Gravelman Marrakech 600 route 2026

Après ma participation à cette épreuve en 2025, Ludo était volontaire pour découvrir le Maroc en 2026 et Benjamin partant pour y retourner sur la route après avoir mesuré la difficulté de l’épreuve gravel dans cettte région.

Ce sera mon 7 ème Gravelman, je commence à bien connaître Steven le Hyaric et toute son équipe, ambiance familiale sur ces épreuves et en particulier au Maroc puisque nous partons du domicile de Steven au Superides Camp.

Ludo part le 1er janvier avec son épouse, Benjamin et moi le samedi 3 janvier pour un départ fixé le 5 à 6h00 .

Première péripétie à la sortie de l’aéroport : la navette réservée via Booking pour nous conduire à l’hôtel refuse de nous embarquer malgré les vélos clairement mentionnés sur la fiche de réservation. Rarissime dans ce pays où tout le monde est gentil et débrouillard , le chauffeur n’était surement pas Marocain …

On se rabat sur un taxi Berlingo où on a quand même un peu de mal à caser les vélos et les bagages . Je me retrouve assis par terre à l’arrière sur un coussin car il manque un siège 🙂 . Le chauffeur est adorable mais à 1km de l’hôtel , Waze nous expédie dans un chemin de traverse. Lorsqu’on réalise que le chemin est impraticable et qu’on cherche à faire demi-tour, il est trop tard : le taxi glisse dans le fossé car le route est trempée par la pluie et la terre argileuse rouge ultra glissante !

Benjamin qui connait ma réputation de chat noir des transports me regarde un peu désespéré. Mais mes aventures se terminent toujours bien, alors on garde espoir. Le chauffeur tape aux portes de maisons et appelle l’hotel : ils viennent nous chercher, pendant qu’un habitant trouve un camion pour sortir notre pauvre taxi de ce mauvais pas.

La propriétaire de l’hotel arrive avec son RAV4 , on a du mal à croire qu’on puisse tout caser mais si , ça rentre en tassant un peu !

Ces aléas nous ont fait perdre beaucoup de temps et il est déjà 21h30 lorsqu’on rejoint notre chambre, mais pas de souci , le repas chaud arrive accompagné d’une délicieuse bouteille de vin rouge local que nous vidons à deux pour nous remettre de nos émotions ( attention : cette méthode n’est pas conseillée par les coachs sportifs ! )

Dimanche midi , nous rejoignons le centre ville pour aller déjeuner avec Steven et d’autres concurrents

L’occasion de tester l’état du terrain – avis aux lecteurs non habitués : ceci est une route et pas un chemin –

On retrouve Ludo et son épouse Emmanuelle le soir. Direction le camp de Steven le Hyaric pour le check départ et une soirée dîner Berbère avec danses traditionnelles. Dîner sympa avec tous les concurrents et l’équipe de Steven : Micka , Cecilia , tous adorables et que nous connaissons désormais très bien ainsi que Said , l’homme à tout faire et son collègue la Pioche et Brahim , le chien 🙂 . Bon Said est super sympa mais doit encore faire des progrès sur le coucous 🙂 . Benjamin soupconne même un attentat pour l’empêcher de pédaler le lendemain !

La semaine précédant le Gravelman, une observation attentive des prévisions météo sur Windy avec tous les modèles météo disponibles m’avait bien inquiété. Les prévisions’annonçaient exceptionnellement froides pour le Maroc avec de la pluie le lundi, un vent de face à 50 km/h le mardi et un froid polaire le mercredi dans les montagnes de l’Atlas avec une forte probabilité de chutes de neige.

Nous savons tous que la météo à l’avance n’est jamais parfaitement fiable et donc je me rassurais en me disant qu’il était impossible d’avoir les trois phénomènes d’affilé. En Afrique , il fait beau et sec l’hiver , tout le monde le sait !

Malheureusement, les prévisions étaient exactes et nous sommes donc partis pour de la pluie tout au long de la première journée, du vent de face l’après-midi de la 2ème journée et enfin de la neige pour remonter au col du Tichka. Aie !

Retour à l’hôtel et lever 4h , un petit déjeuner nous a été apporté la veille au soir. On rejoint le camp de départ à 6h, tous les concurrents et Steven qui vient faire le départ avec nous sont planqués sous le toit de la terrasse car il pleut fort. On retarde le départ de 30 minutes et nous partons sur un chemin bien boueux de 2km pour rejoindre la route, les vélos sont déjà pourris et on se félicite de nos pneus allroad Caracal , c’est du gravel !

Mention spéciale à Hutchinson au passage , ce pneu est juste incroyable : aussi roulant que des Blackbird Race , ultra solide et capable de passer dans du vrai chemin gravel ou même VTT. Un must , vraiment !

La pluie se calme un peu , nous voici dans une longue ligne droite en faux plat montant en direction d’Asni pour aller chercher le col de Tizi n’Test. Ce n’est pas du tout plat , même avec des jambes bien fraiches , la moyenne peine à atteindre les 20 km/h sur un terrain en montagnes russes parfois bien pentues. Après Asni et une belle descente on attaque plus de 50 km de montée.

Comme toujours sur les routes des montagne de l’Atlas , la moitié ( au moins ) de la route est détruite mais ça on s’y attendait et nos vélos sont montés en conséquence. Des engins de chantiers sont en train de réparer la chaussée à de nombreux endroits, il vaut vraiment le voir pour le croire.

Mon nouveau Chiru Xroot avec ses super pneus Caracal fait merveille , je suis bien plus à l’aise que l’année dernière avec mon Axxome en pneus de 32 sur ces portions. La pluie les rend particulièrement délicates, ça glisse bien mais ça passe facile. Evidemment ça ne fait pas remonter la moyenne d’autant que la montée se cabre de plus en plus.

Séquence émotion avec un jeune garçon en VTT qui va à l’école et vient faire la course avec nous. Il donne tout ce qu’il a à bout de souffle mais il tient, on le pousse ou le tire pour l’aider, c’est juste adorable !

Benjamin a un peu disparu derrière, il préfère les descentes aux montées. Quelques éclaircies nous font du bien même si on a l’équipement pluie total sur-chaussures, sur-pantalon, veste et bonnet Goretex; L’équipement nous évite d’être trempés mais l’idée au Maroc d’habitude, reste de rouler au soleil et les paysages sont bien plus beaux dès que la lumière vient les illuminer.

La montée est superbe bien qu’assez difficile. La boue a durci les cales des chaussures et je manque de tomber lors d’une pause photo. Histoire de rire, le tuyau de ma sacoche à eau centrale tombe dans la roue en repartant, heureuement je stoppe avant de tout déchirer.

Au sommet, on voit une auberge , on s’arrête , et nous commandons pour trois en laissant le temps à Benjamin d’arriver.

Comme toujours ici , l’aubergiste est aux petits soins. Mais à 2000m et par 3 degrés, on aurait aimé qu’il y ait une porte et des carreaux aux fenêtres ! Malgré une cheminée, il fait plus froid dedans que dehors, on sort les doudounes des sacoches . Le déjeuner avec salade et omelette berbère est néanmoins délicieux.

On espère que la météo sera meilleure l’après-midi avec le changement de versant. Même si la pluie s’est provisoirement calmée, ce n’ est pas vraiment le cas et on attaque la descente dans le brouillard phares allumés.

Ca file bien au début , mais rapidement, on doit à nouveau affronter des passages gravels, des averses et surtout de nombreux éboulements causés par les fortes pluies de ces derniers jours. Il faut bien regarder devant et ne pas arriver trop vite dans les portions ravagées. Je suis bien content d’être coté droit , car le coté montagne semble un bon endroit pour se prendre un rocher sur la tête !

