d’un air surpris : mais. je suis garagiste , pas vélociste ? Je lui explique mon idée, et gentiment il me prête les outils. Moins d’1/4h plus tard le problème est classé, ouf . La prochaine fois j’emmène un piège à loup pour mettre au dessus du vélo dans le train !

Je rejoins Nicolas et Yann à leur hôtel pour un déjeuner très agréable.

Vers 15h , direction le mât olympique où se trouve le gymase de départ.

Retrait des dossards, préparation du drop bag, briefing, repas , le temps passe vite jusqu’à l’heure du départ.

Je retrouve Julian, un concurrent avec qui nous avions sympathisé l’année dernière et qui a pu rejoindre in extremis Albertville à 17h .

Histoire de compliquer les choses qui étaient bien trop simples depuis 2 jours, un orage est annoncé à l’heure du départ sur Albertville. Décalage à 20h30. Nous partons toutes les 30s. Quelques concurrents inscrits n’ont pas pu rejoindre Albertville, mais pas tant que ça. Avec mon numéro 1015 , je pars à 20h35 , derrière Jerome Blion numero 1013 et futur dernier finisher.

Je filme le départ de Nicolas qui démarre en 3ème position puis je m’élance.

Nous sommes sur une piste cyclable le long de l’autoroute en direction de Grenoble. Il y a des branches partout, l’orage a du être violent. Il tombe des gouttes, j’hesite à mettre ma veste de pluie , il ne fait pas froid et je n’ai pas envie de m’arrêter afin de bien rentrer dans ma course.

On est à l’Est, le ciel et noir, la luminosité est faible , il fait presque nuit malgré l’heure pas si tardive.

Dans la pénombre je me prends une branche cassée par l’orage qui pendouillait d’un arbre, merci le casque et les lunettes , pas de bobo mais ça fait du bruit ! Il y a des branches partout sur le sol.

La pluie se renforce de plus en plus, j’ai déjà les chaussures humides par l’eau qui remonte de la route.

Je me dis que s’il fait ce temps la nuit dans les montagnes, il va faire froid et que ce serait une bêtise d’être mouillé et frigorifié. Arrêt pour mettre la veste.

Des concurrents passent en me disant le traditionnel « Tout va bien ? Courage ! » . Ai-je l’air d’aller mal ?

Je repars et evidemment, la pluie s’arrête 15 minutes plus tard.

Il fait chaud et humide, je dois m’arrêter une nouvelle fois pour enlever la veste et éviter d’avoir trop chaud.

« Tout va bien ? Courage !  » me disent les quelques concurrents qui en profitent pour me dépasser.

L’expérience m’aide à résister à la tentation d’appuyer pour les redoubler. Parfaitement inutile, ce n’est pas maintenant que ça se joue.

Ca commence à monter et descendre et la moyenne qui frôlait les 30 km/h sur ce départ plat commence à descendre.

A l’approche de Grenoble , une montée terrible sur 2 km à 15% avec des pics à plus de 20%.

Beaucoup mettent pied à terre, je me félicite d’avoir monté mon monoplateau de 40 , en 40×44 je mouline et ça passe. Il faut quand même oublier la limite de puissance à 70% de la FTP , le GPS affiche 330W dans la partie raide.

Direction le Vercors où nous attend une bonne serie de grimpettes dont une de 4km à plus de 10% au km 140.

Un jeune concurrent parti bien après moi me dépasse à une vitesse incroyable , il pédale comme un forcené et me demande si je sais où est le premier. J’allais lui répondre que je n’avais pas la moindre idée mais il est déjà bien trop loin !

Je suis maintenant bien dans ma course. Les jambes vont bien mais les sensations ne sont pas exceptionnelles, je sens l’effet de la mauvaise nuit que j’ai passé où l’histoire de la durite de frein me travaillait.

Nicolas est devant, je n’ai pas idée de l’écart qui nous sépare mais je suis sur mon rythme et mon plan de marche et je sais qu’on finira forcément par se retrouver au hasard des arrêts de l’un et l’autre nos rythmes étant très proches.

La nuit est noire maintenant et nous sommes dans le Vercors sur de petites routes pas super roulantes , le revetement étant souvent abimé. Le Xroot fait merveille absorbant tous les chocs de la route mais le rendement s’en ressent. Des montées assez raides parfois , de belles descentes avec plein d’épingles. Je passe ma Fenix BC26R avant en mode plein phares pour bien anticiper dans les descentes.

Quelques detonations dans la montagne sur la gauche, des aboiements , et soudain 100m devant moi un grand canidé gris qui traverse en courant. Un loup ? Nicolas me dira plus tard s’être fait courser par les patous.

Petite pause prévue pour refaire le plein d’eau avant d’attaquer la fameuse montée du km 140 et ses 4km à 10/11%. J’utilise l’application onroutemap.de qui est vraiment top pour trouver points d’eau et alimentation. La fontaine est bien là mais le robinet est HS. Tant pis j’ai assez d’eau pour aller au prochain point. Au bout de quelques centaines de mètres je double un concurrent qui monte à pied. Pas bon signe pour être finisher de monter à pieds aussi tôt dans l’épreuve. Je l’encourage. « Ca va ? Courage !  » . Chacun son tour 🙂 .

On atterrit sur un plateau, je peux reprendre de la vitesse jusqu’à un cimetière qui permet cette fois de faire le remplissage. J’en profite pour manger un sandwich acheté avant le départ, ça fait du bien.

Grace à mes feux resté allumés , tout le monde repère le point d’eau et il y a bientôt autant de vivants que de morts dans ce cimetière !

Prochaine étape : le col de Menée , point culminant de la traversée du Vercors sur le parcours. Montée assez longue, il fait jour lorsque je rejoins le sommet suivi de la traversée d’un tunnel.

Un photographe nous attend à la sortie avant une longue descente qui fait enfin remonter la moyenne.

En bas, de nombreux concurrents sont devant une boulangerie, voilà un petit déjeuner qui s’annonce ! Le boulanger est super sympa . Je commande deux parts de flans ( une pensée pour Franck) et de quoi remplir camel et bidons.

Un concurrent s’affaire sur une chambre TPU, il a déjà crevé deux fois , plus de chambres, c’est ma dernière chance pour rejoindre la base vie me dit-il.

Je n’ose pas lui dire qu’il devrait rouler en tubeless mais je le pense très fort.

Un coup d’oeil à l’application de suivi , je suis surpris de voir que Nicolas est environ 45 minutes dernière moi car je ne l’ai pas dépassé sur le parcours. J’en conclus qu’il a du faire une sieste. Yann est plus loin mais avance régulièrement.

Après cette pause boulangerie, on a trois petits cols sur le parcours. Je me dis que ce sera une formalité. Il faut toujours se méfier de l’effet d’échelle. Ils sont peut-être moins hauts mais pas du tout négligeables. Ca monte à 7/8% et il y a 7/8 km à chaque fois.

Le premier est joli mais il commence à faire plus chaud. A moment où je rattrape un concurrent, il fait demi-tour en me disant qu’il a mal géré l’eau et qu’il va redescendre au village au pied pour remplir et ne pas risquer de se retrouver à sec.

Premier col passé, la descente est belle et rapide.

Du coup, ça remonte rapidement.

Au pied du 3ème , il y a un village avec une fontaine. La température grimpant en flèche , je fais un arrêt rafraichissement enlève casque , gants , casquette pour. bien me mouiller.

Ce dernier col est en plein soleil, pas d’ombre, je suis bien chaud au sommet mais les jambes tournent parfaitement et je monte au rythme prévu entre 180 et 200W pour rester en Z2.

Il y a ensuite 30 km en faux plat descendant qui permettent de bien remonter la moyenne en direction de Bollène , la première base vie où je pense arriver autour de 14h, plus ou moins sur le plan de marche, tout va bien.

Dans une petite montée, je vois un beau coin d’ombre et décide de faire une petite pause pour voir où j’en suis sur le parcours et localiser les copains.

Sur notre Whatsapp , je vois un étrange message de Nicolas « j’ai ton casque » . Que veut-il dire ?? Et là je réalise qu’après avoir mouillé ma casquette , j’ai complétement oublié le casque au bord de la fontaine !!! Putain quel con ! Avec le casquette qui serre un peu , je n’ai pas senti l’absence du casque. Voilà une « JP » bien sentie et un vrai miracle que ce soit Nicolas qui l’ait trouvé. Merci mon ange gardien !

Je n’ai plus qu’à transformer la petite pause en grande pause de 30 minutes et attendre Nicolas.

Il me rejoint , casque récupéré et nous repartons de concert en direction de Bollène. Il este à peine 50km et cette fois le terrain est en faux plat descendant, on devrait mettre moins de 2h

Les kms défilent, la moyenne remonte, ca fait du bien, car le Vercors était long à force de monter/descendre en permanence.

La chaleur augmente régulièrement et les 10 derniers km vont être compliqués, surtout pour moi. J’arrive à la base vie en mode ralenti, le moteur ne délivre plus de puissance d’un seul coup.

Heureusement, contrairement à Dignes en 2025, la base vie est top et il y a tout ce qu’il faut pour manger et se reposer.

Je fais un sort à une bouteille de Salvetat bien fraîche , et je m’alimente, y compris le bouillon de légumes recommandé par l’équipe médicale de l’organisation pour se réhydrater et recharger en sels minéraux.

La raison indique qu’il est inutile de viser la performance, la priorité est de se reposer. Je retrouve une nouvelle fois Julian , qui repart une heure avant nous, il est en forme et en mode performance bien qu’ayant aussi souffert de la chaleur ( il finira 35 ème au scratch)

L’étude météo du parcours montrait que les températures seraient supportables, sauf dans les 30 km avant et après Bollène. Les prévisions étaient justes.

Nous repartons vers 17h30, cette fois on est en retard sur le plan de marche mais ce n’est pas bien grave, on a de toute façon beaucoup de marge

Direction Malaucène où nous avons un gîte. Le hasard a voulu que le gîte réservé par Nicolas pour le 2ème jour sur le parcours initial, tombe parfaitement pour le premier jour du nouveau parcours. Coup de chance car il n’était pas annulable. Juste à changer la date.

Sur le profil , il y a environ 900m de dénivelé jusqu’à Malaucène distant de 60km. Ce qui m’inquiète au bout de 30km roulants. Puis 40 km. Ca annonce beaucoup de D+ en peu de kms … .

Et ça ne loupe pas. Ca se met à monter et plutôt fort. Il a beau être plus de 19h, il fait toujours bien chaud. Je laisse partir Nicolas pour un arrêt fontaine. Mais en repartant, même symptôme qu’avant la base vie : plus de puissance, je plafonne à 120W !

Et se profile une grimpette infernale à 15% . A 120W c’est impossible de monter ça, je suis obligé de monter à pieds. « Ca va ? Courage ! » . Cette fois les encouragements sont justifiés. Même à pieds , j’ai du mal à monter. Et ça n’en finit pas …

Le D+ continue, la marche m’a fait un peu de bien, j’arrive à me trainer à 140/150W mais c’est dur pour le moral . J’ai beau avaler le gel de la dernière chance, ça ne veut pas revenir. Message de Nicolas qui m’attend à un bar 7km plus loin. J’ai le moral à zero , je lui dit que je songe à abandonner tout en cherchant les trains sur mon téléphone pour rejoindre Mandelieu. Pas simple depuis ce coin …

Pendant que je discute avec Nicolas et que je cherche les trains, le soleil se cache , la température baisse d’un coup. « Attends d’avoir dormi pour décider » me dit Nicolas. Il a raison . Allez , je remonte sur le vélo , il faut rejoindre le gîte. Ca descend, ça fait du bien. Puis ça remonte fort, je me mets en danseuse, et là d’un coup , un frisson qui me parcours l’échine, le tableau de bord se rallume , les lumières se remettent à clignoter, le réacteur redémarre, le JP explorer qui était à la dérive reprend vie, les Klingons sont foutus ! . Capitaine Spock, vitesse lumière !

Me voilà en train de grimper à 400W , j’ai l’impression d’avoir une energie infinie. Mystère du corps humain.

Je retrouve Nicolas qui partait de son café et nous rejoignons Malaucène sans plus de difficulté.

C’est le moment de bien recharger les batteries, on se fait un bon diner resto et une nuit de 5h , l’important est de bien récupérer. Au resto nous discutons longuement avec un couple qui s’intéresse beaucoup à la RAF. Je fais une croix sur le podium de catégorie mais je suis à nouveau motivé pour finir le parcours. J’ai peur de ne pas arriver à dormir tellement je me sens en forme mais en fait , aucun souci !

On démarre le matin à 6h pour la montée du Ventoux. Je sens immédiatement que les jambes sont bonnes , oublié les soucis !

La montée est belle au petit matin, et nous montons bien en rythme. 2h30 pour rejoindre le sommet, en limitant la puisssance et avec le chargement , c’est mieux qu’espéré. On discute souvent avec les nombreux cyclistes qui passent mais on en dépasse aussi malgré notre chargement.

Le temps de prendre la photo souvenir , et nous filons sur Sault

La descente est toujours aussi monotone, suivie d’un petit déjeuner à la boulangerie à Sault.

Nous voilà partis en direction du Vercors. Il fait chaud mais c’est raisonnable, pas d’impact sur les jambes cette fois. Par précaution j’ai augmenté la fréquence d’hydradation. L’alimentation glucidique, j’abandonne : ça ne passe pas avec la chaleur, retour aux bonnes vielles méthodes. Je reviendrai à la maison avec 80% des gels et poudres que j’avais emmené !

Nous sommes au pays de la lavande,c’est magnifique

Le rythme est bon, et je découvre que j’ai repris la 2ème place. Finalement tout le monde a le même souci et le rythme est comparable.

On fait une pause déjeuner à Manosque. Alors que je suis en train de choisir quoi manger au supermarché local , je réalise que j’ai du quand même prendre un coup de chaud. Un gros coup de chaud ! Dans une hallucination improbale , je vois l’ami Steven Le Hyaric qui arrive vers moi avec un grand sourire ! N’importe quoi !

Mais non, ce n’est pas une hallucination, c’est vraiment Steven !! Trop content de le voir, on papote 5 minutes. Reco pour un Gravelman ? Non il est sur son terrain d’entraînement avec son mécano. Coincidence incroyable ! Il me passe un message amical pour les copains avec qui nous faisons souvent des Gravelman : Benjamin, Ludo … vraiment sympa !Ca me booste bien !

Nous voilà repartis, direction Mandelieu , 1er passage .

Les montées sont beaucoup plus roulantes, rendant le D+ pourtant significatif, beaucoup plus facile. Ca ne fait pas mal aux jambes.

On fait des pauses cimetières et fontaines dès que possible pour se rafraîchir et éviter un coup de chaud.

Arrivée au Lac de Sainte Croix, magnifique !

Une pause créperie très sympa, la crêpe est énorme et me fait beaucoup de bien. Dans le même temps, Ludo nous dit qu’il arrive dans le camping d’ici 2h . Incroyable coincidence , on aurait presque pu se voir. Décidemment tout le monde est dans ce coin.

Nous voilà repartis pour le dernier segment. Même si ça continue de monter et descendre c’est roulant, et on avance bien. SMS de mon fiston , fan du PSG qui me dit « on a retrouvé Dembouz » . Ah oui c’est vrai il y a France-Norvège. Du coup , Nicolas met le match sur son téléphone ! Marrant.

On rejoint Mandelieu sans autre difficulté en fin de journée. Repas à la base vie , climatisé et on rejoint l’appartement que. j’ai loué pour 3 jours, climatisé aussi.

Nicolas n’a pas envie de repartir. Il est vrai que le concept de refaire une boucle depuis Mandelieu est peu motivant. Le but de la « Race Across » est d’arriver à Mandelieu. Comme dit Nicolas , ce n’est pas une « Race Around ».

De mon coté, aucun doute. Les jambes sont parfaites depuis le matin, je veux boucler le parcours , finisher un jour , finisher toujours . Et puis je suis 2ème des plus de 60 ans !

Pendant que Nicolas abandonne, je mets le réveil pour dormir 3h et attaquer la dernière boucle vers 3h du matin . Il y a presque 3000m de denivelé sur les 80 premiers km, autant les faire à la fraîche.

Douche rapide et dodo ! Je mets mon masque sur les yeux .

Je me reveille naturellement, enlève le masque et … il fait grand jour !!!

Oulalala , il y a un gros souci là . Je regarde ma montre , il est 6h45 . Le reveil n’a pas sonné. Pour le coup je me sens bien mais c’est la catastrophe. Je regarde le classement, pas si dramatique , j’ai perdu 20 places au scratch et me suis fait doubler pour le podum par mon poursuivant mais il est à peine 1h. devant. J’avale un café , m’habille et je decolle me disant que je prendrai le petit dej à la première boulangerie ouverte.