Nos vélos bien équipés nous permettent de doubler tout ce qui roule : voitures , camions , motobylettes locales, tout le monde est au ralenti pendant qu’on dévale comme des missiles.

Les nombreux passages gravel dans la boue rouge me font avoir une pensée pour mes plaquettes de freins , pourvu qu’elles tiennent mais j’ai un jeu de rechange, là encore, la connaissance du terrain local m’avait permis d’anticiper ce cas de figure.

Arrivés en bas, après 50 km d’une descente compliquée mais quand même rapide , nous rejoignons la première route à peu près plate en direction de notre point de chute du soir à Taliouine , sur la route menant à Ouarzazate.

Benjamin qu’on pensait fatigué, enclenche d’un coup le turbo et je me retrouve à 250W pour essayer de recoller ! Pour tout arranger, mes vitesses sautent, j’ai un maillon a moitié cassé sans doute par une pierre qui a tapé la chaîne.

Finalement, on organise le peloton et les relais se suivent.

Sur le profil , on a 40 km de montée pour rejoindre l’hôtel à Taliouine mais le vent est favorable et c’est plus un faux plat montant qu’une vraie bosse, donc notre vitesse reste très bonne ce qui nous permet de rejoindre l’hôtel réservé à 21h, après avoir du traverser deux fois des passages de 100m où un oued avait débordé et transformait la route en torrent furieux !

Super accueil , après la journée pluvieuse la douche chaude et le bon dîner copieux avec une soupe en entrée nous fait le plus grand bien.

Je vire le maillon défectueux et le remplace par un maillon rapide. J’aurais du vérifier les plaquettes car je me retrouverai sans frein arrière le lendemain, plaquette bouffées par la boue rouge, je mettrai le jeu de rechange le soir à l’hôtel.

Dodo réparateur, réveil 5h pour le petit dej mais on traine un peu sur le départ qui ne sait qu’à 7h, on va voir plus loin que ça va nous obliger à reconfigurer un peu l’organisation de la journée.

Un bon col de 900m de D+ nous attend pour commencer, on y verra le magnifique lever du jour. Nous sommes dans un endroit majestueux entre steppes désertes et sommets enneigés.

Les jambes sont au top ce matin, j’ai l’impression de pouvoir appuyer à l’infini sur les pédales. La montée n’est qu’une formalité. Au sommet à 1800m , il y a un vent , du soleil , des lignes droites de 20 km sur un paysage de plateaux désertiques. On décide d’attendre Benjamin au déjeuner car il fait bien trop froid pour rester immobile ici .

Un chien sorti de nulle part se met à faire la course avec Ludo , chacun sur une file. On est en faux plat descendant à 45 km/h , mais le chien a de la ressource ! Finalement, il décide de laisser tomber, Ludo est trop rapide. Je me demande s’il va faire la même chose avec moi mais il me regarde d’un air désespéré la langue pendante et déclare forfait.

J’ai monté un mono plateau de 40 dents en vue des longues ascensions avec une cassette 10-44. A 45 km/ , c’est un peu juste, je peine à suivre Ludo en moulinant comme un dératé couché sur les prolongateurs. Ca fait plaisir de rouler à cette vitesse, nous serons largement dans le plan de marche pour le déjeuner !

En descendant vers Tazenakht pour manger, le fameux vent terrible annoncé se lève. L’angle n’est heureusement pas encore trop mauvais, on arrive à maintenir une vitesse entre 25 et 30 km/h malgré tout mais c’est saoulant d’entendre ce souffle de ventilateur en permanence.

Pause déjeuner au centre ville, définitivement les fénêtres et les portes semblent en option, on change de table avec Ludo pour éviter d’être trop dans le courant d’air car avec le vent et malgré le soleil il fait froid.

Benjamin arrive 1h plus tard, cela nous fait une bonne pause avant d’attaquer l’après midi qui s’annonce terrible pour les 70 km nous séparant de Ouarzazate avec 50 km/h de vent de face.

La route est magnifique , dans des gorges encaissées , et tracé Steven oblige , de petites excursions gravel pour traverser des villages et des vallées isolées magnifiques. On était prévenus , donc on adore ( Steven nous dira que ce n’ est pas le cas de tout le monde … ) et nos vélos nous permettent d’emprunter ces passages sans devoir ralentir le rythme.

La suite s’avère difficile : vent terrible , et 2 bosses de 200m de dénivelé pas inquiétantes sur le papier mais on avait du mal regarder le profil ! La première à 10% et la seconde à 20% , un mur vent pleine face , un enfer , je zigzague à l’agonie à 5 km/h dans le dernier mur.

Benjamin décroche dans ces passages raides. Au sommet de la 2ème montée , je regarde sur le GPS combien de temps il nous reste à souffrir jusqu’à Ouarzazate et quand je relève la tête , j’hallucine en voyant … Benjamin qui m’attend sur le côté.

Hallucination ? Magie ? Téléportation ? Tout simplement un Berbère en Berlingo qui a proposé à Benjamin de le deposer en haut.

La très bonne surprise , c’est que le vent a un peu tourné. Là où on pensait l’avoir de face , il est plutôt de coté. Pour la première fois , je ressens l’effet voile des roues hautes par vent latéral. Le vélo a 20° d’angle par rapport à la verticale, mode deriveur, mais file à 35 km/h là où on pensait rouler à 15. Ca nous remet à peu près sur le plan de marche horaire. Il faut faire très attention lorsqu’un camion nous dépasse et coupe le vent. La première fois je fini direct dans le fossé, sans tomber heureusement.

Arrivée à Ouarzazate surréaliste sur des grands axes par encore bitumés semblant délimiter un grand quartier en construction.

Benjamin décide de dormir à l’Ibis local trop fatigué. Peu après , on voit plein de messages whatsapp s’afficher sur nos GPS , Benjamin sollicite des idées car la pile de sa cocotte gauche DI2 est HS et introuvable dans le coin.

On le rassurera en arrivant à notre hôtel : vu le profil du final , il suffit de passer la chaîne sur le petit plateau, le gros ne sera pas très utile.

Nous continuons encore 35 km jusqu’à Ait Ben Haddou avec Ludo , arrêt au Bagdad Café avec un accueil hors norme de la patronne française. Très bel hotel , très confortable et elle se lèvera à 5h pour nous préparer un petit déjeuner de rêve, juste incroyable et vraiment touchant.

L’Atlas Marocain est vraiment un endroit où le mot « humanité » reprend tout son sens, dieu que cela fait du bien dans cette époque de fous .

Départ 6h pour la montée vers le célèbre col du Tichka. Des informations contradictoires circulent sur l’état de la route. Ma grande inquiétude est d’être bloqué par la neige. Il n’y a pas de chemin alternatif pour repasser du bon coté de l’Atlas afin de rentrer à Ourika . Et marcher en montagne dans la neige avec des chaussures de route n’est pas un plan idéal …

La route semble dégagée pour l’instant. Encore de fortes rafales par moment mais pas en permanence. Nous approchons de Telouet, point de passage mythique de la célèbre Atlas Mountain Race. Steven qui l’a fait trois fois nous a recommandé l’aubergiste du coin qui est le Check Point 1 de l’AMR , mais cela nous aurais pris trop de temps hier soir d’aller jusque là.

Un automobilste s’arrête à notre hauteur dans une traversée de village pour nous dire de faire attention, les voitures sont bloquées plus haut après un pont et il nous de conseille de ne pas tenter le passage.

On a pas le choix , alors on continue. Et effectivement d’un coup la route devient mauvaise avec des plaques de neige glacées de plus en plus nombreuses jusqu’à recouvrir toute la route.

Heureusement nos pneus mixtes assurent et ça passe en faisant attention de bien mettre les roues au bon endroit.

On arrive au fameux pont et effectivement, tout le monde est bloqué là, la pente se corse, c’est gelé. Des conducteurs avec des pelles tentent de faire un passage.

Nos vélos passent.

On grimpe, et petit à petit il commence à y avoir une couche de neige qui ajoute à l’effort de la montée.

Une plaque de glace en devers, je vois Ludo batailler pour rester sur le vélo qui part en toupie et ça finit dans un grand fou rire général.

Je me demande combien de temps cela va prendre de finir les 10 km de montée restant ( 100km de montée depuis Ouarzazate) envisageant avec effroi une arrivée à pas d’heure à Ourika.

Et soudain au détour d’un virage, contre toute attente, la route est propre et on gagne plusieurs degrés , au point que j’ai trop chaud ! Steven nous expliquera plus tard qu’il y a un micro-climat dans la vallée de Telouet, un courant d’air froid qui descend des sommets.

Sauvés , on rejoint le col facilement avec finalement … 1/4 h d’avance sur la prévision initiale, tout est bien qui fini bien . A partir de là , profil descendant jusqu’à l’arrivée , avec une petite remontée sur le final Ourika étant à 900m.

Cela nous donne le temps d’un bon déjeuner dans le classique resto à salle ouverte ! On enfile tout ce qui se trouve dans les sacoches pour se rechauffer , ambiance déjeuner en haut de Val Thorens dans une salle en courant d’air.

Les 5 premiers kilomètres de descente sont délicats. Grande route bien dégagée mais il reste des plaques par endroit et pas le moment de tomber avec le trafic. La circulation a été bloquée la veille par le neige et il y a beaucoup de monde sur la route donc des gros camions qui descendent à une allure d’escargot . On y va tranquille. Puis la neige disparait , la température monte, retour du Maroc connu, on peut foncer sur la route sèche. Je soupconne mon food pouch de créer une pénalité aerodynamique à haute vitesse car je dois relancer pour suivre Ludo.

Il y a un petit col à franchir , arrêt au pied pour changer radicalement de tenue. Configuration légère de retour , on vire surchaussures, surpantalon, coupe vent , doudoune , bonnet , cache cou …

Le temps de pencher la tête pour enlever les surchaussures et quand je relève, qui vois-je ?

Super Benji Berlingo téléporté !

Le petit col franchi , il nous reste 65 km de faux plat descendant puis montant pour rejoindre Ourika : soleil, chaleur , pas de vent : on termine sur la partie plaisir où les vélos filent enfin à belle vitesse par une température agréable. Ca change tout sur les sensations musculaires et je me permet des relances à plus de 400W , les jambes vont bien.

Arrivée à 17h30 à Ourika avec une accueil super chaleureux de Steven et son équipe, on est en famille , on discute, c’est vraiment sympa Benjamin nous rejoint quelques minutes plus tard.

Un aventure marquante avec des images d’ncroyables qui vont rester gravées pour la vie !

2025-01-23 Gravelman Marrakech 500 route 23 Janvier 2025

Jeudi 23/01/25 : Gravelman Marrakech 500 route

Benjamin, un ami qui s’est lancé dans le vélo depuis un peu plus de deux ans, nous avait accompagné avec succès sur le 350 km Verdun-Paris mi Novembre. 

En revenant et après en avoir entendu parler par l’équipe d’organisation des Gravelman, il nous dit qu’il aimerait bien faire le Gravelman Marrakech fin Janvier. Fichtre ! Les parcours de Steven le Hyaric, champion d’ultra distance et organisateur des Gravelman, ont la caractéristique d’être plus difficiles que la moyenne. Et le Maroc au vu de la configuration du terrain dans les montagnes de l’Atlas, m’a tout l’air d’être le top de la difficulté 😨. 

En y réflechissant , et voyant la météo vraiment pourrie en Ile de France depuis l’automne, je me dis que c’est une très bonne opportunité de préparer les épreuves de l’année 2025 et en particulier la Race Across France du mois de Juin. Je décide donc de m’inscrire, mais sur la version 500 km route plus en phase avec le programme de cette année. 

Benjamin et son ami Christian sont déjà inscrits de longue date , mais eux sur la version 350 Gravel et intérieurement, je leur souhaite bon courage 😀. 

Commence la première partie de l’épreuve : la préparation. Je cherche les infos que je peux trouver sur la région, les routes, les cols , … . Le moins qu’on puisse dire est que le cylisme au Maroc n’est pas trop documenté. Sinon que s’y déroule l’épreuve ultra distance la plus difficile au monde, l’Atlas Mountain Race . Précisement là où nous allons 😱. L’organisation fait durer le suspense et tarde à nous envoyer les traces. Entre temps, j’ai compris qu’il fallait une carte SIM locale , le roaming coutant une fortune au Maroc ( 13 euros / Mo ! ) . En cherchant, je vois qu’on peut se procurer une eSIM , que l’on peut installer en avance, sans faire la queue à l’aeroport pour acheter une SIM physique. L’organisation recommande 30Go , ça me semble énorme . Mais l’importation des balises de suivi GPS habituellement utilisées n’étant pas possible ( contraintes telco locales toujours ) , nous devrons installer l’application de suivi sur notre téléphone qui va donc consommer de la data.  Malgré tout, étant du métier, je ne vois pas comment on pourrait consommer 30 Go avec ce type d’usage mais on ne sait jamais. On applique tous les recommandations à la lettre , ne connaissant pas le pays il est préférable de se fier à l’organisation. 

Ayant fait quelques Gravelman route avec des passages gravel voire VTT , je suis méfiant sur le terrain et je change mes pneus pour des Continental GP5000 all seasons en 700×32 tubeless . Des comparatifs trouvés sur internet indiquent que ces pneus sont 2 fois plus resistants que les GP5000 normaux, mes pneus préférés,  qui sont déjà solides tout en conservant les qualités de rendement bien connues de cette gamme de pneus. 

L’eau du robinet étant fortement déconseillée au Maroc, bouteilles obligatoires ce qui veut dire pas de possibilité de faire le plein la nuit , les nombreuses petites epiceries étant fermées entre 23h et 9h du matin. Et la nuit est longue à cette époque de l’année. Je réflechis à la meilleure solution, et n’aimant pas trop la solution des bidons sur le cadre lorsque le vélo a des sacoches ( durs à attraper même avec un porte bidon à ouverture latérale ), j’opte pour une sacoche « full frame » Restrap avec une réserve d’eau Apidura 3l . M’inspirant des conseils de mon ami David Schuster, dont l’expérience en ultra distance n’est plus à démontrer. 

J’ajoute une sacoche de top tube Restrap, et un petit sac de selle Decathlon qui contiendra le matériel de réparation et ma doudoune « de secours » . L’amplitude des temperatures sera importante , avec des passages à presque 3000m la nuit et le soleil à basse altitude de jour. Amplitude potentielle de -5 à +30 , mais impossible de se figurer précisement ce qu’il en sera car les infos météo sont limitées au Maroc . J’opte pour une tenue à couches : maillot thermoregulateur , maillot court en Merinos, veste d’hiver chaude et imperméable Ekoi , et la doudoune . Pas d’arrêt dodo prévu mais j’ai la couvertue de survie et un Bivvy en cas d’urgence. 

Il faut aussi organiser la logistique. J’ai une valise de transport avion, mais la combinaison vélo + valise dépasse largement les 23kg autorisés par mon billet  N’ayant pas de bagage soute autre que le vélo , j’achète la nouvelle sacoche souple de transport avion sortie par Buds. Elle coute 200 euros et je me dit qu’il y a moyen de la rentabiliser . J’opte pour la compagnie Air Maroc au départ d’Orly , les compagnies Low Cost devant plus couteuses dès lors qu’on a de gros bagages . 

L’option « Buds » va s’avérer super rentable vu que le personnel de Air Maroc à l’enregistrement ne me fera payer ni à l’aller ni au retour ce gros bagage qui ne pesait que 17kg . 