La montée du Tanneron depuis Mandelieu est bien plus raide que dans l’autre sens. J’y double de nombreux concurrents qui avancent tout doucement. Ca me motive ! Je remonte déjà

Je prends le petit déjeuner au Carrefour Market du Tignet. Je ne lésine pas sur la quantité.

Pour repartir, il y a une bosse. Une bosse terrible . Une bosse abominable . 25% de moyenne sur 1km. Immontable. Même à pieds , je glisse avec les cales routes que je fusille au passage. L’idée d’étrangler Pascal Bride le traceur me pousse jusqu’en haut.

La suite des 80 premiers kms est dure. Ca monte tout le temps et plutot raide. Mais les jambes vont bien. Je maintiens ma puissance cible autour de 180W et il n’y a plus qu’à attendre d’arriver en haut.

Ce qui est fait au col de Bleine .

Ensuite , les 120 km suivant ne sont pas « faciles » mais comme la veille , les bosses sont roulantes donc ça ne fait pas mal aux jambes.

Un arrêt magique chez un petit primeur où je mange la meilleure salade de raviolis de ma vie et dévore avidement des fruits frais.

Je repars en pleine forme , direction Mandelieu pour la seconde fois , un peu étrange mais maintenant, je ne pédale plus je vole. J’enlève le limiteur de puissance. Plus besoin.

Soudain, le téléphone sonne c’est Yann. Je m’arrête pour décrocher. Il vient d’arriver pour le premier passage à Mandelieu mais l’organisation veut changer les délais et les raccourcir au dimanche midi au lieu de 20h . Incroyable . Ca ne se fait pas en cours de route. Yann est furieux à juste titre. Finalement, il va reussir à convaincre les organisateurs de changer d’vis et on recoit tous un message disant que les délais sont confirmés à 20h. Mais cette histoire à couté de l’influx à Yann qui ne repartira pas. De nombreux concurrents lui doivent une fière chandelle, sans lui , ils ne seraient pas finisher. Je croiserai d’ailleurs tout une file de vélo qui repartait sur la dernière boucle en arrivant près du Tanneron.

Petite pause à 25km du but pour une petite glace qui me faisait envie. Achetée dans une épicerie, je la mange assis sur le trottoir. Une hollandaise en BMW s’arrête à coté de moi et … jette une pièce dans mon casque avec un regard plein de pitié pour le pauvre SDF qu’elle voit en moi !

Dernier Tanneron que je sens à peine passer, et me voilà à Mandelieu , 2ème U60 et finisher, 82ème au scratch ( le top 100 était aussi un objectif ) . Yes ! La résilience aura été le mot d’ordre sur cette édition qui restera dans les annales avec les interdictions et multiples reconfigurations liées à la canicule.

Le lendemain, je retrouve Julian et nous discuterons longuement vélo autour d’une bière et d’un déjeuner. C’est un des aspects de ces aventures que je préfère, on y fait de belles rencontres.

Avec Julian
Les plus belles images de notre course

Gravelman Marrakech 600 route 2026

Après ma participation à cette épreuve en 2025, Ludo était volontaire pour découvrir le Maroc en 2026 et Benjamin partant pour y retourner sur la route après avoir mesuré la difficulté de l’épreuve gravel dans cettte région.

Ce sera mon 7 ème Gravelman, je commence à bien connaître Steven le Hyaric et toute son équipe, ambiance familiale sur ces épreuves et en particulier au Maroc puisque nous partons du domicile de Steven au Superides Camp.

Ludo part le 1er janvier avec son épouse, Benjamin et moi le samedi 3 janvier pour un départ fixé le 5 à 6h00 .

Première péripétie à la sortie de l’aéroport : la navette réservée via Booking pour nous conduire à l’hôtel refuse de nous embarquer malgré les vélos clairement mentionnés sur la fiche de réservation. Rarissime dans ce pays où tout le monde est gentil et débrouillard , le chauffeur n’était surement pas Marocain …

On se rabat sur un taxi Berlingo où on a quand même un peu de mal à caser les vélos et les bagages . Je me retrouve assis par terre à l’arrière sur un coussin car il manque un siège 🙂 . Le chauffeur est adorable mais à 1km de l’hôtel , Waze nous expédie dans un chemin de traverse. Lorsqu’on réalise que le chemin est impraticable et qu’on cherche à faire demi-tour, il est trop tard : le taxi glisse dans le fossé car le route est trempée par la pluie et la terre argileuse rouge ultra glissante !

Benjamin qui connait ma réputation de chat noir des transports me regarde un peu désespéré. Mais mes aventures se terminent toujours bien, alors on garde espoir. Le chauffeur tape aux portes de maisons et appelle l’hotel : ils viennent nous chercher, pendant qu’un habitant trouve un camion pour sortir notre pauvre taxi de ce mauvais pas.

La propriétaire de l’hotel arrive avec son RAV4 , on a du mal à croire qu’on puisse tout caser mais si , ça rentre en tassant un peu !

Ces aléas nous ont fait perdre beaucoup de temps et il est déjà 21h30 lorsqu’on rejoint notre chambre, mais pas de souci , le repas chaud arrive accompagné d’une délicieuse bouteille de vin rouge local que nous vidons à deux pour nous remettre de nos émotions ( attention : cette méthode n’est pas conseillée par les coachs sportifs ! )

Dimanche midi , nous rejoignons le centre ville pour aller déjeuner avec Steven et d’autres concurrents

L’occasion de tester l’état du terrain – avis aux lecteurs non habitués : ceci est une route et pas un chemin –

On retrouve Ludo et son épouse Emmanuelle le soir. Direction le camp de Steven le Hyaric pour le check départ et une soirée dîner Berbère avec danses traditionnelles. Dîner sympa avec tous les concurrents et l’équipe de Steven : Micka , Cecilia , tous adorables et que nous connaissons désormais très bien ainsi que Said , l’homme à tout faire et son collègue la Pioche et Brahim , le chien 🙂 . Bon Said est super sympa mais doit encore faire des progrès sur le coucous 🙂 . Benjamin soupconne même un attentat pour l’empêcher de pédaler le lendemain !

La semaine précédant le Gravelman, une observation attentive des prévisions météo sur Windy avec tous les modèles météo disponibles m’avait bien inquiété. Les prévisions’annonçaient exceptionnellement froides pour le Maroc avec de la pluie le lundi, un vent de face à 50 km/h le mardi et un froid polaire le mercredi dans les montagnes de l’Atlas avec une forte probabilité de chutes de neige.

Nous savons tous que la météo à l’avance n’est jamais parfaitement fiable et donc je me rassurais en me disant qu’il était impossible d’avoir les trois phénomènes d’affilé. En Afrique , il fait beau et sec l’hiver , tout le monde le sait !

Malheureusement, les prévisions étaient exactes et nous sommes donc partis pour de la pluie tout au long de la première journée, du vent de face l’après-midi de la 2ème journée et enfin de la neige pour remonter au col du Tichka. Aie !

Retour à l’hôtel et lever 4h , un petit déjeuner nous a été apporté la veille au soir. On rejoint le camp de départ à 6h, tous les concurrents et Steven qui vient faire le départ avec nous sont planqués sous le toit de la terrasse car il pleut fort. On retarde le départ de 30 minutes et nous partons sur un chemin bien boueux de 2km pour rejoindre la route, les vélos sont déjà pourris et on se félicite de nos pneus allroad Caracal , c’est du gravel !

Mention spéciale à Hutchinson au passage , ce pneu est juste incroyable : aussi roulant que des Blackbird Race , ultra solide et capable de passer dans du vrai chemin gravel ou même VTT. Un must , vraiment !

La pluie se calme un peu , nous voici dans une longue ligne droite en faux plat montant en direction d’Asni pour aller chercher le col de Tizi n’Test. Ce n’est pas du tout plat , même avec des jambes bien fraiches , la moyenne peine à atteindre les 20 km/h sur un terrain en montagnes russes parfois bien pentues. Après Asni et une belle descente on attaque plus de 50 km de montée.

Comme toujours sur les routes des montagne de l’Atlas , la moitié ( au moins ) de la route est détruite mais ça on s’y attendait et nos vélos sont montés en conséquence. Des engins de chantiers sont en train de réparer la chaussée à de nombreux endroits, il vaut vraiment le voir pour le croire.

Mon nouveau Chiru Xroot avec ses super pneus Caracal fait merveille , je suis bien plus à l’aise que l’année dernière avec mon Axxome en pneus de 32 sur ces portions. La pluie les rend particulièrement délicates, ça glisse bien mais ça passe facile. Evidemment ça ne fait pas remonter la moyenne d’autant que la montée se cabre de plus en plus.

Séquence émotion avec un jeune garçon en VTT qui va à l’école et vient faire la course avec nous. Il donne tout ce qu’il a à bout de souffle mais il tient, on le pousse ou le tire pour l’aider, c’est juste adorable !

Benjamin a un peu disparu derrière, il préfère les descentes aux montées. Quelques éclaircies nous font du bien même si on a l’équipement pluie total sur-chaussures, sur-pantalon, veste et bonnet Goretex; L’équipement nous évite d’être trempés mais l’idée au Maroc d’habitude, reste de rouler au soleil et les paysages sont bien plus beaux dès que la lumière vient les illuminer.

La montée est superbe bien qu’assez difficile. La boue a durci les cales des chaussures et je manque de tomber lors d’une pause photo. Histoire de rire, le tuyau de ma sacoche à eau centrale tombe dans la roue en repartant, heureuement je stoppe avant de tout déchirer.

Au sommet, on voit une auberge , on s’arrête , et nous commandons pour trois en laissant le temps à Benjamin d’arriver.

Comme toujours ici , l’aubergiste est aux petits soins. Mais à 2000m et par 3 degrés, on aurait aimé qu’il y ait une porte et des carreaux aux fenêtres ! Malgré une cheminée, il fait plus froid dedans que dehors, on sort les doudounes des sacoches . Le déjeuner avec salade et omelette berbère est néanmoins délicieux.

On espère que la météo sera meilleure l’après-midi avec le changement de versant. Même si la pluie s’est provisoirement calmée, ce n’ est pas vraiment le cas et on attaque la descente dans le brouillard phares allumés.

Ca file bien au début , mais rapidement, on doit à nouveau affronter des passages gravels, des averses et surtout de nombreux éboulements causés par les fortes pluies de ces derniers jours. Il faut bien regarder devant et ne pas arriver trop vite dans les portions ravagées. Je suis bien content d’être coté droit , car le coté montagne semble un bon endroit pour se prendre un rocher sur la tête !

Nos vélos bien équipés nous permettent de doubler tout ce qui roule : voitures , camions , motobylettes locales, tout le monde est au ralenti pendant qu’on dévale comme des missiles.

Les nombreux passages gravel dans la boue rouge me font avoir une pensée pour mes plaquettes de freins , pourvu qu’elles tiennent mais j’ai un jeu de rechange, là encore, la connaissance du terrain local m’avait permis d’anticiper ce cas de figure.

Arrivés en bas, après 50 km d’une descente compliquée mais quand même rapide , nous rejoignons la première route à peu près plate en direction de notre point de chute du soir à Taliouine , sur la route menant à Ouarzazate.

Benjamin qu’on pensait fatigué, enclenche d’un coup le turbo et je me retrouve à 250W pour essayer de recoller ! Pour tout arranger, mes vitesses sautent, j’ai un maillon a moitié cassé sans doute par une pierre qui a tapé la chaîne.

Finalement, on organise le peloton et les relais se suivent.

Sur le profil , on a 40 km de montée pour rejoindre l’hôtel à Taliouine mais le vent est favorable et c’est plus un faux plat montant qu’une vraie bosse, donc notre vitesse reste très bonne ce qui nous permet de rejoindre l’hôtel réservé à 21h, après avoir du traverser deux fois des passages de 100m où un oued avait débordé et transformait la route en torrent furieux !

Super accueil , après la journée pluvieuse la douche chaude et le bon dîner copieux avec une soupe en entrée nous fait le plus grand bien.

Je vire le maillon défectueux et le remplace par un maillon rapide. J’aurais du vérifier les plaquettes car je me retrouverai sans frein arrière le lendemain, plaquette bouffées par la boue rouge, je mettrai le jeu de rechange le soir à l’hôtel.

Dodo réparateur, réveil 5h pour le petit dej mais on traine un peu sur le départ qui ne sait qu’à 7h, on va voir plus loin que ça va nous obliger à reconfigurer un peu l’organisation de la journée.

Un bon col de 900m de D+ nous attend pour commencer, on y verra le magnifique lever du jour. Nous sommes dans un endroit majestueux entre steppes désertes et sommets enneigés.

Les jambes sont au top ce matin, j’ai l’impression de pouvoir appuyer à l’infini sur les pédales. La montée n’est qu’une formalité. Au sommet à 1800m , il y a un vent , du soleil , des lignes droites de 20 km sur un paysage de plateaux désertiques. On décide d’attendre Benjamin au déjeuner car il fait bien trop froid pour rester immobile ici .

Un chien sorti de nulle part se met à faire la course avec Ludo , chacun sur une file. On est en faux plat descendant à 45 km/h , mais le chien a de la ressource ! Finalement, il décide de laisser tomber, Ludo est trop rapide. Je me demande s’il va faire la même chose avec moi mais il me regarde d’un air désespéré la langue pendante et déclare forfait.

J’ai monté un mono plateau de 40 dents en vue des longues ascensions avec une cassette 10-44. A 45 km/ , c’est un peu juste, je peine à suivre Ludo en moulinant comme un dératé couché sur les prolongateurs. Ca fait plaisir de rouler à cette vitesse, nous serons largement dans le plan de marche pour le déjeuner !

En descendant vers Tazenakht pour manger, le fameux vent terrible annoncé se lève. L’angle n’est heureusement pas encore trop mauvais, on arrive à maintenir une vitesse entre 25 et 30 km/h malgré tout mais c’est saoulant d’entendre ce souffle de ventilateur en permanence.

Pause déjeuner au centre ville, définitivement les fénêtres et les portes semblent en option, on change de table avec Ludo pour éviter d’être trop dans le courant d’air car avec le vent et malgré le soleil il fait froid.

Benjamin arrive 1h plus tard, cela nous fait une bonne pause avant d’attaquer l’après midi qui s’annonce terrible pour les 70 km nous séparant de Ouarzazate avec 50 km/h de vent de face.

La route est magnifique , dans des gorges encaissées , et tracé Steven oblige , de petites excursions gravel pour traverser des villages et des vallées isolées magnifiques. On était prévenus , donc on adore ( Steven nous dira que ce n’ est pas le cas de tout le monde … ) et nos vélos nous permettent d’emprunter ces passages sans devoir ralentir le rythme.

La suite s’avère difficile : vent terrible , et 2 bosses de 200m de dénivelé pas inquiétantes sur le papier mais on avait du mal regarder le profil ! La première à 10% et la seconde à 20% , un mur vent pleine face , un enfer , je zigzague à l’agonie à 5 km/h dans le dernier mur.

Benjamin décroche dans ces passages raides. Au sommet de la 2ème montée , je regarde sur le GPS combien de temps il nous reste à souffrir jusqu’à Ouarzazate et quand je relève la tête , j’hallucine en voyant … Benjamin qui m’attend sur le côté.

Hallucination ? Magie ? Téléportation ? Tout simplement un Berbère en Berlingo qui a proposé à Benjamin de le deposer en haut.

La très bonne surprise , c’est que le vent a un peu tourné. Là où on pensait l’avoir de face , il est plutôt de coté. Pour la première fois , je ressens l’effet voile des roues hautes par vent latéral. Le vélo a 20° d’angle par rapport à la verticale, mode deriveur, mais file à 35 km/h là où on pensait rouler à 15. Ca nous remet à peu près sur le plan de marche horaire. Il faut faire très attention lorsqu’un camion nous dépasse et coupe le vent. La première fois je fini direct dans le fossé, sans tomber heureusement.

Arrivée à Ouarzazate surréaliste sur des grands axes par encore bitumés semblant délimiter un grand quartier en construction.

Benjamin décide de dormir à l’Ibis local trop fatigué. Peu après , on voit plein de messages whatsapp s’afficher sur nos GPS , Benjamin sollicite des idées car la pile de sa cocotte gauche DI2 est HS et introuvable dans le coin.

On le rassurera en arrivant à notre hôtel : vu le profil du final , il suffit de passer la chaîne sur le petit plateau, le gros ne sera pas très utile.

Nous continuons encore 35 km jusqu’à Ait Ben Haddou avec Ludo , arrêt au Bagdad Café avec un accueil hors norme de la patronne française. Très bel hotel , très confortable et elle se lèvera à 5h pour nous préparer un petit déjeuner de rêve, juste incroyable et vraiment touchant.

L’Atlas Marocain est vraiment un endroit où le mot « humanité » reprend tout son sens, dieu que cela fait du bien dans cette époque de fous .

Départ 6h pour la montée vers le célèbre col du Tichka. Des informations contradictoires circulent sur l’état de la route. Ma grande inquiétude est d’être bloqué par la neige. Il n’y a pas de chemin alternatif pour repasser du bon coté de l’Atlas afin de rentrer à Ourika . Et marcher en montagne dans la neige avec des chaussures de route n’est pas un plan idéal …

La route semble dégagée pour l’instant. Encore de fortes rafales par moment mais pas en permanence. Nous approchons de Telouet, point de passage mythique de la célèbre Atlas Mountain Race. Steven qui l’a fait trois fois nous a recommandé l’aubergiste du coin qui est le Check Point 1 de l’AMR , mais cela nous aurais pris trop de temps hier soir d’aller jusque là.

Un automobilste s’arrête à notre hauteur dans une traversée de village pour nous dire de faire attention, les voitures sont bloquées plus haut après un pont et il nous de conseille de ne pas tenter le passage.

On a pas le choix , alors on continue. Et effectivement d’un coup la route devient mauvaise avec des plaques de neige glacées de plus en plus nombreuses jusqu’à recouvrir toute la route.

Heureusement nos pneus mixtes assurent et ça passe en faisant attention de bien mettre les roues au bon endroit.

On arrive au fameux pont et effectivement, tout le monde est bloqué là, la pente se corse, c’est gelé. Des conducteurs avec des pelles tentent de faire un passage.

Nos vélos passent.

On grimpe, et petit à petit il commence à y avoir une couche de neige qui ajoute à l’effort de la montée.

Une plaque de glace en devers, je vois Ludo batailler pour rester sur le vélo qui part en toupie et ça finit dans un grand fou rire général.

Je me demande combien de temps cela va prendre de finir les 10 km de montée restant ( 100km de montée depuis Ouarzazate) envisageant avec effroi une arrivée à pas d’heure à Ourika.

Et soudain au détour d’un virage, contre toute attente, la route est propre et on gagne plusieurs degrés , au point que j’ai trop chaud ! Steven nous expliquera plus tard qu’il y a un micro-climat dans la vallée de Telouet, un courant d’air froid qui descend des sommets.

Sauvés , on rejoint le col facilement avec finalement … 1/4 h d’avance sur la prévision initiale, tout est bien qui fini bien . A partir de là , profil descendant jusqu’à l’arrivée , avec une petite remontée sur le final Ourika étant à 900m.

Cela nous donne le temps d’un bon déjeuner dans le classique resto à salle ouverte ! On enfile tout ce qui se trouve dans les sacoches pour se rechauffer , ambiance déjeuner en haut de Val Thorens dans une salle en courant d’air.

Les 5 premiers kilomètres de descente sont délicats. Grande route bien dégagée mais il reste des plaques par endroit et pas le moment de tomber avec le trafic. La circulation a été bloquée la veille par le neige et il y a beaucoup de monde sur la route donc des gros camions qui descendent à une allure d’escargot . On y va tranquille. Puis la neige disparait , la température monte, retour du Maroc connu, on peut foncer sur la route sèche. Je soupconne mon food pouch de créer une pénalité aerodynamique à haute vitesse car je dois relancer pour suivre Ludo.

Il y a un petit col à franchir , arrêt au pied pour changer radicalement de tenue. Configuration légère de retour , on vire surchaussures, surpantalon, coupe vent , doudoune , bonnet , cache cou …

Le temps de pencher la tête pour enlever les surchaussures et quand je relève, qui vois-je ?

Super Benji Berlingo téléporté !

Le petit col franchi , il nous reste 65 km de faux plat descendant puis montant pour rejoindre Ourika : soleil, chaleur , pas de vent : on termine sur la partie plaisir où les vélos filent enfin à belle vitesse par une température agréable. Ca change tout sur les sensations musculaires et je me permet des relances à plus de 400W , les jambes vont bien.

Arrivée à 17h30 à Ourika avec une accueil super chaleureux de Steven et son équipe, on est en famille , on discute, c’est vraiment sympa Benjamin nous rejoint quelques minutes plus tard.

Un aventure marquante avec des images d’ncroyables qui vont rester gravées pour la vie !

2025-01-23 Gravelman Marrakech 500 route 23 Janvier 2025

Jeudi 23/01/25 : Gravelman Marrakech 500 route

Benjamin, un ami qui s’est lancé dans le vélo depuis un peu plus de deux ans, nous avait accompagné avec succès sur le 350 km Verdun-Paris mi Novembre. 

En revenant et après en avoir entendu parler par l’équipe d’organisation des Gravelman, il nous dit qu’il aimerait bien faire le Gravelman Marrakech fin Janvier. Fichtre ! Les parcours de Steven le Hyaric, champion d’ultra distance et organisateur des Gravelman, ont la caractéristique d’être plus difficiles que la moyenne. Et le Maroc au vu de la configuration du terrain dans les montagnes de l’Atlas, m’a tout l’air d’être le top de la difficulté 😨. 

En y réflechissant , et voyant la météo vraiment pourrie en Ile de France depuis l’automne, je me dis que c’est une très bonne opportunité de préparer les épreuves de l’année 2025 et en particulier la Race Across France du mois de Juin. Je décide donc de m’inscrire, mais sur la version 500 km route plus en phase avec le programme de cette année. 

Benjamin et son ami Christian sont déjà inscrits de longue date , mais eux sur la version 350 Gravel et intérieurement, je leur souhaite bon courage 😀. 

Commence la première partie de l’épreuve : la préparation. Je cherche les infos que je peux trouver sur la région, les routes, les cols , … . Le moins qu’on puisse dire est que le cylisme au Maroc n’est pas trop documenté. Sinon que s’y déroule l’épreuve ultra distance la plus difficile au monde, l’Atlas Mountain Race . Précisement là où nous allons 😱. L’organisation fait durer le suspense et tarde à nous envoyer les traces. Entre temps, j’ai compris qu’il fallait une carte SIM locale , le roaming coutant une fortune au Maroc ( 13 euros / Mo ! ) . En cherchant, je vois qu’on peut se procurer une eSIM , que l’on peut installer en avance, sans faire la queue à l’aeroport pour acheter une SIM physique. L’organisation recommande 30Go , ça me semble énorme . Mais l’importation des balises de suivi GPS habituellement utilisées n’étant pas possible ( contraintes telco locales toujours ) , nous devrons installer l’application de suivi sur notre téléphone qui va donc consommer de la data.  Malgré tout, étant du métier, je ne vois pas comment on pourrait consommer 30 Go avec ce type d’usage mais on ne sait jamais. On applique tous les recommandations à la lettre , ne connaissant pas le pays il est préférable de se fier à l’organisation. 

Ayant fait quelques Gravelman route avec des passages gravel voire VTT , je suis méfiant sur le terrain et je change mes pneus pour des Continental GP5000 all seasons en 700×32 tubeless . Des comparatifs trouvés sur internet indiquent que ces pneus sont 2 fois plus resistants que les GP5000 normaux, mes pneus préférés,  qui sont déjà solides tout en conservant les qualités de rendement bien connues de cette gamme de pneus. 

L’eau du robinet étant fortement déconseillée au Maroc, bouteilles obligatoires ce qui veut dire pas de possibilité de faire le plein la nuit , les nombreuses petites epiceries étant fermées entre 23h et 9h du matin. Et la nuit est longue à cette époque de l’année. Je réflechis à la meilleure solution, et n’aimant pas trop la solution des bidons sur le cadre lorsque le vélo a des sacoches ( durs à attraper même avec un porte bidon à ouverture latérale ), j’opte pour une sacoche « full frame » Restrap avec une réserve d’eau Apidura 3l . M’inspirant des conseils de mon ami David Schuster, dont l’expérience en ultra distance n’est plus à démontrer. 

J’ajoute une sacoche de top tube Restrap, et un petit sac de selle Decathlon qui contiendra le matériel de réparation et ma doudoune « de secours » . L’amplitude des temperatures sera importante , avec des passages à presque 3000m la nuit et le soleil à basse altitude de jour. Amplitude potentielle de -5 à +30 , mais impossible de se figurer précisement ce qu’il en sera car les infos météo sont limitées au Maroc . J’opte pour une tenue à couches : maillot thermoregulateur , maillot court en Merinos, veste d’hiver chaude et imperméable Ekoi , et la doudoune . Pas d’arrêt dodo prévu mais j’ai la couvertue de survie et un Bivvy en cas d’urgence. 

Il faut aussi organiser la logistique. J’ai une valise de transport avion, mais la combinaison vélo + valise dépasse largement les 23kg autorisés par mon billet  N’ayant pas de bagage soute autre que le vélo , j’achète la nouvelle sacoche souple de transport avion sortie par Buds. Elle coute 200 euros et je me dit qu’il y a moyen de la rentabiliser . J’opte pour la compagnie Air Maroc au départ d’Orly , les compagnies Low Cost devant plus couteuses dès lors qu’on a de gros bagages . 

L’option « Buds » va s’avérer super rentable vu que le personnel de Air Maroc à l’enregistrement ne me fera payer ni à l’aller ni au retour ce gros bagage qui ne pesait que 17kg . 

Je découvre que Steven vient d’ouvrir son camping « Superides Camp » à Ourika et que ce sera le lieu de départ . Il est donc possible d’y séjourner. Je sais déjà que les parcours Gravel repasseront par le départ après une première boucle, j’imagine qu’il en sera de même pour moi. Il est donc très intéressant d’avoir un point pour dormir en local ! . 

Je réserve donc la tente proposée par notre organisatrice en chef, Anne-Sophie. Mais quand je reçois un mail me recommandant des affaires chaudes, et un duvet 0° , mon enthousiasme baisse d’un cran . Quitte à se reposer , autant le faire dans des conditions confortables , je n’ai plus 20 ans 😀. 

Une petite recherche rapide montre qu’il y a un bel hôtel à 150 m du départ . Les Jardins de Taja. Ca a l’air top sur internet , mais en vrai c’est encore mieux : un petit paradis! 

Finalement, je réserve une Douira ( petite maison Berbère ) pour 4 : Benjamin, Albane son épouse, Christian et moi à un tarif défiant toute concurrence française ! 

Nous finissons par recevoir le parcours , tous mes logiciels de cartographie me disent « 100% route ». Je decouvre que si Benjamin et Christian repasseront au départ sur le 350 Gravel divisé en deux boucles, sur le 500 route, il n’y a qu’une boucle.  Il y a 7000m de dénivelé , mais cela semble faisable dans un temps de l’ordre d’une journée 1/2  . Le truc qui me chiffonne , c’est qu’en regardant les résultats des années précédentes, les « finishers » sur 3 ans cumulés se comptent sur les doigts … d’une seule main . Il doit y avoir un facteur local qui m’échappe, donc je ne communique aucun temps prévisionnel à mes proches pour ne pas les inquiéter. 

Mercredi 22 , me voilà en route pour Orly , le départ étant prévu le jeudi 23 à 6h du matin . A la réflexion, c’était une erreur , il aurait été bien plus confortable de partir la veille. 

Sur les conseils de Christian, j’ai mis un Airtag dans la sacoche du vélo , super moyen d’être rassuré sur le fait que le vélo est bien avec moi dans l’avion.  

Déjeuner à Orly et à 12h25 , me voila en vol pour le Maroc , uen première pour moi en Afrique en général . 

Recupération ultra rapide du vélo à l’arrivée. On m’avait parlé de file d’attentes interminables à l’aeroport , ça va super vite y compris à la douane. Et les trois boutiques des opérateurs locaux sont désertes , j’aurai eu largement le temps d’acheter ma SIM , d’autant que l’organisation a un peu de retard pour venir me chercher mais on papote entre concurrents et c’est un moment de convivialité très agréable. 

Mon eSIM ne donnera pas de très bon résultats, mais heureusement, ayant un abonnement Orange, j’ai pris le pack « Maroc » qui m’autorise 10 Go pour un cout raisonnable de 30 euros. Essentiellement par sécurité pour ne pas payer une fortune en roaming en cas de mauvaise configuration du téléphone. En fait je n’utiliserai l’eSIM HolaFly qu’une journée avant qu’elle se désactive sans explication , donc mon pack Orange me sauvera la mise. La prochaine fois, je prends une carte locale ! 

Micka, un des organisateurs que je connais déjà , arrive avec une voiture de location pour nous emmener à Ourika à 40km de Marrakech ( mais attention aux routes marocaines, on va en reparler ! ) . Il est accompagné de Said dans une camionnette hors d’age comme toutes ses consoeurs locales pour transporter les vélos en valises ou cartons. 

Il nous faut une bonne heure pour arriver à Ourika . J’avais sous estimé cette partie transfert , j’arrive à 19h à l’hôtel , il fait nuit et ce n’est pas l’idéal pour remonter le vélo . 

Heureusement, un autre avantage de la sacoche Buds ( certe souple mais très bien rembourrée et avec des rigidificateurs ) , c’est que j’ai juste retiré la roue avant, les prolongateurs et baissé la selle . Remontage facile et rapide donc. 

Premier dîner pour moi à l’hôtel , un vrai bonheur, Azraf le cuisinier étant un génie de la cuisine 😀

Le temps de manger, de faire la connaissance de Christian, et finir de préparer le vélo ( eau , alimentation , vetements , montage des phares , … ) nous voilà au lit avec le réveil à 4h30 . L’hôtel nous a prévu le petit déjeuner malgré l’heure. David & Fatiha , les patrons et toute leur équipe sont parmis les gens les plus gentils que j’ai rencontré ! 

Petit déj Marocain à 4h30 donc , puis nous voilà sur les vélos pour … 150m jusqu’au Superides Camp et le briefing de Steven . 

6h , me voilà parti . Je pars vers le Sud , les Gravel vers le Nord , nos chemins se séparent rapidement . 

Je me retrouve … tout seul , nous ne sommes que 12 sur le grand parcours route ( 1 sur le 500 , moi , et 11 sur le 600 qui est le 500 + une boucle après être revenu au départ ) 

La route pour partir du camp est un chemin de terre empierré . Le vélo saute dans tous les sens dans la descente mais à ma grande surprise, les GP5000 AS font un super job, ce n’est même pas trop inconfortable et ça me met en confiance pour la suite ( enfin, je ne savais pas ce qui m’attendait 😂 ) 

Après 2km , nous voilà sur de la « vraie » route, c’est parti. Après quelques minutes, mon organisme se reveille, les endorphines commencent à faire le job et les jambes tournent bien . Après de nombreux tests comparatifs, j’ai pris ma fidèle Klamp EXR1100 avec un powerpack 20000 mah qui m’assure normalement 3 fois plus d’autonomie que nécessaire. Mais tout seul dans un pays inconnu, il vaut mieux assurer.  La Klamp a indubitablement une qualité qui montre que les « lumens » ne sont qu’un élément de choix : certe sur le papier pas la plus puissante mais le faisceau est large et confortable. Doublé par le frontale Stoots Kiska3 sur le casque, même au premier niveau d’intensité, je vois à presque 100m avec une consommation faible de la batterie ( 2% par heure ) . 

Premier village, je découvre que le Maroc est peuplé de nombreux chiens errants . Curieusement très peu de chats dehors, ceci expliquant sans doute cela. Mais les chiens ont l’air bien nourris ou n’aiment pas la viande de touristes, il ne levent même pas la tête sur mon passage. 0 souci sur toute l’épreuve mais je me suis quand même posé des questions plus d’une fois : et celui là , il a faim ou pas ? 

A cette heure matinale , les routes et villages sont déserts. Tiens , une petite lueur rouge qui clignote. Je rattrape Matteo qui est sur le 600 et vient d’Italie. On papote , il habite à Turin que je connais bien, le temps passe plus vite en discutant. Malheureusement, au premier col de 10km , Matteo disparaitra dans la nuit derrière moi. Je décide de ne pas attendre, il y a quand même 500km en montagne à faire. 

Après le premier col, une belle route serpente devant moi mais le GPS bippe et me dit de prendre à droite … A droite , c’est un chemin de pierres . J’ai beau vérifier , pas d’erreur. Sacré Stéven ! . 