Je découvre que Steven vient d’ouvrir son camping « Superides Camp » à Ourika et que ce sera le lieu de départ . Il est donc possible d’y séjourner. Je sais déjà que les parcours Gravel repasseront par le départ après une première boucle, j’imagine qu’il en sera de même pour moi. Il est donc très intéressant d’avoir un point pour dormir en local ! . 

Je réserve donc la tente proposée par notre organisatrice en chef, Anne-Sophie. Mais quand je reçois un mail me recommandant des affaires chaudes, et un duvet 0° , mon enthousiasme baisse d’un cran . Quitte à se reposer , autant le faire dans des conditions confortables , je n’ai plus 20 ans 😀. 

Une petite recherche rapide montre qu’il y a un bel hôtel à 150 m du départ . Les Jardins de Taja. Ca a l’air top sur internet , mais en vrai c’est encore mieux : un petit paradis! 

Finalement, je réserve une Douira ( petite maison Berbère ) pour 4 : Benjamin, Albane son épouse, Christian et moi à un tarif défiant toute concurrence française ! 

Nous finissons par recevoir le parcours , tous mes logiciels de cartographie me disent « 100% route ». Je decouvre que si Benjamin et Christian repasseront au départ sur le 350 Gravel divisé en deux boucles, sur le 500 route, il n’y a qu’une boucle.  Il y a 7000m de dénivelé , mais cela semble faisable dans un temps de l’ordre d’une journée 1/2  . Le truc qui me chiffonne , c’est qu’en regardant les résultats des années précédentes, les « finishers » sur 3 ans cumulés se comptent sur les doigts … d’une seule main . Il doit y avoir un facteur local qui m’échappe, donc je ne communique aucun temps prévisionnel à mes proches pour ne pas les inquiéter. 

Mercredi 22 , me voilà en route pour Orly , le départ étant prévu le jeudi 23 à 6h du matin . A la réflexion, c’était une erreur , il aurait été bien plus confortable de partir la veille. 

Sur les conseils de Christian, j’ai mis un Airtag dans la sacoche du vélo , super moyen d’être rassuré sur le fait que le vélo est bien avec moi dans l’avion.  

Déjeuner à Orly et à 12h25 , me voila en vol pour le Maroc , uen première pour moi en Afrique en général . 

Recupération ultra rapide du vélo à l’arrivée. On m’avait parlé de file d’attentes interminables à l’aeroport , ça va super vite y compris à la douane. Et les trois boutiques des opérateurs locaux sont désertes , j’aurai eu largement le temps d’acheter ma SIM , d’autant que l’organisation a un peu de retard pour venir me chercher mais on papote entre concurrents et c’est un moment de convivialité très agréable. 

Mon eSIM ne donnera pas de très bon résultats, mais heureusement, ayant un abonnement Orange, j’ai pris le pack « Maroc » qui m’autorise 10 Go pour un cout raisonnable de 30 euros. Essentiellement par sécurité pour ne pas payer une fortune en roaming en cas de mauvaise configuration du téléphone. En fait je n’utiliserai l’eSIM HolaFly qu’une journée avant qu’elle se désactive sans explication , donc mon pack Orange me sauvera la mise. La prochaine fois, je prends une carte locale ! 

Micka, un des organisateurs que je connais déjà , arrive avec une voiture de location pour nous emmener à Ourika à 40km de Marrakech ( mais attention aux routes marocaines, on va en reparler ! ) . Il est accompagné de Said dans une camionnette hors d’age comme toutes ses consoeurs locales pour transporter les vélos en valises ou cartons. 

Il nous faut une bonne heure pour arriver à Ourika . J’avais sous estimé cette partie transfert , j’arrive à 19h à l’hôtel , il fait nuit et ce n’est pas l’idéal pour remonter le vélo . 

Heureusement, un autre avantage de la sacoche Buds ( certe souple mais très bien rembourrée et avec des rigidificateurs ) , c’est que j’ai juste retiré la roue avant, les prolongateurs et baissé la selle . Remontage facile et rapide donc. 

Premier dîner pour moi à l’hôtel , un vrai bonheur, Azraf le cuisinier étant un génie de la cuisine 😀

Le temps de manger, de faire la connaissance de Christian, et finir de préparer le vélo ( eau , alimentation , vetements , montage des phares , … ) nous voilà au lit avec le réveil à 4h30 . L’hôtel nous a prévu le petit déjeuner malgré l’heure. David & Fatiha , les patrons et toute leur équipe sont parmis les gens les plus gentils que j’ai rencontré ! 

Petit déj Marocain à 4h30 donc , puis nous voilà sur les vélos pour … 150m jusqu’au Superides Camp et le briefing de Steven . 

6h , me voilà parti . Je pars vers le Sud , les Gravel vers le Nord , nos chemins se séparent rapidement . 

Je me retrouve … tout seul , nous ne sommes que 12 sur le grand parcours route ( 1 sur le 500 , moi , et 11 sur le 600 qui est le 500 + une boucle après être revenu au départ ) 

La route pour partir du camp est un chemin de terre empierré . Le vélo saute dans tous les sens dans la descente mais à ma grande surprise, les GP5000 AS font un super job, ce n’est même pas trop inconfortable et ça me met en confiance pour la suite ( enfin, je ne savais pas ce qui m’attendait 😂 ) 

Après 2km , nous voilà sur de la « vraie » route, c’est parti. Après quelques minutes, mon organisme se reveille, les endorphines commencent à faire le job et les jambes tournent bien . Après de nombreux tests comparatifs, j’ai pris ma fidèle Klamp EXR1100 avec un powerpack 20000 mah qui m’assure normalement 3 fois plus d’autonomie que nécessaire. Mais tout seul dans un pays inconnu, il vaut mieux assurer.  La Klamp a indubitablement une qualité qui montre que les « lumens » ne sont qu’un élément de choix : certe sur le papier pas la plus puissante mais le faisceau est large et confortable. Doublé par le frontale Stoots Kiska3 sur le casque, même au premier niveau d’intensité, je vois à presque 100m avec une consommation faible de la batterie ( 2% par heure ) . 

Premier village, je découvre que le Maroc est peuplé de nombreux chiens errants . Curieusement très peu de chats dehors, ceci expliquant sans doute cela. Mais les chiens ont l’air bien nourris ou n’aiment pas la viande de touristes, il ne levent même pas la tête sur mon passage. 0 souci sur toute l’épreuve mais je me suis quand même posé des questions plus d’une fois : et celui là , il a faim ou pas ? 

A cette heure matinale , les routes et villages sont déserts. Tiens , une petite lueur rouge qui clignote. Je rattrape Matteo qui est sur le 600 et vient d’Italie. On papote , il habite à Turin que je connais bien, le temps passe plus vite en discutant. Malheureusement, au premier col de 10km , Matteo disparaitra dans la nuit derrière moi. Je décide de ne pas attendre, il y a quand même 500km en montagne à faire. 

Après le premier col, une belle route serpente devant moi mais le GPS bippe et me dit de prendre à droite … A droite , c’est un chemin de pierres . J’ai beau vérifier , pas d’erreur. Sacré Stéven ! . 

J’ai confiance dans les pneus, mais le terrain est quand même très loin de la gamme d’usage d’un vélo de route. Je m’attendais à ce type de surprise mais pas aussi cassant.  J’y vais donc prudemment, la moyenne en prend un coup sur les 10 kms de cet tronçon malgré tout magnifique et totalement dépaysant. J’ajoute même une petite erreur de parcours pour finir sur un étroit sentier de 20cm spécial VTT. Mais mon Axxome avec ses pneus passent facilement et confortablement. Je ne suis pas en difficulté et totalement épaté par le comportement du vélo . Top  ! Je ne savais pas que mon Axxome Origine savait faire ça ! 