J’ai confiance dans les pneus, mais le terrain est quand même très loin de la gamme d’usage d’un vélo de route. Je m’attendais à ce type de surprise mais pas aussi cassant.  J’y vais donc prudemment, la moyenne en prend un coup sur les 10 kms de cet tronçon malgré tout magnifique et totalement dépaysant. J’ajoute même une petite erreur de parcours pour finir sur un étroit sentier de 20cm spécial VTT. Mais mon Axxome avec ses pneus passent facilement et confortablement. Je ne suis pas en difficulté et totalement épaté par le comportement du vélo . Top  ! Je ne savais pas que mon Axxome Origine savait faire ça ! 

Au bout du single , la route et le 1er Check Point ( CP ) . Sur les Gravelman , ils sont virtuels, juste un selfie à envoyer avec le bon panneau . 

Ne cherchez pas , j’ai pas trouvé de panneau 😂😂

A partir de là , c’est parti pour l’ascension du Tichi N’Tichka ( 2300m ) , sur environ 70km par paliers . 

Les paysages sont magnifiques, non , sublimes , extraordinaires . Je me pince pour me convaincre que je suis vraiment là . 

Les jambes tournent, la chaleur monte rapidement. J’enlève les couches thermiques et passe en court. J’ai emporté un petit sac à dos juste pour mettre les vetements afin de faciliter les ajouts/retraits qui vont être nombreux sans m’embêter à tout remettre dans les sacoches à chaque fois.  

La pente est entre 3 et 4% avant quelques descentes, d’où la longueur de l’ascension. Mon objectif est de déjeuner au sommet que j’estime pouvoir rejoindre entre 13h et 14h. 

Les 15 deniers kms sont plus pentus , on passe sur du 6 à 8% , et finalement voyant un restaurant avec une terrasse au soleil je décide de m’arrêter là d’autant que la température baisse et que le somment risque d’ête inconfortable. Je remets d’ailleurs la veste sur la terrasse à cause du vent. 

Tajine, pain, Coca, cornes de gazelle, thé à la menthe , j’achète quelques Bounty aussi pour la route ( ce sera la surprise , ici les bounty sont des biscuits à la noix de coco ! ) Le personnel du restaurant s’attroupe autour du vélo. On ne voit quasi aucun vélo ici sur les routes : 5 au total en 500 km , dont 3 concurrents . Evidemment hors vélos des enfants dans les villages  . On discute , ils sont adorables , c’est fou comment les gens sont gentils ici, ça réchauffe l’âme, et redonne du sens au mot « humanité » et des joies simples. 

Après avoir payé l’équivalent de 8 euros pour un délicieux repas complet, j’attaque les 8 derniers kms, un peu inquiet par la digestion 😀 . J’y vais sans forcer, le paysage est tellement beau qu’il incite prendre le temps de le comtempler. 

Et me voilà au sommet 

Ca ne se voit pas sur les photos , mais il ne fait pas chaud du tout et le vent est fort. Il sera d’ailleurs très génant dans la descente, la sacoche full frame donnant une grosse prise au vent. Je ne pourrai pas profiter de l’asphalte refait et lisse comme un billard pour prendre beaucoup de vitesse et … heureusement ! 

Je découvre dans la descente la grande spécificité des routes locales : au détour d’un virage, l’asphalte lisse laisse la place à une piste de terre sur 500m , route détruite par je ne sais pas quoi. J’arrive à 60 km/h, mode freinage d’urgence avec tout le poids sur l’avant pour ralentir in extremis le vélo. Calmé pour le reste de la descente. Je cherche encore l’explication à ce cas de figure qui se reproduira de multiples fois : il semble que ce soit avant tout un pb de qualité du revétement et d’eboulements aussi. 

Me voilà en pays Berbère. Profil globalement descendant mais avec quelques remontées raides pendant 100km jusqu’à Ouarzazate. La moyenne remonte et j’en prend plein les yeux . Les paysages sont incroyables , on se croirait sur Mars. Difficile de croire que des gens habitent dans cet environnement de montagne rouge et totalement aride. Les villages sont pauvres mais les gens sourient à mon passage et souvent les gamins sautent sur leur vélo pour faire la course en riant et en m’encourageant. J’en ai les larmes aux yeux souvent. A l’heure de sortie de l’école, plein de gamins marchent au bord des routes. Au milieu de ces montagnes il semblent y avoir des écoles partout. Impressionnant. 

Les jambes vont de mieux en mieux et je me retiens de trop relancer dans les raidars. Moral au beau fixe, quelle épreuve magnifique ! La circulation est quasi absente, à part quelques deux roues motorisés et chargés de manière improbable. 

Soudain, je débouche dans un désert de cailloux. D’un coup le terrain devient plat et droit . Je suis dans la vallée en direction de Ouarzazate. 

Pour la première fois , je peux me poser sur les prolongateurs. Je mettrai moins 1h30 pour faire les 50 km jusqu’à Ouarzazate avec un vent favorable. 

Je rattrape un scooter chargé , ne résiste pas à la tentation de le doubler.  Said le pilote ne s’en laisse pas compter et couché sur sa machine avec son frère à l’arrière , il me redouble . S’en suit une course poursuite dans le désert. Mes adversaires du jour manquent de pratique : ils sont contents de prendre la tête, ignorant qu’ainsi je bénéficie de l’aspiration et ne me fatigue pas. Je me cale confortablement dans la roue, roulant entre 35 et 40 km/h sans effort. Ca se finira au sprint pour la pancarte de Ouarzazate dans des grands éclats de rire réciproques, un moment génial que je ne suis pas près d’oublier. Petite pause pour discuter un peu avec mes nouveaux amis et je me pose sur une terrasse de restaurant pour un dîner bien mérité. Il ne me faut que quelques minutes pour demander à être rappatrié à l’intérieur la température ayant chuté de 10° en un rien de temps. 

Ouarzazate est incroyable : après 200km dans les montagnes aride et pauves, me voilà dans une cité ultra moderne avec des néons partout et le serveur parle mieux anglais que français. Contraste total. Quand au serveur, il est tellement persuadé que je suis américain ( pfuiii s’il savait ) qu’il m’apporte … un hamburger 😂

Dessert , café , thé à la menthe , remplissage aussi du réservoir Apidura au maximum de ses 3L. Car les 130 prochains km , ce sont 3 cols à 2300 m dans la montagne qui revient pour remonter vers le Nord. Aucun espoir de ravitaillement en eau ni nourriture avant d’avoir traversé la montagne . Les cartes donnent les cols à 5/6% , je me dis que je dois pouvoir monter à 15/16 km/h sans trop forcer. Surtout que la route à l’air belle. 

Après le dernier col au km 360 , il reste 140 km de descente/plat , et une légère remontée de 300m au final car Ourika est déjà un peu en montagne. 

Je calcule un horaire de passage au dernier col vers 6/7h du matin en fonction du terrain qu’on va découvrir. 

Je repars en pleine forme , après avoir aussi remis de la cire sur la chaine. Le vélo marche à la perfection, et file sans bruit sur une belle route qui reste plate sur 30 km. Jambes au top , le capteur de puissance affiche des valeurs parfaites, je suis en mode sortie du dimanche matin avec les copains, ça avance bien. Je vais surement mettre moins de temps que prévu me dis-je . 

Soudain, un bip du GPS qui me demande de faire demi tour. Erreur de ma part : j’ai oublié de desactiver le recalcul automatique, et je suis bêtement la trace GPS qui m’envoie en fait en dehors du parcours. Il y avait juste un bug de 10m sur le tracé ce qui a entrainé le recalcul . Un conseil : sur ce type d’epreuve , il ne faut jamais laisser le GPS recalculer l’itinéraire et desactiver cette fonction. 

J’en suis quitte pour 12 km de détour et 30 minutes de perdues , ma montre GPS Suntoo en backup finissant par m’alerter que je suis hors parcours et me remettant dans le bon sens . 

La route est toujours superbe. La pente augmente progressivement, mais les jambes sont tellement bien que je grimpe à 5% à presque 20 km/h à ce moment . 

Je suis vraiment seul , pas une voiture, pas un être qui vive, les rares villages sont dans le noir, on n’entend que quelques chiens aboyer au loin. 

Soudain, la route tourne à gauche et …. devient très mauvaise. La moitié du bitume a explosé , il faut slalomer entre des trous d’obus. Incroyable et pourtant , c’est une route nationale ! 

La pente augmente sévérement. On dépasse les 10%. Mon GPS s’acharne à me montrer un profil « en vert » à 4% , ça c’est particulièrement agaçant. Je vais passer 70km à espérer ce « vert » qui ne vient jamais . En fait , la moyenne des montées est de 5% mais sous forme de passages raides à souvent plus de 11% suivis de descentes. Ascension particulièrement casse pattes et bien plus difficile que prévu. Clairement les cartes « internationales » ne sont pas à jour au Maroc. Rien ne remplace l’expérience du terrain. 

Et surtout, le bitume se fait de plus en plus rare et disparaitra totalement sur 60km. Me voilà sur des montées et descentes raides dans les cailloux et le sable. Evidemment du jamais vu sur une épreuve sur route ! . Mais le vélo passe plutôt bien, c’est juste beaucoup plus énergivore que prévu. 

Il fait maintenant nuit noire. Avec les efforts importants, je n’ai pas vu le temps passer . Je regarde ma montre, il est déjà 3h du matin ! Je viens de descendre sur plusieurs kms, bien frustré de reperdre en permanence l’altitude chèrement gagnée. Soudain, une fissure mentale apparait. Putain !! y’en a marre de ce terrain infernal ! Stéven, je vais l’étriper au retour. Faut être fou pour envoyer des vélos route sur un terrain pareil en pleine nuit. 

La route est encastrés dans les rochers. C’est minéral et impressionnant.  Il fait froid, il fait noir, je me sens tout petit dans cette montagne et bien content que le vélo et l’éclairage marche parfaitement. J’ai de l’eau, j’ai à manger, la situation est sous contrôle. Mais je suis seul , incroyablement seul au milieu de nulle part dans un pays inconnu.  Un cri strident dans la nuit . Soudain mon cerveau fige sur une question « mais au fait , il y a des animaux dans ces montagnes ? » . Petit frisson dans l’échine. Incroyable il y a du réseau ici ( merci Orange ) . Je cherche sur Google  » animaux sauvages Atlas » . Qui me répond  » dans l’Atlas on trouve des Lynx , des putois, des renards, le dernier lion de l’Atlas a disparu en 1922  » . Bon ouf, je ne finirai bouffé par un ours ou un lion 😀😂 . 

Une petite barre et ça repart ! Un lapin traverse à fond de train devant mes phares. 

Me voilà reparti, mais je sens que les jambes commencent à toxiner avec tous ces raidars qui se succédent . 

L’état du terrain oscille entre très mauvais et totalement improbable . J’arrive à un endroit où la rivière à emporté la route . Il y a 40cm d’eau . Il fait -3°C , pas question de me mouiller les pieds . J’ai du sortir la doudoune de secours pour la mettre au dessus de ma veste thermique car je me gèle dans les descentes avec les dents qui claquent . J’ai trop attendu pour mettre la doudoune et maintenant j’ai du mal à me réchauffer. 

Pendant 20 minutes, je déplace des gros cailloux pour fabriquer un petit passage qui me permette de passer au sec. La route au Maroc c’est l’aventure ! Au passage, ça réchauffe 😀

J’arrive dans la dernière montée,  8 km à 9%, une descente encore puis 2km à 10% , je sens que ça va être dur. Les premières lueurs du jour pointent dans la montagne et avec elle les premiers véhicules ( rappel : c’est une nationale ) . Des camions dans un état extérieur inquiétant passent à toute vitesse : le mécano qui entretient ces camions est surement un génie car d’évidence moteurs et suspensions sont performants. Presque tous les camions s’arrêtent après m’avoir dépassé : pour vérifier qu’ils ont bien vu un vélo , puis pour me demander si j’ai besoin d’aide ou me proposer de monter le vélo en haut. Trop gentils . Je leur explique je fais une course, que je suis en tête et qu’il n’est pas question de profiter d’une assitance. Stupéfaction générale des chauffeurs devant ces explications. 

J’avoue que je pousserai le vélo quelques centaines de mètres pendant cette ascension. Les montées raides m’ont tuées, plus de force dans les jambes et le mental sature un peu de cette montée interminable. 

Et enfin la délivrance , le sommet ! 

Maintenant c’est globalement descendant ou plat jusqu’à l’arrivée hormis les 20 derniers km en légère montée pour atteindre Ourika à 900m . 

La descente est belle , la route est de nouveau une route même si on n’échappe pas aux fameux tronçons detruits au détour d’un virage. Par contre, il fait très froid, la route est à l’ombre. 

40km de descente et petit déjeuner à Demnate. Je prends mon temps pour reconstituer les réserves. 

Le soleil aidant , les forces reviennent et je vais pouvoir envoyer des watts sur les lignes droites dans le désert jusqu’à Ourika . 

Les 120 derniers km se font en un peu plus de 4h et je rejoins l’arrivée à 17h . 

Super accueil par Steven et son équipe , Micka , Cecilia et Anne-Sophie . La médaille de finisher , une bonne discussion dans le salon du très joli camping tout en mangeant de fruits frais cueillis sur les arbres. Ici Steven est chez lui et le partage est encore plus intéressant que d’habitude avec lui. Une personnalité attachante, hyper sensible et atypique.  Beaucoup resteront quelques jours de plus pour faire des sorties avec le champion qui ne demande que ça. 

Pour moi , ce sera repos dans le paradis des Jardins de Taja, à profiter de la gentillesse du personnel et de la cuisine d’Azraf. 

Ces quelques jours auront été une aventure formidable , un peu initiatique. J’ai découvert un pays attachant ( mais avec des routes dans un état déplorable ) où les gens ont encore la capacité à se réjouir des choses simples et font preuve d’une humanité et d’une bienveillance incroyable. Le contraste avec l’égoisme et le coté blasé de beaucoup de nos compatriotes est saisissant et une partie de mon coeur et mon esprit sont encore sur place. J’y retournerai c’est sûr, ne serait-ce que pour essayer la version tout terrain de l’épreuve qui est un beau challenge : vu l’état des routes, vous imaginez bien la difficulté des pistes 😀 . VTT obligatoire plus qu’un Gravel pour ce type d’environnement. 

Ci-dessous le montage vidéo de ma course. 

Publié par khs91 à 18:45   

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2025-09-26 La Gravel Fever Ultra 540 vendredi 26/09/2025


Troisième édition de la Gravel Fever cette année . L’évenement prend de plus en plus d’ampleur puisque les premiers championnats de France Gravel avaient lieu à Chatellerault dans le cadre de cette manifestation le dimanche 27 septembre. 

De mon côté , j’étais inscrit avec Yann, Richard et Benjamin à la version ultra qui partait de Meudon comme en 2024 . Mais cette année la distance était encore une fois rallongée . Après avoir fait 400 km la première année, 500 en 2024 , c’est 540 km qui nous attendaient cette fois avec une boucle en plus dans les Alpes Mancelles après le CP1. 

L’année dernière , j’étais arrivé un peu cassé avec les secousses du parcours. C’est d’ailleurs le point qui me pose problème depuis que je me suis mis au gravel. La France n’est pas les US , et chez nous les épreuves gravel empruntent souvent des sentiers VTT. Et j’ai toujours regretté le confort du VTT comparé à un gravel tout rigide. Du coup , après essayé la potence suspendue de Vecnum , très efficace mais loin d’une fourche VTT , puis fait l’ultra Gravel de la Babybel en VTT semi-rigide ( quel confort ! ) , je me décide à monter sur mon « Arme Fatale Gravel » , une fourche suspendue Gravel Fox 32 TC.  

Les premiers tests sont plus que concluants : ce n’est plus le même vélo. L’efficacité en tout terrain est bien meilleure . Fini les vibrations, la roue reste en plus collée au sol et les montées caillouteuses sont bien plus faciles, le vélo ne perdant plus de vitesse en buttant sur les gros cailloux. 

J’ajoute mon montage de roues maison, et le vélo n’a jamais mieux mérité son nom d’arme fatale. Les conditions s’annonçant un peu humides , je monte des pneus Schwalbe RX Pro en 45. J’ai aussi passé la transmission en mono plateau , avec un plateau de 36 devant et une cassette VTT 9-46 derrière. Le mono-plateau facilite les changements de vitesse rapide en tout terrain. Le pignon de 9 dents me permet de conserver un développement adapté descente, pendant que le grand pignon de 46 me permettra de grimper les raidars de la forêt de Chinon. 

L'arme fatale Gravel en configuration ultra


Vendredi 8h30, toute l’équipe est réunie à Meudon où l’organisation nous offre comme en 2024 un café à la Loggia au pied de l’observatoire de Meudon. Organisation toujours au top, c’est la raison qui fait que je reviens chaque année, Jean-Christophe Savignoni et son équipe sont aux petits soins pour nous, et cela fait vraiment plaisir 😀. 