Au bout du single , la route et le 1er Check Point ( CP ) . Sur les Gravelman , ils sont virtuels, juste un selfie à envoyer avec le bon panneau . 

Ne cherchez pas , j’ai pas trouvé de panneau 😂😂

A partir de là , c’est parti pour l’ascension du Tichi N’Tichka ( 2300m ) , sur environ 70km par paliers . 

Les paysages sont magnifiques, non , sublimes , extraordinaires . Je me pince pour me convaincre que je suis vraiment là . 

Les jambes tournent, la chaleur monte rapidement. J’enlève les couches thermiques et passe en court. J’ai emporté un petit sac à dos juste pour mettre les vetements afin de faciliter les ajouts/retraits qui vont être nombreux sans m’embêter à tout remettre dans les sacoches à chaque fois.  

La pente est entre 3 et 4% avant quelques descentes, d’où la longueur de l’ascension. Mon objectif est de déjeuner au sommet que j’estime pouvoir rejoindre entre 13h et 14h. 

Les 15 deniers kms sont plus pentus , on passe sur du 6 à 8% , et finalement voyant un restaurant avec une terrasse au soleil je décide de m’arrêter là d’autant que la température baisse et que le somment risque d’ête inconfortable. Je remets d’ailleurs la veste sur la terrasse à cause du vent. 

Tajine, pain, Coca, cornes de gazelle, thé à la menthe , j’achète quelques Bounty aussi pour la route ( ce sera la surprise , ici les bounty sont des biscuits à la noix de coco ! ) Le personnel du restaurant s’attroupe autour du vélo. On ne voit quasi aucun vélo ici sur les routes : 5 au total en 500 km , dont 3 concurrents . Evidemment hors vélos des enfants dans les villages  . On discute , ils sont adorables , c’est fou comment les gens sont gentils ici, ça réchauffe l’âme, et redonne du sens au mot « humanité » et des joies simples. 

Après avoir payé l’équivalent de 8 euros pour un délicieux repas complet, j’attaque les 8 derniers kms, un peu inquiet par la digestion 😀 . J’y vais sans forcer, le paysage est tellement beau qu’il incite prendre le temps de le comtempler. 

Et me voilà au sommet 

Ca ne se voit pas sur les photos , mais il ne fait pas chaud du tout et le vent est fort. Il sera d’ailleurs très génant dans la descente, la sacoche full frame donnant une grosse prise au vent. Je ne pourrai pas profiter de l’asphalte refait et lisse comme un billard pour prendre beaucoup de vitesse et … heureusement ! 

Je découvre dans la descente la grande spécificité des routes locales : au détour d’un virage, l’asphalte lisse laisse la place à une piste de terre sur 500m , route détruite par je ne sais pas quoi. J’arrive à 60 km/h, mode freinage d’urgence avec tout le poids sur l’avant pour ralentir in extremis le vélo. Calmé pour le reste de la descente. Je cherche encore l’explication à ce cas de figure qui se reproduira de multiples fois : il semble que ce soit avant tout un pb de qualité du revétement et d’eboulements aussi. 

Me voilà en pays Berbère. Profil globalement descendant mais avec quelques remontées raides pendant 100km jusqu’à Ouarzazate. La moyenne remonte et j’en prend plein les yeux . Les paysages sont incroyables , on se croirait sur Mars. Difficile de croire que des gens habitent dans cet environnement de montagne rouge et totalement aride. Les villages sont pauvres mais les gens sourient à mon passage et souvent les gamins sautent sur leur vélo pour faire la course en riant et en m’encourageant. J’en ai les larmes aux yeux souvent. A l’heure de sortie de l’école, plein de gamins marchent au bord des routes. Au milieu de ces montagnes il semblent y avoir des écoles partout. Impressionnant. 

Les jambes vont de mieux en mieux et je me retiens de trop relancer dans les raidars. Moral au beau fixe, quelle épreuve magnifique ! La circulation est quasi absente, à part quelques deux roues motorisés et chargés de manière improbable. 

Soudain, je débouche dans un désert de cailloux. D’un coup le terrain devient plat et droit . Je suis dans la vallée en direction de Ouarzazate. 

Pour la première fois , je peux me poser sur les prolongateurs. Je mettrai moins 1h30 pour faire les 50 km jusqu’à Ouarzazate avec un vent favorable. 

Je rattrape un scooter chargé , ne résiste pas à la tentation de le doubler.  Said le pilote ne s’en laisse pas compter et couché sur sa machine avec son frère à l’arrière , il me redouble . S’en suit une course poursuite dans le désert. Mes adversaires du jour manquent de pratique : ils sont contents de prendre la tête, ignorant qu’ainsi je bénéficie de l’aspiration et ne me fatigue pas. Je me cale confortablement dans la roue, roulant entre 35 et 40 km/h sans effort. Ca se finira au sprint pour la pancarte de Ouarzazate dans des grands éclats de rire réciproques, un moment génial que je ne suis pas près d’oublier. Petite pause pour discuter un peu avec mes nouveaux amis et je me pose sur une terrasse de restaurant pour un dîner bien mérité. Il ne me faut que quelques minutes pour demander à être rappatrié à l’intérieur la température ayant chuté de 10° en un rien de temps. 

Ouarzazate est incroyable : après 200km dans les montagnes aride et pauves, me voilà dans une cité ultra moderne avec des néons partout et le serveur parle mieux anglais que français. Contraste total. Quand au serveur, il est tellement persuadé que je suis américain ( pfuiii s’il savait ) qu’il m’apporte … un hamburger 😂

Dessert , café , thé à la menthe , remplissage aussi du réservoir Apidura au maximum de ses 3L. Car les 130 prochains km , ce sont 3 cols à 2300 m dans la montagne qui revient pour remonter vers le Nord. Aucun espoir de ravitaillement en eau ni nourriture avant d’avoir traversé la montagne . Les cartes donnent les cols à 5/6% , je me dis que je dois pouvoir monter à 15/16 km/h sans trop forcer. Surtout que la route à l’air belle. 

Après le dernier col au km 360 , il reste 140 km de descente/plat , et une légère remontée de 300m au final car Ourika est déjà un peu en montagne. 

Je calcule un horaire de passage au dernier col vers 6/7h du matin en fonction du terrain qu’on va découvrir. 

Je repars en pleine forme , après avoir aussi remis de la cire sur la chaine. Le vélo marche à la perfection, et file sans bruit sur une belle route qui reste plate sur 30 km. Jambes au top , le capteur de puissance affiche des valeurs parfaites, je suis en mode sortie du dimanche matin avec les copains, ça avance bien. Je vais surement mettre moins de temps que prévu me dis-je . 

Soudain, un bip du GPS qui me demande de faire demi tour. Erreur de ma part : j’ai oublié de desactiver le recalcul automatique, et je suis bêtement la trace GPS qui m’envoie en fait en dehors du parcours. Il y avait juste un bug de 10m sur le tracé ce qui a entrainé le recalcul . Un conseil : sur ce type d’epreuve , il ne faut jamais laisser le GPS recalculer l’itinéraire et desactiver cette fonction. 

J’en suis quitte pour 12 km de détour et 30 minutes de perdues , ma montre GPS Suntoo en backup finissant par m’alerter que je suis hors parcours et me remettant dans le bon sens . 

La route est toujours superbe. La pente augmente progressivement, mais les jambes sont tellement bien que je grimpe à 5% à presque 20 km/h à ce moment . 

Je suis vraiment seul , pas une voiture, pas un être qui vive, les rares villages sont dans le noir, on n’entend que quelques chiens aboyer au loin. 

Soudain, la route tourne à gauche et …. devient très mauvaise. La moitié du bitume a explosé , il faut slalomer entre des trous d’obus. Incroyable et pourtant , c’est une route nationale ! 

La pente augmente sévérement. On dépasse les 10%. Mon GPS s’acharne à me montrer un profil « en vert » à 4% , ça c’est particulièrement agaçant. Je vais passer 70km à espérer ce « vert » qui ne vient jamais . En fait , la moyenne des montées est de 5% mais sous forme de passages raides à souvent plus de 11% suivis de descentes. Ascension particulièrement casse pattes et bien plus difficile que prévu. Clairement les cartes « internationales » ne sont pas à jour au Maroc. Rien ne remplace l’expérience du terrain. 

Et surtout, le bitume se fait de plus en plus rare et disparaitra totalement sur 60km. Me voilà sur des montées et descentes raides dans les cailloux et le sable. Evidemment du jamais vu sur une épreuve sur route ! . Mais le vélo passe plutôt bien, c’est juste beaucoup plus énergivore que prévu. 

Il fait maintenant nuit noire. Avec les efforts importants, je n’ai pas vu le temps passer . Je regarde ma montre, il est déjà 3h du matin ! Je viens de descendre sur plusieurs kms, bien frustré de reperdre en permanence l’altitude chèrement gagnée. Soudain, une fissure mentale apparait. Putain !! y’en a marre de ce terrain infernal ! Stéven, je vais l’étriper au retour. Faut être fou pour envoyer des vélos route sur un terrain pareil en pleine nuit. 

La route est encastrés dans les rochers. C’est minéral et impressionnant.  Il fait froid, il fait noir, je me sens tout petit dans cette montagne et bien content que le vélo et l’éclairage marche parfaitement. J’ai de l’eau, j’ai à manger, la situation est sous contrôle. Mais je suis seul , incroyablement seul au milieu de nulle part dans un pays inconnu.  Un cri strident dans la nuit . Soudain mon cerveau fige sur une question « mais au fait , il y a des animaux dans ces montagnes ? » . Petit frisson dans l’échine. Incroyable il y a du réseau ici ( merci Orange ) . Je cherche sur Google  » animaux sauvages Atlas » . Qui me répond  » dans l’Atlas on trouve des Lynx , des putois, des renards, le dernier lion de l’Atlas a disparu en 1922  » . Bon ouf, je ne finirai bouffé par un ours ou un lion 😀😂 . 

Une petite barre et ça repart ! Un lapin traverse à fond de train devant mes phares. 

Me voilà reparti, mais je sens que les jambes commencent à toxiner avec tous ces raidars qui se succédent . 

L’état du terrain oscille entre très mauvais et totalement improbable . J’arrive à un endroit où la rivière à emporté la route . Il y a 40cm d’eau . Il fait -3°C , pas question de me mouiller les pieds . J’ai du sortir la doudoune de secours pour la mettre au dessus de ma veste thermique car je me gèle dans les descentes avec les dents qui claquent . J’ai trop attendu pour mettre la doudoune et maintenant j’ai du mal à me réchauffer. 

Pendant 20 minutes, je déplace des gros cailloux pour fabriquer un petit passage qui me permette de passer au sec. La route au Maroc c’est l’aventure ! Au passage, ça réchauffe 😀

J’arrive dans la dernière montée,  8 km à 9%, une descente encore puis 2km à 10% , je sens que ça va être dur. Les premières lueurs du jour pointent dans la montagne et avec elle les premiers véhicules ( rappel : c’est une nationale ) . Des camions dans un état extérieur inquiétant passent à toute vitesse : le mécano qui entretient ces camions est surement un génie car d’évidence moteurs et suspensions sont performants. Presque tous les camions s’arrêtent après m’avoir dépassé : pour vérifier qu’ils ont bien vu un vélo , puis pour me demander si j’ai besoin d’aide ou me proposer de monter le vélo en haut. Trop gentils . Je leur explique je fais une course, que je suis en tête et qu’il n’est pas question de profiter d’une assitance. Stupéfaction générale des chauffeurs devant ces explications. 

J’avoue que je pousserai le vélo quelques centaines de mètres pendant cette ascension. Les montées raides m’ont tuées, plus de force dans les jambes et le mental sature un peu de cette montée interminable. 

Et enfin la délivrance , le sommet ! 

Maintenant c’est globalement descendant ou plat jusqu’à l’arrivée hormis les 20 derniers km en légère montée pour atteindre Ourika à 900m . 

La descente est belle , la route est de nouveau une route même si on n’échappe pas aux fameux tronçons detruits au détour d’un virage. Par contre, il fait très froid, la route est à l’ombre. 

40km de descente et petit déjeuner à Demnate. Je prends mon temps pour reconstituer les réserves. 

Le soleil aidant , les forces reviennent et je vais pouvoir envoyer des watts sur les lignes droites dans le désert jusqu’à Ourika . 

Les 120 derniers km se font en un peu plus de 4h et je rejoins l’arrivée à 17h . 

Super accueil par Steven et son équipe , Micka , Cecilia et Anne-Sophie . La médaille de finisher , une bonne discussion dans le salon du très joli camping tout en mangeant de fruits frais cueillis sur les arbres. Ici Steven est chez lui et le partage est encore plus intéressant que d’habitude avec lui. Une personnalité attachante, hyper sensible et atypique.  Beaucoup resteront quelques jours de plus pour faire des sorties avec le champion qui ne demande que ça. 

Pour moi , ce sera repos dans le paradis des Jardins de Taja, à profiter de la gentillesse du personnel et de la cuisine d’Azraf. 

Ces quelques jours auront été une aventure formidable , un peu initiatique. J’ai découvert un pays attachant ( mais avec des routes dans un état déplorable ) où les gens ont encore la capacité à se réjouir des choses simples et font preuve d’une humanité et d’une bienveillance incroyable. Le contraste avec l’égoisme et le coté blasé de beaucoup de nos compatriotes est saisissant et une partie de mon coeur et mon esprit sont encore sur place. J’y retournerai c’est sûr, ne serait-ce que pour essayer la version tout terrain de l’épreuve qui est un beau challenge : vu l’état des routes, vous imaginez bien la difficulté des pistes 😀 . VTT obligatoire plus qu’un Gravel pour ce type d’environnement. 

Ci-dessous le montage vidéo de ma course. 

Publié par khs91 à 18:45   

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2025-05-09 Gravelman Beaujolais 500 route 9 Mai 2025

Nous sommes inscrits avec Nicolas et Ludo à la RAF1000 qui partira le 16 Juin de Clermont-Ferrand en direction de Mandelieu avec 18.000m de dénivelé positif au programme. Nicolas n’ayant pas eu l’occasion de faire d’ultras en 2024, je lui conseille le Gravelman 500 route Beaujolais comme préparation. Ce parcours annonce en effet plus de 8500m de dénivelé, on est donc sur des chiffres du même ordre que la RAF en terme de ratio D+/km. 

Nicolas suit mon conseil et s’inscrit dans la foulée , je décide d’en faire de même , cela me fera deux 500 km route de préparation avec le Maroc, ce qui me semble une bonne approche. Ludo est malheureusement pour nous, mais heureusement pour lui, en vacances 😀 . Mais Eric decide de s’inscrire aussi, chic on sera trois ! Et même quatre, puisque Benjamin prévoit aussi de venir mais pour faire le 60 km avec … son petit-fils en remorque , une première !

Comme toujours, les échanges sont nombreux en phase de préparation, c’est une phase très agréable des épreuves ultra où on essaie de penser à tout. Ne riez pas et Eric pourra en témoigner, en ultra chaque petit détail compte et l’expérience joue beaucoup pour ne pas avoir à gérer de galères durant l’épreuve. Ce type de parcours est tellement exigeant qu’il est préférable de pouvoir concentrer son énergie sur le fait d’avancer sans devoir gérer d’autres sujets en parallèle. 