Signe que l’épruve devient très connue, nous avons l’honneur d’accueillir le meilleur coureur ultra du moment , le jeune français Victor Bosoni qui a 23 ans vient de remporter la Trans Continental Race qui reliait cette année Saint-Jacques de Compostelle à la Roumanie. Autant dire qu’on ne va pas le suivre longtemps !. 

Note aux lecteurs : j’ai privégié ma camera embarquée cette année , peu de photos donc , mais la vidéo est ici : 

Après avoir récupéré dossard et balise GPS de suivi , JC nous fait un court briefing et nous voilà partis. 

Richard a dit qu’il roulerait doucement,  donc il disparait rapidement devant 😂 . Je suis avec Yann et Benjamin. Pour Benjamin, c’est sa plus longue épreuve qui s’annonce avec l’excitation et la pointe d’inquiétude qui va avec ,  il est décidé à rouler à son rythme. 

Les 150 premiers kms ne comportent pas de difficultés notables.  On roule dans un petit groupe quand il me semble entendre Yann crier derrière. Effectivement, Yann et Benjamin ne sont plus là. Je m’arrête et je vois avec inquiétude Yann pousser son vélo. Ca sent le problème mécanique. 

Son pneu arrière est à plat et semble bien déchiré sur la bande de roulement. Gros coup de malchance, car le terrain n’était pas agressif du tout. Sans doute un tesson caché sous les feuilles. On tente de mettre une mèche dans le pneu, et je suis plein d’espoir quand on arrive à regonfler. Mais au roulage , la mèche ne tient pas , la déchirure est trop grande. 

Yann est dépité et décide de trovuer un magasin de vélo. Je sens qu’il est proche de l’abandon, on tente de l’encourager comme on peu, tout comme les copains sur notre groupe WhatsApp. 

Bien dépité pour lui, je continue avec Benjamin … qui crève 5 km plus loin. Les Dieux ne sont pas avec nous ! Heureusement , cette fois , le trou n’est pas trop gros et le produit préventif arrive à colmater. 

Nous voilà repartis, bon derniers sur les 80 participants. Pas grave il reste 520 km à faire, les écarts à l’arrivée se compteront en heures et pas en minutes. 

Nous continuons avec Benjamin rattrapant quelques concurrents mais pas tant que ça malgré un bon rythme, ce qui m’étonne d’ailleurs,  je m’attendais à reprendre beaucoup plus de monde ! 

Nous stoppns à Tréon pour déjeuner avec quelques difficultés à trouver le Carrefour Contact que j’avais repéré à l’avance, la carte Google Maps étant fausse à cet endroit ( une première ! ) . Il y a un coin pique nique dans le magasin, c’est bien agréable car il ne fait plus de 12 degrés dehors et on se serait gelés à l’arrêt. 

Après une pause de 40 minutes avec même un café chaud offert par Benjamin, nous voilà repartis en direction du CP1 à Bellème.  Je continue sur un bon rythme et Benjamin préfère continuer à son rythme , je le distance petit à petit. Je rattrape du monde mais pas tant que ça , du moins jusqu’au début du Perche où les premières vraies bosses arrivent et avec elles les concurrents en difficulté qui ont trop poussé au départ. Je commence enfin à reprendre des places. Il semble que beaucoup sont partis très fort cette année mais commencent à le payer. Sans doute un manque d’expérience de la distance. 

CP1 atteint un peu avant 20h , à peu près en ligne avec mon tableau de marche . Accueil toujours aussi top , hamburgers , soupe , sandwichs , gâteaux , boissons , on a tout ce qu’il faut , y compris une salle de repos pour ceux qui veulent dormir. 

Richard est déjà reparti. Je profite de la nourriture chaude, il fait frais et humide dehors, ça fait du bien de manger chaud et toujours la délicieuse soupe aux vermicelles qui chaque année me redonne plein de forces 😀

Benjamin arrive alors que je commence à me préparter pour repartir. Il se restaure et prévoit de dormir un peu en attendant Yann qui est reparti bon dernier après 1h30 perdue à changer le pneu chez un vélociste à Versailles. 

Cette année, nous avons le droit à un « drop bag » , un sac qui est déposé au CP1 en plus de celui qui va à Chatellerault. J’y ai mis de quoi recharger les réserves de barres et de gel ainsi qu’un maillot thermique pour la nuit. Je me change avant de repartir et ce n’est pas de trop vu le temps dehors. Mais la tenue fera parfaitement l’affaire, contrairement à 2024 , je n’aurai pas froid durant la nuit. 

Me voilà donc reparti après un peu moins d’1h de pause. La partie entre le CP1 et le CP2 est la plus difficile , dans le Perche puis les Alpes Mancelles, avec de longues montées dont celle du Belvédère de Perseigne. 

La configuration du vélo se revèle idéale, je ne butte pas sur les cailloux et les montées me semblent bien plus faciles qu’en 2024. L’entrainement de la RAF joue forcément aussi. Malheureusement, il fait nuit , donc une fois de plus , je ne vois que le panneau et pas la vue du Belvédère 😢 

Après être sortis de la forêt de Perseigne, nous filons sur la nouvelle boucle dans les Alpes Mancelles. Je rattrape pas mal de monde, les jambes sont toujours opérationnelles, depuis le départ je. tiens le rythme que je commence à maitriser et dont je sais que je peux le tenir et même accélérer jusqu’à la fin. 

Après avoir dépassé quelques concurents erndormis sur la terrasse d’une maison, me voilà devant la Sarthe pour une des nouveautés de l’année : la traversée en bac à chaîne. Dans la nuit, je ne vois pas le bac qui est sur l’autre berge. Pendant quelques minutes, je cherche le chemin pensant être devant un étang à contourner avant de voir la pancarte « Bac le Passage » . Un autre concurrent me rejoint et nous traversons ensembles. En fait ce n’est pas du tout physique, il suffit de tirer la chaine et le bac avance sans gros effort. 

Quelques minutes et une belle montée plus tard , nous arrivons à Saint Leonard des Bois . J’ai prévu de m’y arrêter quelques minutes pour remplir ma poche à eau ( l’eau est un sujet délicat de nuit quand tout est fermé ) . Mais je découvre un distributeur automatique de nourriture et de boisson au premier rond point, j’en profite pour un stop plus long qui fait office de petit déjeuner. 

Puis full gaz  en direction de la Bazoge km 320 où se situe le CP2 où je retrouve Richard . J’ai retrouvé 3 autres concurrents et nous roulons ensemble , c’est plus sympa que tout seul ! 

Pause relativement rapide ( trop sans doute ) au CP2 .  J’ai jeté un oeil au suivi et j’ai remonté au moins 40 places dans la nuit , du coup me voilà bien motivé ! Accueil encore une fois fantastique et impossible de manger tout ce qui est proposé.  Je n’ai pas sommeil donc je ne prends pas le temps d’une petite sieste. Je repars à l’aube, pour la partie la plus facile du parcours, relativement plate jusqu’à Bourgueil. La traversée du Mans est bien mieux qu’en 2024 , on est tout le temps sur des voies vertes ou sur les berges. Sur les berges justement, sans doute la digestion, je commence à avoir du mal à garder les yeux ouverts. Au point que je finis par faire une courte sieste de 15 minutes sur un banc au bord de l’eau. 

Incroyable à quel point il suffit de quelques minutes pour se sentir bien mieux. Je redemarre en forme,  alors que le soleil pointe enfin son nez après une journée de vendredi dans la grisaille et l’humidité. Rapidement la température remonte et j’enlève la veste gore tex. 

Nous filons sur de belles allées roulantes, c’est du vrai gravel sur cette partie très agréable à rouler avec des paysages de vallées et de collines dans les champs. Un concurrent me rattrape, il envoie du lourd . Je le suis 10 km , mais je suis à 200W , ce n’est pas raisonnable , je le laisse filer. Puis les vignes artrivent à l’approche de Bourgueil. 

Je salue Richard et un autre concurrent attablés à la patisserie à Bourgueil où nous nous étions arrêtés l’année dernière. J’ai envie de viande et de frites , direction un kebab repéré sur Google Maps … que je ne trouverai jamais , décidemment ! . Je me rabats sur le Mc Do . 

Pause de 30 minutes, avant d’attaquer les 95 derniers km que je sais plus difficiles , en particulier le passage dans la forêt à Chinon où c’est technique et truffé de raidars à 30% . Mais j’ai le vélo qu’il faut ! 

Mon « AFG » se joue des raidars tous grimpés sur le vélo en 36×46 , réputation de JP oblige 😀. Je reconnais qu’il y en a un , sur des plaques de beton entre deux maisons,  qui me demandera deux tentatives sous les yeux médusés de promeneurs 😂 . 

L’objectif est d’arriver avant la nuit , et à 30 km de l’arrivée , une fois sorti de la zone difficle , j’enlève le limiteur de puissance pour laisser le moteur s’exprimer à plein régime. Les jambes vont super bien , pour la première fois , j’utilise le blocage de la fourche pour monter les côtes en puissance et en danseuse puis je dévale les descentes caillouteuses à pleine vitesse profitant de l’amortissement remarquable de ma Fox : 4 cm de débattement seulement mais on croirait avoir une fourche VTT. 

C’est presque avec regret que je vois se profiler Chatelleraut. J’ai pris tellement de plaisir à rouler sur ce parcours ! . Dans la dernière ligne droiet il me semble entendre mon mom . Richard ? Non, c’est Eric et son épouse en week-end à Chatellerault et qui sont venus m’accueillir . Trop sympa ! Merci 😍 .  

Arrivée à 20h juste à la tombée de la nuit.  Objectif moins de 36h atteint en 34h pile , 40 minutes de moins qu’en 2024 malgré les 33 km de plus. Je n’ai pas roulé plus vite mais beaucoup mieux géré les temps d’arrêts ayant beaucoup appris lors des derniers Gravelman et de la RAF . 

Un grand bravo une nouvelle fois à Jean-Christophe et son équipe , organisation vraiment parfaite et conviviale. 

Je m’inquiéte (le mot est faible )  pour Yann et Benjamin encore au CP2 au moment de mon arrivée. Il faudrait rouler toute la nuit, deux nuits de suite. Ca semble très compliqué !  Mais il vont le faire ! Rouler toute la nuit pour arriver à 7h , dans les délais de 48h maxi . Et ce malgré la casse la roue libre de Yann à 16 km de l’arrivée, roue libre qui tiendra par miracle jusqu’à l’arrivée en laissant en permanence le vélo en prise. 

Cela nous permettra de déjeuner ensembles le lendemain sur le salon de la Gravel Fever et d’assister à l’arrivée des premiers championnats de France de Gravel , remportés au sprint par Hugo Drechou devant Romain Bardet pendant que Richard est sur la route , à vélo, pour prendre un train à Tours ( il est fou cet homme ! ) 

Les 3 derniers arrivants de l’ultra 540 franchiront la ligne entre 15h et 16h , hors délais pour être classés mais l’organisation leur réserve l’emouvante surprise de les faire monter sur le podium des championnats de France devant les centaines de spectateurs réunis pour l’occasion. J’ai trouvé ce moment génial, décidemment l’état d’esprit sur la Gravel Fever est vraiment fantastique. 

2025-06-16 Race Across France 2025 1000km , 16 Juin 2025

Jusqu’à 2014 , j’ai été un pur vététiste, repoussant toute idée de rouler sur la route , le coté obscur de la Force Cycliste. Mais l’influence irrémédiable de l’ami Franck et toute sa troupe a fini par me tenter d’essayer en 2014 , d’y prendre goût et d’allonger progressivement les distances. Comme nous étions toujours à l’affût des nouveaux raids VTT avec ma bande de copains , j’avais entendu parler dès 2016 de la French Divide , l’épreuve ultra VTT de plus de 2000km qui traverse la France en diagonale. 

Une telle épreuve me faisait réver tout en me n’imaginant pas comment il était possible physiquement de réaliser un tel effort. A l’époque, ces épreuves longues distance venues, comme souvent (toujours?) , des Etats Unis se comptaient sur les doigts de la main dans le monde entier. Avec l’apparition d’une nouvelle discipline : le bikepacking.  Notre ami David Schuster se lance d’ailleurs dans l’aventure et termine 2ème en 2019 de la French Divide. Performance incroyable mais David est un extraterrestre. Son compte-rendu me donne encore plus envie tout en me faisant peur ( dormir dans des toilettes publiques , bof , bof , bof me dis-je … ) . Certes David est bien plus rapide – et jeune – que moi, mais le fait qu’il soit capable de cette performance me fait penser que ce n’est pas inaccessible, sans objectif de classement, mais en étant suffisamment rapide pour arriver largement dans les délais. 

Et petit à petit , les épreuves se multiplient , y compris sur route , avec la Race Across France qui se crée en 2018 , à l’initiative de Arnaud Manzanini , deux fois finisher de la Race Across America. 42 participants pour cette première édition , mais le nombre de concurrents va vite s’envoler , nous étions 1300 cette année ! 

Avec les copains du SLC VTT , on se lance dans le gravel et le bikepacking, avec quelques beaux voyages à vélo. Premier apprentissage de la longue distance mais avec des étapes limitées à 200km. Les épreuves se multipliant, on participe a de belles manifestations telles que la Gravel of Legend, Gravel Fever, avec des distances entre 300 et 400km. 

Je me rends compte que dans cette discipline, le célèbre dicton « rien ne sert de courir il faut partir à point » est plus vrai que jamais  : les plus rapides au départ ne sont pas forcément les premiers à l’arrivée. L’important est de garder un rythme régulier. Sur une Gravel of Legend que je fais en solo, je me fais doubler au bout de 20 km par 5 jeunes qui me tapent sur l’épaule ‘courage Papy’. Ils passent trop vite pour que je puisse les étrangler. Mais quel bonheur dix heures plus tard de les rattraper dans une côte et de leur dire « courage les jeunes » 😀 . 

Du gravel , je passe à la route en réalisant plusieurs Gravelman ( en version route ) , en solo où avec les copains. Jusqu’à 500km , je sais maintenant comment faire. Depuis sa création, l’objectif de participer à la Race Across France en version 1000km me trottre dans la tête mais plus que la distance , le denivelé autour de 20.000m me semble effrayant, incroybale, surhumain . Comment peut-on avaler une telle dose de D+ sans repos ? 

Evénement décisif , fin 2024 , après 35 ans de carrière je décide de quitter PSA devenu Stellantis mais qui ne ressemble plus du tout à l’entreprise que j’ai connu suite à la fusion avec FCA. Cela me laisse plus de temps pour m’entraîner. C’est l’année ou jamais pour réaliser un rêve et boucler la Race Across France. En plus l’année de mes 60 ans. On ne vit qu’une fois ! Je m’inscris donc rapidement à l’ouverture des inscriptions, il ne faut pas tarder, les places s’envolent en quelques jours à peine. 

Le parcours 2025 relie Clermont Ferrand à Mandelieu , via les Alpes , avec 18000 m de D+ 

Pour m’entraîner au D+,  je participe à deux épreuves Gravelman à fort dénivelé : en solo au Maroc avec 5000km/7500 D+ et au Beaujolais avec 500km/8800 D+ en compagnie cette fois de Nicolas et Eric. Les deux épreuves se passent très bien , terminées sans difficulté majeure et dans de bon temps de parcours. Les feux sont au vert pour la RAF ( Race Across France ) . 

Je me doute que 1000km/18.000D+ sont un autre monde comparé aux 500km. En particulier parce-qu’ayant une bonne résistance au sommeil je n’ai pas besoin de dormir sur 500km mais il sera impossible d’en faire de même sur 1000km ce qui implique une toute autre gestion. 

L’organisation de la RAF étant attentive à la sécurité , il est d’ailleurs obligatoire de se reposer 4heures toutes les 36h sous peine de disqualification. Le suivi de la course via la balise GPS utilise d’ailleurs un code couleur pour chaque concurrent ( vert : dans les clous, rouge : pas assez de repos ) 

Ludo , compagnon de multiples aventures depuis plus de 20 ans est partant, tout comme Nicolas. Chacun se prépare du mieux possible , en fonction de ses contraintes. Nicolas participera notamment au gravelman Beaujolais comme mentionné plus haut, où il souffira d’un départ trop rapide, le piège de toutes ces épreuves où l’enthousiasme du départ est souvent un mauvais conseiller. 

On se documente tous sur les bonnes pratiques, cherchant les meilleurs conseils. Les avis sont unanimes , il faut rouler entre 50 et 70% de la FTP maximum , sans jamais se mettre dans le rouge sous peine de ne pas tenir la distance.   