Je reconduis la configuration du Gravelman Maroc avec notamment la sacoche fullframe RestRap équipée d’un sac à eau Apidura de 3l dont je trouve l’utilisation ultra pratique. Et la contenance me permet de varier le remplissage en fonction des conditions : 1l à 1,5l de jour, mais 2l la nuit où les points d’eau sont plus dur à trouver. J’avais mis 3l au Maroc , mais la nuit durait 14h contre 8h seulement ici en Mai. 

Je commence à bien connaitre les Gravelman, Steven et toute sa sympathique équipe. Toujours un plaisir un plaisir de retrouver cette grande famille dans une ambiance chaleureuse. 

J’ai réservé un gîte avec 3 chambres . Eric et Nicolas partent de Lyon pendant que je descend de Paris et nous nous retrouvons tous sur place le jeudi à 17h30 pour récupérer les balises GPS et le check des vélos. 

La surprise du jour , c’est qu’en arrivant au gîte , la boite à clefs est bloquée pas moyen de l’ouvrir malgré 10 essais avec le propriétaire au téléphone. Heureusement, il nous envoie les secours qui arrivent en moins de 5 minutes pour nous donner une clef. Ouf ! 

Nicolas nous a concocté un delicieux gratin de pâtes. On remonte les vélos , quelques petits checks bien utiles puisque je découvre avec horreur que ma fidèle Klamp EXR1100 ne s’allume plus. J’avais déjà eu le souci la veille mais cela avait fini par marcher. Cette fois rien à faire. Je me rabats sur ma lampe de secours, mais la Klamp me manquera . Heureusement, Klamp me repondra dès le dimanche (!) , que la réparation est 100% prise en charge, ce sera donc ok pour la RAF. 

Lever à 4h30 pour le petit dej, on quitte le gîte, range les affaires dans les voitures et nous filons au départ situé à 1k au camping de Charlieu ( 42 ) . 

Café d’accueil , briefing de Steven et c’est parti ! Toujours un peu de confusion au départ puisqu’il y a 4 parcours qui partent en même temps ( 500 route et gravel. 350 route et gravel ) . Nicolas est à coté de moi , Eric juste derrière mais ensuite , nous ne le voyons plus. On le cherche sans trop comprendre ce qui se passe. Comme nous roulons dans un petit groupe qui file bon train mais à un rythme raisonnable , je me dis qu’il va forcément nous rattraper facilement. 

Nous sommes une petite dizaine, ça roule un peu au dessus du rythme de référence que j’ai prévu mais ça reste très raisonnable, pas un souci si on roule quelques heures à ce tempo qui permet de bien avancer. 

Comme souvent tôt le matin, je ne me sens pas dans la forme du siècle mais cela ne m’inquiète pas , je sais que cela va aller de mieux en mieux au fur et à mesure que le soleil et la chaleur vont booster mon métabolisme. 

Si le rythme est tranquille sur le plat , l’homme de tête qui roule sur son vélotaf équipé d’un porte bagage appuie nettement plus fort dès que ça grimpe. Là encore, ça reste dans des zones qui ne demandent pas de forcer outre mesure mais mon GPS affiche 220W , loin des 160-180 qui sont mon objectif en montée pour arriver au bout des 8800 D+. Quand ça pousse trop fort, je lève le pied car ensuite, on le rattrape facilement sur le plat avec nos prolongateurs qui nous donnent un avantage aérodynamique.

Première grosse montée avec le col de la Croix du Sud. 

Pour ceux qui ne connaissent pas le Beaujolais, catégorie dont je fais partie, les bosses sont étonnament longues . Souvent entre 6 et 12 km et avec des pentes jusqu’à 15%. Je ne pensais pas que les cols étaient aussi nombreux et longs dans ce coin !  La cassette de 36 à l’arrière trouve toute son utilité. J’ai un peu mal au ventre à partir de 10h et ça va s’aggraver. Quand on aborde la plus longue montée de l’épreuve pour atteindre la Loge des Gardes à plus de 1000m , je ne me sens pas bien du tout. Nausées, fort mal de ventre, jambes douloureuses. Aie, aie aie , il y a un truc du petit dej pourtant classique qui ne passe pas. Je suis forcé de faire deux pauses techniques urgentes et je rejoint le sommet tout blanc en ayant perdu Nicolas au passage. Je commence à m’inquiéter pour la suite. 

Je retrouve Nicolas dans le village de Laprugne qu’on avait répéré pour son épicerie. Nicolas a eu la gentillesse de m’acheter une demi baguette ( il ne restait plus de pain ensuite ) . Je me fais un sandwich au jambon que je mange difficilement même si les maux de ventre sont en train de disparaitre. Par expérience, j’emmène toujours des cachets d’immodium qui m’ont encore sauvé. J’avale une bouteille entière d’eau petillante, les diverses ascensions ont fait chauffer la machine. Je remplis mon sac à eau, mange un pain au chocolat en dessert et nous repartons. 

Sensations pas très bonnes, j’ai encore les effets secondaires de mes soucis gastriques, avec des jambes dures et douloureuses. En plus il fait plutôt très frais avec un temps gris et venteux Je me dis que l’épreuve pourrait être un chemin de croix … mais je crois en mon étoile et mon entraînement pour me sauver. 

Nicolas pête le feu depuis le matin et appuie bien sur les pédales. Petit à petit le temps s’améliore et les premiers rayons du soleil ont un effet magique. Dans mon tableau de bord interne, je vois les niveaux d’energie passer du rouge au vert rapidement et toutes les douleurs s’en vont. Les jambes fonctionnent à nouveau à plein régime , youpi ! 

A de nombreuses reprises , nous croisons un concurrent qui s’appelle Colin. Au gré des arrêts techniques, on se passe et se repasse et finalement nous roulons ensembles. 

Les routes sont belles , desertes de toute voiture. Le paysage est sauvage, et les genêts sont en fleur partout. Pas la moinde épicerie ou boulangerie en vue. Ca ne doit pas être simple de vivre dans cette région qui semble desertée par les commerces. Il était dix fois plus facile de se ravitailler dans les montagnes de l’Atlas au Maroc que dans le Beaujolais 😳.

On essaie régulièrement de localiser Eric , mais l’application de suivi est très approximative nous indiquant à quelques minutes d’écart qu’il est 15 km derrière ou 70 km derrière. Difficile du coup de savoir quoi faire , l’attendre ou pas. 

Colin perd du terrain quand ça monte , et Nicolas commence à manifester des signes de fatigue. Je module le tempo en montée pour l’aligner sur Nicolas. 

Vers 17h , nous voyons enfin une épicerie qu’on attendait avec impatience pour une pause goûter. Colin nous y rejoint aussi et on se fait une bonne pause ravitaillement bien méritée. Le secret sur une telle distance et avec autant de D+ est de bien recharger le moteur en carburant. 

Je sais que 50km plus loin, on rentrera après Amplepuis dans une zone un peu plus urbanisée où nous devrions pouvoir dîner. 

Malgré la pause, les jambes de Nicolas ne vont pas beaucoup mieux, il souffre mais ça tient. Je me dis qu’on se fera un bon resto au chaud pour relancer la machine après le dîner. 

Le temps s’assombrit, je vois sur le groupe Whatsapp de l’épreuve une alerte méteo orages entre 18 et 21h . Aie ! 

Et effectivement, en passant Amplepuis la pluie fait son apparition. Il y a moins de D+ dans cette partie, on appuie sur les pédales pour rejoindre un resto le plus vite possible. 