Je roule autour des 50% au Maroc et au Beaujolais, ca passe facile, donc je decide de viser plutôt les 60% pour la RAF. 

Les épreuves de préparation ont permis de bien valider la configuration du vélo , avec le plus lourd dont l’eau dans une sacoche centrale full frame, une sacoche top tube. Et pour la RAF , je suis obligé de rajouter une sacoche de selle, l’équipement obligatoire étant plus conséquent en particulier pour le bivouac. 

Même si ce n’est pas indispensable, pour ma tranquilité d’esprit je décide de monter une roue avant dynamo légère avec le nouveau moyeu DT Swiss SP. Un des enseignements de mon expérience ces 4 dernières années c’est que moins on a de choses à gérer mieux c’est. Une telle épreuve est très consommatrice en energie mentale. 

Je fais aussi l’acquisition du GPS Coros Dura , que j’adore : autonomie quasi illimitée avec la recharge solaire, pas de besoin non plus de penser à le recharger pour 1000km , fonctionnement simple et efficace ( bon, il faudra en reparler avec Julian 😀 ) 

Quelques visios de préparation avec Ludo et Nico , je perfectionne mon logiciel de prédiction de plan de marche avec l’aide de ChatGPT pour essayer d’organiser notre parcours et nos périodes de repos. Bien que je sache que c’est déconseillé ( car cela ajoute une pression pour atteindre un lieu donné ) , on réserve 3 gites : premier dodo , 2ème dodo et arrivée ( on y reviendra … ) . Vous l’avez vu plus haut , le bivouac dans les toilettes publiques , ça ne me fait par rêver outre mesure 😀

Je décide de prendre mon Origine Graax, vélo de gravel à la base mais très léger et extrémement efficace sur route et la position est la plus confortable, notamment en descente avec le guidon gravel au drop réduit. Révision compléte du vélo , je change tout : transmission y compris le dérailleur, plaquettes, freins purgés, roues neuves montées moi-meme avec moyeu avant dynamo.

Les tests de la dynamo sont très positifs : je recharge à 100% un powerbank 10.000mah en 10h de roulage. Plus que suffisant pour être totalement autonome en énergie. Je rechargerai même une fois la powerbank de Ludo qui n’avait pas chargé la nuit. Ca charge tellement que ma powerbank principale finira par en souffrir ( point à creuser ) : HS à Jausiers , heureusement j’en avais pris une petite de secours finalement largement suffisante. 

Dimanche 15 en début d’après-midi, départ avec le vélo et le sac à dos pour rejoindre Clermont en train. Taoufik, notre logeur à Clermont a gentîment accepté de décaler à 13h l’horaire pour rendre l’appartement ce qui nous sera bien utile pour dormir le plus longtemps possible. 

Le point délicat avec la RAF comparé à d’autres épreuves , c’est que le départ est à partir de 21h . Je n’en connais pas la raison. Les départs sont individuels, toutes les 30s. Dossard 1082 je partirai à 21h39, alors de Ludo et Nicolas qui ont le 1201 et 1207 partiront autour de 22h40 . Le départ le soir complique la gestion du sommeil car on part avec déjà une petite dette contrairement à un départ le matin. Si certains arrivent à faire une sieste sur la base de départ, impossible pour moi avec l’excitation du départ de la plus grande épreuve de ma vie sportive ! 

Après un brunch en fin de matinée, on rejoint la base de départ en début d’après-midi . On y laissera nos affaires qui seront transportées à l’arrivée , et nous avons le droit à un « drop bag » que l’organisation dépose dans la base vie à mi-parcours permettant de ne pas transporter de vétements de rechange et de refaire les réserves de produits energétiques à mi-parcours. 

Check complet des vélos et de tout l’équipement obligatoire , dans mon cas par Arnaud Manzanini himself.

Suivi d’une petite interview sur les escaliers de la base pendant que Ludo et Nico sont partis à pied à la recherche d’une flasque souple. 

Une pasta party est également prévue avant le départ.

19h : grand briefing de l’organisation pour nous passer toutes les consignes et … il ne reste plus qu’à attendre le départ. 

Au passage , Ludo et moi , abonnés SFR sommes dans un black out total , panne nationale de réseau , aucun signal. 

Dans le parc à vélos , un concurrent fait tomber mon vélo par mégarde, sans dommage apparent, je n’y prête pas vraiment attention mon esprit est désormais focalisé sur le parcours. 

Sauf qu’en regardant ma lampe avant, je vois que l’elastique de fixation à lâché ! Merde ! Je recherche l’elastique de rechange mais dans l’excitation je ne sais plus où je l’ai rangé et il y a plein de poches partout dans mes sacoches. J’assure le coup en utilisant deux colliers rilsan de ma trousse de dépannage. 

21h35, je discute avec Alexia , dossard 1081 juste devant moi 

J’allume ma caméra embarquée pour filmer le départ : rien ne se passe , elle s’est allumée toute seule dans la chute, batterie déchargée 😰 . Heureusement Ludo est là pour me filmer avec son téléphone ! 

21h39 : top départ ! 

22h, j’allume la lampe avant et … rien ! Ca commence mal ! Je checke le cable, la batterie, en fait ça a bien valsé dans la sacoche avec la chute du vélo. Finalement c’est le cable de liaison de la lampe qui s’est défait, elle s’allume, sauvé .

22h10 : un des colliers rilsan mal fixé lâche, nouvel arrêt pour en remettre un autre. Ca me perturbe tous ces incidents techniques liés à la chute, je n’arrive pas à me mettre dans le rythme de la course du coup.

22h20: indexation des vitesses déréglée aussi , nouvel arrêt pour régler à nouveau le dérailleur en priant que je puisse enfin penser juste à rouler. 

22h30: il fait maintenant nuit noire, tout fonctionne à nouveau correctement sur le vélo , petit à petit je rentre dans ma course . 4km de retard sur mon plan de marche du fait des petits soucis techniques, anectodique à l’echelle de la course mais bon, ça ne commence pas comme prévu.

Ludo et Nico étant 1heure derrière. j’adopte un rythme tranquille, l’idée est de se rejoindre au petit matin.

La grosse chaleur de la journée fait place à une vraie fraîcheur, bien plus que prévu, d’autant qu’on prend rapidement de l’altitude avec un premier col à plus de 1000m qui débute à peine 25km après le départ. Une pensée pour Nico qui voulait laisser tomber tous les vétements chauds, heureusement qu’il ne l’a pas fait. Nouvel arrêt , j’avais oublié de mettre jambières et manchettes sur moi au départ , je m’arrête pour m’équiper en haut du col et j’ajoute le gilet themique pour la descente. 

Au gré des arrêts des uns et des autres , je vois souvent les mêmes têtes autour de moi . Un oeil au classement , je suis inquiet de voir que suis au délà de la 200ème place ( sur 382 ) . Depuis le départ , je roule sans forcer mais quand même à une bonne puissance , supérieure à ce que j’ai fait sur les épreuves précédentes. Le niveau semble donc très élévé sur cette course, pas forcément étonnant c’est une des plus connues au monde et la participation est internationale. 

Comme il y a beaucoup de néophytes ( sondage au briefing ) , je soupconne quand même que beaucoup vont avoir des surprises sur la suite, on verra bien. 

Alerte rouge : une douleur très inhabituelle au genou droit est en train d’apparaître , ca ressemble à un début de tendinite. Comment est-ce possible ? Cela ne m’est jamais arrivé depuis que je fais du vélo !. Ce genre de douleur vient d’un problème de position. Et si ma selle avait bougé dans la fameuse chute du vélo au départ ? Je m’arrête et je me rends compte que la selle a pivoté en arrière , l’angle n’est plus bon , elle a aussi reculé. Heureusement, le chariot est gradué, je peux donc la remettre précisement en bonne position. Je repars avec le stress que cela s’aggrave. J’ai en tête de nombreux récits de concurrents ultra ayant abandonné pou ce type de problème. 

4h du matin, le réservoir centrale de la sacoche est presque vide, je m’arrête sur la place d’un village où de nombreux concurrents sont en train de remplir leurs gourdes. 

J’en profite aussi pour manger le sandwich acheté avant le départ, je sens que l’energie commence à diminuer. Cet arrêt un peu plus long me permet d’entendre deux voix connuees : Ludo & Nico arrivent, ils ont bien gazé depuis le départ ! Voilà la fine équipe réunie. 

Nous repartons de concert, direction le Mont Gerbier de Jonc source de la Loire , culminant à 1600m. La montée se fait par paliers et est longue , presque 30 km . Avant ce col , on a une période de transition avec un terrain plutôt roulant, nous sommes a peu près sur le plan de marche prévu , tout va bien, déjà 140km de parcourus, on remonte dans le classement. 

Dès 5h , la nuit commence à s’effacer avec les premières lueurs de l’aube et c’est sous un grand soleil et ciel bleu que nous attaquons la montée du Mont Gerbier de Jonc. Nous roulons de concert avec Ludo , à la puissance cible que nous nous sommes fixés ( 60 à 70% FTP soit entre 170 et 180W en montée ) . Nicolas est juste derrière nous. Je le vois soudain nous dépasser , du coup , je monte un peu les W pour qu’on reste ensembles mais il appuie trop fort, je me dis qu’il doit vouloir prendre une photo . Bon, l’histoire revelera par la suite que j’ai confondu Nicolas et un autre concurrent et du coup en accelérant on l’a un peu distancé ! 😰

La montée est très irrégulière, ca varie entre 2 et 10% . A l’approche du sommet , la chaleur augmente et j’ai un gros coup de fatigue. Mes yeux papillottent ( rappel : on est levé depuis plus de 20h consécutives déjà ) . Je laisse partir Ludo, et je fais une pause à l’ombre juste avant le sommet . Petite sieste de 10min, je finis le sandwich, mange un gel , je bois bien . Ca va tout de suite beaucoup mieux en repartant. 

Nous voilà dans une descente magnifique et fluide : large , revetement parfait, ça file pendant 50km , avec evidemment quelques raidars au milieu sinon ça ne serait pas drôle. 

Nous voilà donc désormais en Ardèche que l’on va traverser rapidement avec ce profil descendant. Dans la descente, je dois m’employer pour suivre une jeune concurrente en jaune qui a un sens incroyable des trajectoires. Il me faut relancer en pédalant pour la suivre alors qu’elle ne donne pas le moindre coup de pédale ! 

Dans ma tête , Nico est loin devant et Ludo doit être à quelques kilomètres . Mon but est Alba la Romaine , où j’ai repéré à l’avance epicerie et boulagerie pour un stop alimentation. Jusque là , nous avons roulé sur des petites routes desertes sans rencontrer le moindre commerce.

Je rejoins Alba la Romaine , km 258 vers 10h30. Nous voilà dans le Sud 😀 comme les cigales me le confirment. 

Pas trop de réseau sur place , mais j’ai reçu juste avant un message de Ludo qui m’attendait dans un bar ( pas vu le bar ni Ludo 😰 ) et surtout Nico nous dit qu’il est 20km … derrière. C’est là que je comprends que ce n’était pas lui qui était passé devant dans la montér . Mince , on est bien dispersés dans la nature. 

Je mange devant une épicerie qui a des tables et de l’ombre , en compagnie d’un autre concurrent. Il était dans le groupe de tête mais a du ralentir à cause d’une sciatique . Je descends trois bouteilles de San Pelligrino de 50cl, la chaleur est bien monté accompagnée du champ des cigales . J’ai acheté de quoi me faire de beaux sandwichs , des fruits et des yaourts. 

Ludo est arrêté dans un autre village , nous repartons chacun de notre coté et on se donne rendez-vous dans l’après-midi à Vaison la Romaine. 

Ce passage dans l’Ardèche puis la Drome est plus facile , il y a moins de denivelé et un vent favorable. J’avance bien, avec des paysages magnifiques le long du Rhône 

L’arrivée dans la Drôme correspond aussi à l’arrivée de champs de lavande en fleurs. Aussi agréable pour les yeux que le nez. 

Il commence par contre à faire beaucoup plus chaud , et la route se transforme en montagnes russes au fur et à mesure que l’on progresse vers Vaison la Romaine. 

Ludo qui n’était pas loin met le turbo pour me rejoindre avant Vaison ce qu’il réussit à faire dans la descente de la dernière bosse difficile avant le but. Bosse que j’ai eu les plus grandes peines à monter : raide , en plein soleil , un enfer ! Je m’arrête à chaque fontaine pour me mouiller ainsi que la casquette que je porte sous le casque pour me protéger du soleil. Je sens mes forces décliner rapidement à ce moment . Cela m’inquiète , car l’objectif du jour est de passer la Montagne de Lure , une des difficultés majeure du parcours , soeur jumelle du Ventoux. A cet instant précis je me sens incapable d’une telle ascension mais je sais que les forces peuvent revenir vite avec une bonne pause et en mangeant un vrai repas. 

J’aurai d’ailleurs la même sensation tous les jours en fin d’après-midi , un effet clair de la chaleur sous laquelle nous avons réalisé le parcours. 

J’ai toujours – un peu – mal au genou . Ca tire, mais seulement au dela de 190W ce qui à ce stade n’est pas trop genant et mystérieusement si je me mets en danseuse, je ne sens plus rien. J’utilise donc la danseuse dès qu’il faut mettre de la puissance. 

Arrivée à Vaison la Romaine, km 330 . On s’arrête dans une créperie où la patronne adorable me sert deux énormes crêpes, agrémentées de coca, de San Pellegrino et de bouteilles d’eau pour remplir le réservoir de la sacoche centrale . Il fait 3l , je le remplis en fonction de la présence des points d’eau sur le parcours , en essayant de ne pas trop alourdir le vélo , donc ça varie entre 1.5l et 3l . La consommation est astronomique, du jamais vu pour moi . De l’ordre de 4l aux 100 km . Et oui , le moteur à eau existe ! 

On prend le temps d’attendre Nico qui nous rejoint vers 17h. Nous en profitons aussi pour acheter notre repas du soir que l’on transportera sur le vélo pour le manger avant la Montagne de Lure. Je vais aussi à la pharmacie acheter une pommade anti-inflammatoire pour le genou. 

Nico nous propose de repartir sans lui , il a besoin d’un temps de pause supplémentaire et nous rejoindra au gîte.

Après presque 2h de stop , ça va beaucoup mieux , les jambes ont retrouvé 100% de leurs capacités , la Montagne de Lure n’a qu »à bien se tenir. Le corps humain a des ressources incroyables, c’est une des leçons que j’ai apprises ces dernières années sur les épreuves longues : on peut être mort , au bout de sa sa vie mais ça ne veut pas dire qu’on ne sera pas à nouveau en super forme si on prend le temps de manger et de se reposer. 

Nous voila dans les Barronies, on a le Mont Ventoux en vue mais c’est sa soeur jumelle qui est au programme. Malgré tout, les 80km pour rejoindre le pied de l’ascension sont difficiles, avec trois cols de 6 à 10km, dont le col de Macuegne qui se révèle bien plus difficile qu’annoncé, les données de profil étant fausses sur nos GPS ( 150m de D+ par rapport à ce qui est annoncé y compris sur OpenRunner ) 

Nous passons Montbrun à l’heure où les terrasses sont pleines, de nombreux concurrents ont choisi d’y dormir mais nous continuons. 

Arrêt diner à Saint Vincent sur Jabron prêt d’une fontaine où nous dévorons nos sandwichs. 

La pommade semble faire de l’effet, la douleur au genou a diminué. Je tartitne le genou toutes les 4h. 

Nous repartons vers 23h, direction Saint Etienne des Orgues , où nous avons réservé un gîte pour trois. J’estime la montée de la Montagne de Lure à 3h , ça nous fait arriver autour de 3h du matin si tout se passe bien. Très tardif , mais ca permettra malgré tout une nuit confortable de 4/5h conforme à nos objectifs de sommeil pour une telle épreuve. Par contre, il est evident que c’est mort pour le gîte N°2 à Barcelonnette, nous ne pourrons pas y arriver afin la fin de matinée, il faudra donc prévoir un bivouac pour la seconde nuit. 

Nous voilà dans la montée avec Ludo. 26km d’ascension au programme, mais la pente reste raisonnable avec une moyenne à 6%. Sommet à 1800m, avec un paysage ressemblant au Ventoux dont cette montagne est la soeur jumelle. 