A 19h , on traverse une petite ville , on voit une brasserie pizzeria . Hélas, pas possible de manger sur place , c’est à emporter et sur commande exclusivement. Je trouve une pizzeria que je pense 10 km plus loin. Je réserve et annonce notre arrivée dans 30 minutes. Erreur de ma part sur le kilomètrage réel, en fait c’est 20km. Zut , 30 minutes, ça va pas le faire. Allez on y croit, j’enlève le limiteur de puissance dans ma tête et me lance dans un contre la montre motivé par un dîner au chaud dans un resto sympa. 

Ca se complique quand le GPS m’annonce une montée de 5km 😰. Ca ne monte qu’à 7% , je passe en mode Pogacar en envoyant 300W (!) , l’adrénaline aidant. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour un resto bien au chaud  ! Je sais que je n’arriverai pas à l’heure mais j’ai en tête de repasser un coup de fil au sommet. Maintenant le tonnerre gronde et un déluge s’abat sur moi juste au moment où je franchis la pancarte de Meaux-la-Montagne. Charmant village et oh miracle : sur ma gauche, non référencé sur la carte , un superbe restaurant tout neuf éclairé ! 

Je pose le vélo, rentre et une charmante dame me confirme qu’on peut y manger 😀. 

Je me poste à l’entrée du resto guettant l’arrivée de Nicolas qui me rejoint quelques minutes plus tard. 

Ce resto est un miracle, avec une patronne super sympa et une carte tout aussi appetissante. Ce n’est pas raisoinnable avant d’attaquer une nuit avec 20 cols à passer mais je commande une terrine de campagne et un tournedos Rossinni. Miam ! 

Le tout arrosé de deux bières , il faut prendre des forces . 

La patronne propose même des serviettes à Nicolas pour le sécher. 

On prend notre temps , la nuit s’annonce difficile. On voit passer sur le groupe Whatsapp une photo des 4 premiers qui sont juste 20 km devant. 

Malheureusement les meilleures choses ont une fin, il est temps de repartir à 21h30 . La pluie s’est arretée définitivement mais il fait froid et humide. J’hésite à mettre ma doudoune, mais vu les montées à venir j’ai peur d’avoir trop chaud et effectivement , on se rechauffe rapidement. 

C’est là que commence un infernal enchainement de longues montées ( 5 à 12 km ) . Les montées , ce n’est pas un problème pour moi aujourd’hui ça tourne tout seul. Par contre, on se refroidit dans les descentes au niveau des jambes, malgré les jambières. Et quand il faut repédaler , c’est douloureux à chaque fois pendant quelques minutes. J’espère qu’il fera plus chaud sur la RAF , où alors , il faut que je trouve des jambières plus chaudes. A la longue , ça devenait un supplice et … je détestais les descentes ! 

En plein milieu de la nuit , on se retrouve sans une soirée mousse géante dans un village. Je me suis demandé un instant si j’avais des hallucinations par manque de sommeil ! 

Dans la très longue ( 11 km ) montée vers le Col de Crie , on double un concurrent en perdition. A la question ça va , on aura une réponse du style « Arghlglougrrrraahhh » . 

Au col de Crie, la carte dit qu’il y a un point d’eau . Mais c’est un lieu touristique , il y a de nombreuses aires de parking . Allez donc trouver un robinet à la frontale à 1h30 du matin au milieu d’une forêt inconnue !. Mais on le trouve . Nicolas m’inquiète, il est gelé . Moi aussi d’ailleurs mais contrairement à lui , j’ai ma doudoune dans la sacohe que j’enfile en tremblant. Nicolas met sa couvertur de survie sous sa veste de pluie en plan B . Conclusion : toujours prendre la doudoune ! 

Après avoir bien bu et mangé un peu , on repart sous peine de finir gelés et dévorés par les loups du Beaujolais dont Steven n’a pas oublié de mentionner la présence. M’étonne pas qu’il y ait des loups vu tout le gibier qu’on a rencontré et la présence humaine vraiment discrète dans le coin. Mais étonnament, aucun loup ne tentera de nous manger pour son dîner. 

On craphute toute la nuit entre montées parfois très raides dont une mémorable vers une chapelle surplombant la Saône. 

C’est là qu’en regardant le téléphone je vois un appel au secours d’Eric . Il est en panne de GPS depuis le départ ( voilà pourquoi on l’a perdu ) et nous cherche. Malheureusement, le suivi le localise en pleine pampa, impossible de comprendre où il se trouve réellement .Pendant ce temps Nicolas se demande ce qu’est la masse noire au yeux jaunes qui nous regarde au fond du prè à coté de la chapelle 😱 . Je préfère ne pas y penser, il est temps de repartir , je vous laisse juge de la photo. 

Nous repartons, descente aussi raide que la montée vers la plaine de la Saône et la civilisation. On ne reste pas longtemps dans la plaine, ça remonte direct sur 11km . 

On arrive au petit matin, il est 5h et on voit déjà des lueurs oranges annoncer le lever du soleil. On double un concurrent , je lui demande si ça va … sans reconnaître Eric. Difficle de comprendre par quel magie il se trouve là devant nous mais c’est le 2ème miracle du jour , nous voilà enfin ensembles et ça nous booste tous. 

Nous arrivons vers 8h à Tramayes, à 110km de l’arrivée où nous trouvons enfin des commerces ouverts. Les boulangeries sont toutes défintiviement fermées comme dans la plupart des autres villages traversés mais il y a un Carrefour express avec dépot de pain et viennoiseries. Nous faisons un petit dej copieux et Nicolas decide de rester au soleil faire une sieste sur un banc, il a besoin de dormir pour retrouver ses jambes .

Je repars donc avec Eric, lui servant de guide puisque son GPS est HS . De mon côté , mon nouveau COROS Dura est le GPS révé pour l’ultra . Il a consommé à peine 30% de batterie à ce stade de l’épreuve et finira à 65% grâce à la recharge solaire 

Le D+ annoncé était de 8300m, mon GPS annonce 7800. Soit la fin de parcours est beaucoup plus plate soit le denivelé est supérieur. Connaissant bien Steven, je n’imagine pas trop la première option. Et effectivement, on va enchainer encore de nombreuses bosses, heureusement les plus longues ne sont pas trop pentues mais mentalement, je commence quand même a voir une overdose de montées.On se fait une mini pause au bord d’une bel étang, quand le GPS m’indique 6,9 km de montée à 30km de l’arrivée , le temps de convaincre nos cerveaux d’affronter la difficulté qui finalement se fait facilement 😉

Il fait maintenant chaud , j’ai enlevé toutes les couches pour me retrouver en court. Et je sens que je suis en train de prendre un coup de soleil dans le cou. Le paysage est vraiment très beau sur cette partie du parcours, moins sauvage mais avec des vues magnifiques sur les lacs , les rivières et de beaux chateaux et des pré remplis de vaches et de boutons d’or. 

Les jambes tournent toujours bien, Eric a un peu de mal dans les longues montées mais passe les plus courtes en danseuse en envoyant des sacrés watts. Ca fait plaisir de le voir aussi en forme pour son premier 500km, encore une bonne recrue dans la Team ultra 😀

Et finalement, nous arrivons sur une voie verte pour les 10 derniers km , les seuls km de plat de tout le parcours ! 

Arrivée à Charlieu peu après 14h , avec Benjamin et toute sa famille comme comité d’accueil qui nous a même commandé une bière . Merci Benjamin ! Et félicitations au petit Gabriel , une médaille de Finisher à 6 ans ça doit être un record !

Après un peu plus de 32 heures d’effort dont 26 de roulage. nous voilà finishers avec 8800 D+. Encourageant pour la RAF. Nicolas nous rejoint une heure plus tard. la sieste lui ayant permis de bien récupérer. 

Encore une belle aventure et de magnifiques souvenirs et un grand merci à la super équipe Gravelman. On souhaite bonne chance à Steven pour son périple de 15.000 km vers le Nepal !