Les jambes tournent bien, on est sur notre rythme cible et on monte tranquillement en bavardant avec Ludo. La pente est malgré tout plutôt irrégulière et se cabre parfois à 10%. Après presque 40h sans dormir ( réveil à 9h le lundi ) , ces passages raides commencent à être compliqués. Tous les km, une borne nous donne la distance au sommet et l’altitude. A la longue ça devient un peu décourageant car on progresse doucement sans voir grand chose à cause de la nuit. Aux 3/4 de la montée, dans une partie raide où on avance à 6km/h, mes yeux se ferment tout seuls et je me retrouve dans le bas coté , heureusement coté montagne. Pas de chute, je vois des lapins blancs gambader , clairement il faut faire une mini pause. Je note un progrès, d’habitude quand j’ai des hallucinations je vois des Tyrannosaures. Le lapin c’est moins angoissant 😀 . J’applique les conseils reçus sur le sommeil et ferme les yeux 2 minutes pour rebooter le cerveau. Puis j’avale un gel à la cafeine. Il faut vite finir cette montée. Ludo est parti devant. 

Dur, dur de redemarrer, j’apprécie le développement mini du Graax ( 31 devant / 36 derrière ) et je mouline. Tr§s rapidement, les forces reviennent. J’ai ai marre de cette montée interminable, de nuit, on ne voit rien à part les arbres sur le coté, le paysage n’aide donc pas à se motiver. Je veux en finir le plus vite possible , je rêve de m’allonger dans un bon lit au gîte ! Du coup de passe de 31×36 à 48×32.

Je me mets à pousser en force force sur les pédales, passant de 160/170W à 230/250W . Je reviens sur Ludo qui m’attendait et je vais du coup le distancer un peu , pas grave j’attendrai en haut mais je suis obsédé par l’idée d’en finir avec cette ascension. 

On arrive en haut à plus de 2h du matin, comme prévu. En attendant Ludo, je mets les couches de vétements additionnelles pour la descente qui s’annonce longue. Il fait frais. Des concurrents ont choisi de bivouaquer ici, mauvaise idée , ils vont finir gelé à moins d’avoir un équipement conséquent ! 

Ludo arrive quelques minutes plus tard , et nous nous lançons dans la descente. Pas de marquages au sol, je met ma Klamp à fond , tout comme la frontale, mais il y a de l’humiidité , et une sorte de brume blanche. La route est mauvaise, la visibilité limitée, la descente est un calvaire car on est sur les freins et ça finit par faire mal aux mains. 

Après un temps qui nous semble interminable , on arrive enfin à proximité de Saint Etienne. J’ai utilisé l’appli de mon GPS Coros pour calculter l’itinéraire jusqu’au gîte. Mais le GPS nous fait passer au plus court par un chemin caillouteux au lieu de la route. Chemin quasi inroulable avec nos pneus route, je m’étale en plein milieu en ripant sur un gros cailloux rond. Je me maudis de ne pas avoir tout simplement suivi le parcours pour chercher ensuite la bonne rue en ville. 

On perd 15 bonnes minutes dans ce raccourci impraticable mais on finit bien par tomber pile pol sur la maison réservée. Le gîte est top , climatisé, et il y a même des paquetes de pâtes . On prend le temps de se faire un dîner pour être en forme le lendemain. Couchés à 5h , nous sommes remontés à la 74ème position , et je suis premier dans ma catégorie d’âge ( 60-64 ) . 

Nico nous a envoyé un message pour dire qu’il dormait dans un champ au pied de la Montagne. Tant pis pour le classement , on decide de dormir jusqu’à 9h30 puis on se prend un bon petit déjeuner dans une boulangerie tenue par une très charmante jeune femme. 

La place du village est remplie de Raffeurs, Nico nous rejoint et nous repartons vers 11h après un petit-dej / déjeuner combiné et un sandwich attaché à la sacoche.

Nous sommes à nouveau réunis. La descente se poursuit sur quelques kms, suivie d’un parcours vallonné dans les champs de lavandes. Le paysage est magnifique, mais il fait encore plus chaud que la veille. Nous reperdons Nico à une pharmacie où il fait un stop pour cause de douleurs au fessier, le grand classique sur ce type de distance. 

Pas de bobo à ce niveau de mon côté et le genou tire de moins en moins, la pommade fait son effet, j’ai heureusement pris le problème à temps et la remise en place de la selle semble régler le sujet. 

Mon objectif pour cette journée est de passer le Col des Champs , premier col du redoutable tryptique qui nous attend : Col de Champs ( 2000m ) , Col de la Cayolle ( 2400 ) , Col de la Bonnette ( 2800 ) . L’idée étant d’éviter d’enchaîner les trois le même jour pour mieux lisser l’effort. La première base vie nous attend à Dignes , km 571 sachant que Saint Etienne des Orgues est au km 440. 130 km pour rejoindre donc cette première base vie où un « drop bag » a été déposé par l’organisation et permettrea de se doucher/changer et refaire les réserves de produits énergétiques sur le vélo. 

Notre ami Pascal Bride dit « Bridou » , le célèbre traceur des RAF , nous a prévu quelques surprises sur cette partie du parcours : pas de cols compliqués dans cette zone même si on y trouve des montées xde 10km. Par contre , on enchaîne deux murs à 20% bien costauds avec les vélos chargés. Nous mettons un point d’honneur à les passer sur le vélo avec Ludo, en tant que ex-vététistes, les pentes raides restent notre spécialité. Heureusement il y a de l’ombre ! 

On croise souvent les mêmes têtes aux arrêts point d’eau. Dans le coin il y a pas mal de fontaines avec un panneau « eau non controllée » qui m’agace. Autant être clair et écrire « potable » ou « non potable » . Heureusement, les bars sont nombreux , se repérent facilement avec tous les vélos à sacoches devant.

Que c’est bon, une bonne bouteille d’eau gazeuse bien fraîche 😀. 

Arrêt à chaque fontaine pour se mouiller et mouiller la casquette afin d’éviter le coup de chaud. 

Après un dernier petit col très joli monté au chant des cigales, nous voici à Dignes km 575. 

Au vu de la qualité de la base vie de départ , digne de la course internationale qu’est la RAF , je suis surpris du coté approximatif de la base vie de Dignes à l’intérieur d’un stade. Refectoire et dortoir sous tente avec 50 mouches au cm2 , toilettes inutilisables, nourriture vraiment basique. Heureusement, il y a des pastèques sorties d’un camion refrigérant que je dévore et du coca/eau gazeuse bien fraîche. Mais impossible de manger le riz collant par cette chaleur. Je me contente de jambon et pain de mie, quelques bananes. On prends une douche dans les vestiaires du stade, on se change. Je comptais faire une sieste mais il n’y a pas d’endroit confortable pour dormir. Bref, déçu sur le coup. 

Nico arrive 2h plus tard , juste au moment où nous sommes prets à repartir. Réserves refaites sur le vélo , petit réglage du dérailleur arrière, ready pour attaque le plat de résistance avec le fameux tryptique des grands cols. 

Les 2h de pause et le repas ont restauré le bon fonctionnement des jambes. Heureusement parce-qu’on attaque un col de 10km dès la sortie de Dignes. Joli col champêtre que l’on attaque en compagnie d’un autre concurrent : Julian. Julian a aussi un GPS Coros, on discute GPS , bugs et techniques de développement ( Julian est developpeur logiciel ) . C’est agréable de discuter à trois et ça nous fait un peu oublier que ça monte. 

Arrivée au sommet à la tombée de la nuit. 

Nous avons reçu un SMS du PC sécurité de l’organisation ( top ce PC sécurité ) pour nous prevenir que la descente est dangereuse. Rien de bien méchant en fait, mais des passages bosselés où il faut éviter d’arriver trop vite. 

En bas de la descente, Julian décide de s’arrêter pour dormir. On continue avec Ludo , l’objectif c’est toujours le Col des Champs 70km plus loin. 

Partie à nouveau vallonnée avec de petits cols de 6/10km. On arrive dans le Mercantour, c’est le pays des loups et des patous qui courrent à nos cotés ( les patous hein pas les loups  😀 ! ) . Heureusement les patous sont derrière des clôtures mais vu la taille des bestioles je prie à chaque fois pour que la clôture soit bien continue. Toute la montagne résonne des nombreux aboiements/hurlements de chiens gardant leur troupeaux. 

Au détour d’un virage , on croise … un raton laveur . Premier que je vois de toute ma vie ! 

A notre connaissance , il n’y en a pas en France , on se dit avec Ludo que ça doit être autre chose. Après vérification au retour , et bien si, il y a maintenant des ratons laveur dans la nature en Europe. Certainement des émigrants pour échapper à Donald Trump 😂. 

L’heure avance, Ludo exprime des doutes sur notre capacité à rejoindre le Col des Champs dans un horaire compatible avec un bivouac réparateur. D’autant qu’il n’a pas de masque pour dormir, il faut donc laisser assez de temps avant le lever du jour qui commence dès 5h du matin. Comme je suis du genre tenace et que je me sens super bien à ce moment, j’argumente et on a du mal à se mettre d’accord. 

Bon, en attendant on continue. 

Après une nième montée, on approche de Saint Andre des Alpes. Je jette un oeil à l’heure, et il faut se rendre à l’évidence : Ludo a totalement raison , il faut rester raisonnable qui veut aller loin ménage sa monture. 

On prend donc la bifurcation vers Saint André où nous trouvons de l’eau et une belle zone de bivouac sur la place principale. 

Premier bivouac en Bivy pour nous. L’équipement soigneusement selectionné s’avère très confortable. Moi qui suis ultra sensible du dos , aucune douleur au réveil après 3h de sommeil réparateur. 

Il y a un bar et une patisserie, la patisserie vend les meilleurs viennoiseries que j’ai eu l’occasion de manger . Une tuerie ! Avec un double expresso / jus d’orange au bar , la journée débute très bien 😀 . Très joli coin d’ailleurs Saint André des Alpes , il faudra y retourner. 

On reprend le parcours, avec la fin de la descente puis un passage dans une belle vallée pour rejoindre le Col des Champs en début de matinée. Une voiture vient à notre hauteur pour nous encourager, beaucoup de gens semblent connaître la RAF et sa difficulé. Sympa, ça fait plaisir ! 

On dépasse un concurrent monté sur un Lapierre Vintage à fourche acier en arrivant au pied du col. Petite erreur de parcours , on loupe un virage que l’autre concurrent n’oublie pas de prendre. Il oublie par contre de nous faire signe le rascal. Les GPS bipent, on revient rapidement sur le bon parcours et Ludo le remercie ne ne pas nous avoir prévenu. Bon, 99% des concurrents sur ultra sympas , ce type d’épreuve est une oasis un bienveillance dans un monde de brute. Mais il y a toujours une exception . 

On le repasse, puis un concurrent rapide nous double. Notre fameux ami lui emboite le pas, ils montent à 200W. On pourrait suivre mais on le paierait surement plus tard, donc on reste dans nos objectifs de puissance. Ce col est magnifique : champètre, plein de fleurs, vraiment très agréable et la vue devient superbe au fur et à mesure qu’on monte. 

Ludo a un petit temps plus faible, je prends un peu d’avance et …. je reviens au 3/4 de la montée sur Annis , le fameux adversaire. Notre technique de montée au capteur de puissance fait donc ses preuves, j’étais à peu près sur qu’il ne tiendrait pas le rythme. Son vélo fait un bruit d’enfer, il m’explique que son moyeu arrière est HS depuis la veille. Comme je ne suis pas rancunier, on discute . Pas si antipathique que ça Annis en fait , il est surtout fatigué . On se prend en photo mutuellement au sommet , vite rejoint par Ludo.  De nombreux concurrents font une petite pause ici pour contempler les beaux paysages. Des chemins de gravel passent en contre bas et nous sommes nombreux à se dire que cette montée doit être sympa aussi en gravel. 

Belle descente fluide et rapide où Ludo prend de l’avance. Je le rejoins en bas où il en profite pour enlever les couches superflues pour attaquer un gros plat de resistance : le Col de la Cayolle. Le plus dur en pourcentage moyen dans le tryptique Col des Champs/Cayolle/Bonnette. 

La montée commence quasi immédiatement , d’abord en pente douce ( 3/4% ) sur les premiers km jusqu’à rejoindre le « vrai » pied de la montée. 

Ludo s’arrête dans un village au pied du col sur une terrasse, pendant que je décide de continuer, je me sens bien et je suis un peu obsédé à l’idée de boucler les trois cols dans la journée afin d’avoir une dernière journée plus « soft » en terme de dénivelé . 

Il est costaud ce col de la Cayolle . Pourcentage moyen à plus de 7% , mais compte-tenu de la première partie en pente douce , c’est plutôt du 8/9% constant sur les 17 derniers kms. Le tout par 35° à l’ombre, c’est du lourd et ça fatigue bien. En surchauffe, je fais une pause à l’ombre près d’un torrent où je mets la tête sous la cascade trempant bien aussi le maillot la casquette. Ca fait un bien fou. 

Je me fais doubler par quelques concurrents qui montent plus vite, mais s’arrêtent tous les 2 km. Je les verrai repasser 10 fois et on rejoint finalement le sommet en même temps. Comme quoi il y a plein de techniques différentes. Moi c’est plutôt la version diesel 😀 . Pendant la montée, un concurrent me dit  » il y a un bar à 2km » . Je visualise déjà le Perrier frais. Pas de bol il est fermé le bar , mais il y a une fontaine sur le parking avec de l’eau bien fraîche qui fait le job. 

Un concurrent qui est là depuis 1/4h avec le pied sous l’eau pour le faire dégonfler m’aide à remplir le réservoir du vélo ainsi que ma flasque souple fixée sur le gilet . 

Après un long effort, voilà enfin de le sommet. Avec la chaleur , j’ai laissé beaucoup de forces dans cette montée. Je fais une bonne pause pour être en forme pour la descente qui s’annonce longue. 

La descente se fait dans la vallée de l’Ubbaye . Paysages MA-GNI-FIQUES ! 


La première partie est assez étroite et technique , je descends avec un groupe de touristes équipés de vélos electriques. La fin de la descente est plus large et rapide. 

Il fait toujours aussi chaud, et même de plus en plus. La descente nous mène à Barcelonnette puis Jausiers 7km plus loin où se situe la seconde base vie au pied de la Bonnette. 

Lors du briefing de départ, l’organisation nous a prévenu que la base vie de Jausiers n’était pas « une vraie base vie » . C’est juste un ravito en gros nous ont-ils expliqué, pas de dortoir , sanitaires etc …. 

Echaudé par la base de Dignes, je m’attends donc au pire visualisant une table avec des abricots secs au bord du chemin. Je décide de m’arrêter dans un resto à Barcelonnette pour assurer un bon repas reconstituant. Nous sommes nombreux à avoir eu la même idée, il y a plein de raffeurs déjà attablés. 

Il est 15h30 , il ne reste plus grand chose mais le patron me propose un panini. Pendant qu’il le préparer , je déguste un Perrier frais sur la terrasse et je vois Ludo arriver pour me rejoindre. 

Comme toujours cette pause fait beaucoup de bien , nous repartons pour quelques minutes direction Jausiers sur un profil globalement descendant. 

Arrivée à la base vie qui se révéle …. top . Dans un beau batiment climatisé, avec des sanitaires propres , une dame bénévole ultra sympa et efficace qui nous prépare des sandwichs frais et tout ce qu’il faut pour se restaurer.  Je fais encore un sort aux pastèques et aux bananes . La dame me prépare des sandwichs coupés et emballés pour le diner. Cool ! Julian nous a rejoint et on mange ensembles. 

J’en profite pour vérifier la charge de ma powerbank pour la nuit. La dynamo charge la powerbank qui elle alimente en USB ma lampe avant ( Klamp EXR 1100 ). Gros intérêt du montage : à moyenne puissance d’éclairage suffisante dans 99% des cas , la dynamo charge plus que la lampe consomme , donc autonomie d’éclairage infinie. 

Sauf que : malgré le régulateur de la dynamo ( Igaro D2 , le top du top il parait ) , la vitesse de la descente semble avoir généré un courant de charge trop elevé pour la powerbank ! . Elle est HS est ne débite plus de courant, le temoin de charge indique 100% mais clignote bizarrement.  Merde ! Plus d’éclairage. Enfin pas vraiment ; j’ai bien sûr ma frontale Stoots, et j’ai une petite powerbank de secours que je m’empresse de charger et brancher sur la dynamo en priant pour que ça tienne. 

Ludo va en ville à la recherche de boules Qies, je tente de trouver une powerbank pour assurer mais rien de dispo , trop petit village. 

La news du jour c’est que des orages sont annoncés dans le coin. Avec beaucoup d’infos contradictoires. Pas d’alerte du PC sécurité et les bénévoles nous disent que ça passe ce soir sur la Bonnette, juste un risque d’orage sec. Ludo a envie de se reposer et moi j’ai envie de passer la Bonnette avec toujours cet obnectif d’une dernière journée sans grand col. 

Pour être transparent mais je ne rentrerai pas les détails , j’ai aussi reçu des mauvaises nouvelles personnelles par SMS. Ca tourne dans ma tête depuis des heures et j’ai envie d’arriver au plus vite. 

Ludo reste donc pour dormir, pendant que je prends la route pour monter ce col impressionnant qui culmine à 2802m , plus haute route d’Europe. 

Dès le début de la montée, je vois les nuages noirs et j’entends des coups de tonnerre lointains. Julian passe, il commence à pleuvoir. On s’arrête pour mettre les vétements de pluie , le soleil revient 😀 . Vu la chaleur, nouvel arrêt pour tout enlever. 

Julian est plus en forme que moi et me distance petit à petit. L’orage, le moral en berne combinés vont faire de cette montée un des pires calvaires de ma vie. Des larmes coulent, je suis fatigué , vidé d’un coup. Mais je continue de pédaler au prix d’un effort mental surhumain. Je suis seul dans cette montagne impresionnante et minérale, avec le soleil qui se couche petit à petit. J’ai l’impression d’être sur une planète inconnue. Sensations étranges dont je me souviendrai toute ma vie. La pente est parfois plus dure, mes jambes tirent , c’est dur. Mais l’espoir est de l’autre coté de la montagne , je dois y arriver, je vais chercher tout au fond de moi des ressources inconnues pour avancer. C’est une expérience personnelle particulière, je repense aux 6 derniers mois , à ce départ de Stellantis si frustrant même si réalisé dans de bonnes conditions, à ces mauvaises nouvelles que j’ai peine à croire . Je dois rejoindre ce sommet pour basculer dans la descente et démarrer une nouvelle phase , non seulement de la course mais de ma vie d’homme. Tempête dans une tête pendant que l’orage gronde. 

Je suis poursuivi par un nuage de mouches , elles sont des centaines, c’est un enfer. Je garde la tête baissée pour ne pas les avaler tout en tentant de les chasser de la main mais elles reviennent. Heureusement, avec la nuit qui tombe, la convection est terminée et les nuages se dissolvent. L’atmosphère lourde redevient normale et les mouches disparaissent enfin. 

Je dépasse une concurrente qui tourne les jambes très doucement sur un developpement manifestement trop gros. Je l’encourage et cette petite rencontre chasse un peu les idées noires. Les jambes reviennent un peu aidées par un gel, je tombe quelques dents et accélère en danseuse. Même methode que pour la Montagne de Lure, j’ai désormais envie d’arriver le plus vite possible et je passe de 150 à 200W gagnant plusieurs km/h. 

Je rejoins Julian et un autre concurrent au sommet , non sans avoir failli tomber à cause de cailloux eboulés . Julian m’informe que le PC securité nous a appelé , la descente est fermée , l’orage est tombé de ce coté et il y a de la neige, des eboulements et des inondations. Je ne captais rien dans la montée, et effectivement j’ai un message du PC sécurité sur mon répondeur. Je les rappelle, ils me disent de ne pas bouger. 

Ben voyons , je ne vais pas passer la nuit ici à 2802m ! Sinon tu peux redescendre me dis Sebastien du PC sécurité. Ah non les gars, je ne vais pas redescendre la plus dure montée de ma vie ! Bon , on voit avec les gendarmes et on te rappelle. 

Entre temps , Marielle, la concurrente doublée dans la montée arrive à son tour. C’est le moment que choisit ma lampe pour s’éteindre : plus de batterie , la dynamo ne charge pas dans une montée à 6/7 km/h . Pas dramatique , j’ai toujours la frontale mais ça commence à faire beaucoup de problèmes en même temps. Normalement, la dynamo devrait recharger suffisamment la powerbank en quelques km de descente donc tout espoir n’est pas perdu. Mais vu que qui semble se profiler dans la descente, c’est quand même pas idéal. 

Je sors toutes les couches y compris la doudoune. 

Le PC me rappelle : les gendarmes ont dégagé la route, on peut descendre mais avec prudence car il y a de la neige, des inondations . Marielle me propose qu’on descende ensembles pour profiter de son éclairage 100% fonctionnel ce que j’accepte avec grand plaisir. 

C’est partir prudemment pour la descente. Effectivement on roule dans la grêle fondue , puis parfois dans 10 cm d’eau. Impossible de prendre beaucoup de vitesses, du coup c’est très fatiguant car on est sur les freins. Au bout de 4km à peine, je peux de nouveau alimenter la lampe , ça va déjà beaucoup mieux et j’ouvre la route pour Marielle. 

La descente fait 70km , mais heureusement , il y a Saint Etienne de Tinée au bout de 20km. Après 10 km de descente , on peut lâcher un peu les vélos , le gros des dégats causés par l’orage est passé. On rejoint Julian et un autre concurrent à l’entrée de Saint Etienne. 

Je décide de m’arrêter dormir alors que je comptais initialement aller jusqu’en bas des 70km. Je suis épuisé par le stress des derniers évenements. Je trouve une aire de jeu pour enfants avec un sol souple, trop fatigué pour gonfler le matelas , je m’endors 2h dans le Bivy avec la doudoune après avoir avalé un paquet de noix de cajoux et les sandwichs proposés par notre bénévole de Jausiers. 

Malgré les boules Quies, je note que j’ai choisi un endroit à 50m du clocher qui ne manque pas de sonner les heures 😨.

Réveil à 3h , je ne me sens pas si mal. Je remballe le matériel et je reprends la route. J’ai juste gardé le gilet thermique que j’enlève car ça monte pour sortir de Saint Etienne , j’ai trop chaud. Je n’aurais pas besoin de le remettre pour les 50 km de descente ( légère ) qui suivent . Il fait bon cette nuit . Je pédale dans la descente pour maintenir les jambes en température et la vitesse oscille entre 30 et 50km/h pendant 2h. 

Ca remonte bien la moyenne, à ce train là , je devrais arriver en début d’après-midi à Mandelieu. 

Je n’ai pas trouvé de point d’eau à Saint Etienne de nuit, les réserves diminuent. J’ai une application spécialisée sur mon téléphone ( Organic Maps ) , je repère un point d’eau à Touet sur Var qu’il ne faudra pas louper. 

On est passé de 2800 à 400m d’altitude. Nous voilà dans le Var, mais il reste maintenant 7 cols moyens jusqu’à l’arrivée. 2500m de D+ sur les 18.000 de l’épreuve. Rien d’insurmontable mais pas anodin quand même . 

Le point d’eau de Touet sur Var est tout en haut du village médieval, ça me rajoute 100m de D+ mais je fais le plein. Je redescend et voit plein de concurrents arrétés pour le petit déj à une terrasse au soleiL  Zut, j’aurais fait 100m de plus , j’évitais de perdre 1/2h pour faire le plein d’eau. Mais bon pas de regrets, il faut assurer pour l’eau avec cette chaleur. Bon petit déj reconfortant avec une patronne du bar juste adorable et aux petits soins. 

Au moment de repartir impossible de retrouver mes lunettes ! J’ai du les poser qqpart . On cherche , rien . Pas possible de rouler sans lunettes avec ce soleil , j’en rachête une paire au bureau de tabac pour 15 euros , ouf. 

J’ai aussi perdu mes gants courts depuis la veille ce qui va me valoir des brûlures aux mains avec le soleil. 

C’est reparti pour le rush final . Chaleur extrème aujourd’hui mais paysages extraordinaires sur la route des Trente Pas . 

Le premier col se profile , les jambes tirent et ça couine un peu dans la transmission. Arrêt à l’ombre pour mettre de l’huile . Deux concurrents passent et m’interpellent  » allez viens avec nous on t’attend ! » . Je monte sur le vélo et les rejoints. Dimitri et un ami sont sur le 2500 , ce que je vois à leur plaque de cadre jaune ( orange pour nous ) . On discute , et ça me fait tout oublier : mes jambes et les soucis. Comme quoi le moral est la clef de tout. Je réalise aussi que le 2500 c’est un autre niveau : ils montent à plus de 200W et m’expliquent que c’est leur rythme de base. Magiquement, le simple fait de les avoir rencontrés et leur sympathie a totalement restauré mes forces. Je n’ai aucune peine à les suivre et comme nous somme sur le rush final , plus la peine de limiter le régime. On va rouler ainsi 2h , montant les premières difficultés de la journée sur un gros tempo qui me permet de rattraper de nombreux concurrents qui m’avaient dépassés précedemment. 

On rejoint aussi une concurrente accompagnée de deux autres concurrents. Il s’agit d’Alexia , dossard 1081 qui était juste devant moi dans le sas de départ et s’était inquiétée de ne pas voir de bidons sur mon vélo 

Etonant de se retrouver au bout de 900km alors que nous sommes partis à 30s d’intervalle. 

Arrêt fontaine, la dernière avant longtemps sur laquelle l’organisation avait attiré notre attention . Dimitri et son copain ne s’arrêtent pas. 

Vers 11h , je vois une terrasse de resto en contre-bas de la route avec une rampe d’accès . J’y apercois des concurrents, je fonce dans la rampe . Tiens c’était pas une rampe mais un escalier. Sous le regard etonné de mes collègues , je degringole les marches à pleine vitesse , validant ainsi la qualité de mon montage roues qui resistent parfaitement. Tout le monde evacue la terrasse pensant que je vais foncer dans le tas mais j’arrête tranquillement le vélo que je pose à l’ombre. 

Super accueil , je commande un sandwich crudités et 2 bouteilles d’1l de San Pellegrino . 

Bien reboosté , je quitte l’endroit 1h plus tard et je me retrouve avec Julian pour les dernières montées. Je reste sur le rythme « Dimitri » , j’ai des super jambes en montées aujourd’hui alors que j’ai du mal sur le plat, parfaitement incompréhensible mais bon, c’est comme ça . Je finis donc par distancer Julian dans l’avant dernier col. 

On « descend » ensuite vers la Côte d’Azur sur une sorte de faux plat avec un fort vent de face où j’ai l’impression d’être scotché, j’ai du mal à dépasser les 20 km/h ce qui me frustre beaucoup mais rien à faire, pas moyen d’aller plus vite. 

Je vérifie où se situe le 4ième de ma catégorie. 110 ou 120ème au classement général , aucune importance mais mon ego se satisferait bien d’un podium de ma catégorie d’âge où j’occupe la 3ième place. Bon j’ai le temps , il est 50km derrière, je m’accorde une petite sieste , j’ai vraiment de mauvaises sensations dans ce faux plat. 

Je repars au bout de 20 min, ça va un peu mieux mais c’est pas la forme quand même . Nouvel arrêt dans un bar pour un Perrier rapide , où je retrouve des concurrents que je vois depuis le départ , on est au même rythme. 

Reste plus que le dernier col avant Mandelieu , le Tanneron . 

Je reconnais les paysages de mon enfance , Cannes est un haut lieu de l’histoire de ma famille et j’y ai été en vacances pendant de nombreuses années enfant et adolescent. Je n’y suis retourné qu’une fois depuis. Reconnaître tous ces paysages génére beaucoup d’émotions, de souvenirs . J’ai toujours les mauvaises nouvelles personnelles qui tournent dans ma tête c’est une explosion d’émotions. Au passage il fait une température dingue mais heureusement ça descend presque tout le temps jusqu’au Tanneron. 

J’ai un gros coup de chaud avant le Tanneron. J’avance au ralenti cherchant ombre et fraîcheur. Je vois un camion buvette et j’achête une bouteille d’eau fraiche pour m’asperger ainsi que mon énième Perrier de la journée. L’eau fraiche me fait un bien incroyable. A ma grande surprise je passe en 5 min du mode au bout de ma vie à la pleine forme. Au début du Tanneron, je pousse en danseuse sur un gros développement, le vélo accélère mais j’arrive ensuite à maintenir la vitesse et le développement au moment de me rasseoir. Ce doit être la joie d’arriver qui me booste. Je monte donc le col a une bonne allure, le GPS m’indique 230W . 

Et enfin , le sommet ! Yes , ça descend jusqu’à Mandelieu !!!! Biiiiiipp me dit le GPS au bout de 100m de descente : erreur de parcours . En fait le Tanneron est en deux morceaux , il reste 3km de montée et ce sont les plus raides sur le premier 1,5km . Zut . Bon , allez on remet les watts une dernière fois et cette fois c’est bon ! Ca descend jusqu’à l’arrivée qu’il est temps de rejoindre car le ciel est orageux. 

La conjonction fatigue – moral – chaleur – arrivée est explosive . Je m’entends hurler au passage du panneau Mandelieu et les nerfs lâchent , je pleure toutes les larmes de mon corps , un moment très fort dont je me souviendrai pour toujours. 

Quelques minutes plus tard , je suis à l’arrivée . Photo finish , Tee-shirt et trophée finisher . 122ème au classement général , 3ième U64 en 3 jours et 19 heures .  Je retrouve une nouvelle fois Julian et on convient de dîner ensemble avec Ludo qui devrait arriver dans les 2h qui suivent. 

J’ai juste le temps d’aller à l’appartement loué pour prendre une douche et me changer et retrouver Ludo qui arrive. 

S’en suit un excellent dîner avec Julian , Ludo et un autre concurrent très sympa . Super resto où je mange un très bon hamburger / salade / frites de patates douces, avec evidemment une bonne pinte de bière bien méritée . 

Nicolas arrive en fin de soirée . 

Trois amis , trois finishers 😀

Nicolas étant attendu par sa soeur, nous en profitons pour aller boire une nouvelle bière à une terrasse tous les quatre, on s’était promis de le faire à l’arrivée. 

Reste à rentrer en TGV via Cannes . Je m’arrête pour prendre une photo de Midi Plage, notre plage préférée il y a maintenant 50 ans de celà. Ca n’a pas beaucoup changé, je vois des fantômes souriants m’accueillir. 

Epilogue : le retour à la maison est rapide , 5H en TGV direct . A l’arrivée, il faudra affronter les soucis persos mais l’histoire est belle et tout se terminera finalement bien. Tout cela fera de cette RAF un moment particulier que je n’oubierai jamais. Plein de souvenirs très forts , une charge emotionnelle incroyable et au final une expérience unique, une aventure de vie inoubliable. 

Bilan de cette RAF 

-Le vélo et l’équipement étaient parfaits : rien de superflu , j’ai tout utilisé , même les solutions de secours comme les colliers rilsan ou la 2ème petite powerbank en backup. 

-Bien content d’avoir pris mon Origine Graax, le développement mini en 31×36 a été bien utile à plusieurs reprises avec en particulier le fatigue liée à la chaleur qu’il était difficile d’anticiper à l’avance vu la météo des derniers mois. 

-La prochaine fois , je mets les rehausses 5cm au lieu de 2.5 cm sur mes prolongateurs : avec la fatigue, je n’arrivais plus à tenir la position basse sur la fin du parcours. 

-Le plan de marche était optimiste, mon logiciel de planification perso est bien calibré pour un 500km , mais l’histoire est différente sur un 1000. Les temps de repose prévus étaient sous-estimés , en particulier avec la météo qui a ajouté de la fatigue. Mais on a quand même bouclé comme prévu le parcours en moins de 4 jours. 

-1000km , ça n’a vraiment rien à voir avec 500 . La gestion du sommeil en particulier change complétement la donne , du moins à notre niveau . Pour les premiers qui bouclent le parcours en 2 jours , la différence est sans doute moindre. 

-Pas ou peu de douleurs à l’arrivée , mais elles ont commencé à apparaitre le sur-lendemain. A ce stade , ca ne me donne pas envie d’essayer de plus longs parcours , il est plus tout jeune le monsieur comme nous l’avait dit un passant croisé avec Ludo sur une sortie bikepacking, il faut rester raisonnable. 

-Le parcours était magnifique, merci Pascal Bride . Je m’attendais par contre à mieux coté organisation en particulier les repas sur les bases de vie. Mais rien de redhibitoire, de toute façon ce sont des épreuves en autonomie. 

Au final, cela va rester une aventure incroyable, qui m’a fait aussi beaucoup de bien après les évenements professionnels de la fin de l’année dernière. Comme si cela m’avait permis de touner une page pour aborder une nouveau châpitre de l’aure coté du sommet de la Bonnette. Je ne suis pas près d’oublier cette montée ni la descente ! 

Merci à Ludo , Nicolas, Julian , Mareille, Alexia , Dimitri , tous les concurrents tous plus sympas les uns que les autres croisés sur cette épreuve où la bienveillance et l’entraide sont de rigueur. 

Et Dieu que nous avons de la chance de vivre dans un si beau pays !